Joël-Denis Bellavance rapporte dans La Presse que le gouvernement fédéral, dirigé par le premier ministre Mark Carney, se résigne à voir le déficit de l’exercice financier en cours dépasser largement les prévisions officielles. Selon des sources proches du bureau du premier ministre, la barre symbolique des 100 milliards de dollars pourrait être franchie, bien au-delà des estimations précédentes.
Une situation budgétaire qui se détériore
Les causes de cette dérive sont multiples : hausse rapide des dépenses, ralentissement marqué de la croissance économique et chute des revenus. La guerre commerciale déclenchée par l’administration Trump pèse lourdement sur la confiance des investisseurs, sur l’emploi et sur l’activité économique au pays, écrit Joël-Denis Bellavance.
En décembre dernier, Ottawa prévoyait un déficit de 42 milliards pour 2025-2026. Pendant la campagne électorale, les libéraux de Mark Carney avaient admis un scénario plus pessimiste, avançant 62 milliards. Aujourd’hui, ces chiffres paraissent dépassés. Déjà en juillet, l’Institut C.D. Howe avait sonné l’alarme en anticipant un déficit de 92 milliards, avant même la décision du gouvernement d’abandonner les tarifs de représailles contre les produits américains.
Vers des compressions et une austérité ciblée
Pour contenir l’explosion des finances publiques, le ministre des Finances François-Philippe Champagne a demandé à chaque ministère d’élaborer un plan de compressions représentant 15 % des dépenses d’ici trois ans. Mark Carney a toutefois promis que cette rigueur ne toucherait pas les transferts aux provinces ni les programmes sociaux comme la santé, l’éducation ou les pensions.
Lors d’une récente retraite ministérielle à Toronto, Carney a confirmé que le budget d’octobre combinera des mesures d’austérité à des investissements stratégiques. Selon les propos recueillis par La Presse, il veut présenter le déficit comme le coût nécessaire de « grands projets » et non comme une simple dérive de la gestion courante.
Une opinion publique divisée
La réaction des Canadiens pourrait être clé. Un sondage Nanos Research, mené pour Bloomberg entre le 30 août et le 3 septembre, montre que 53 % des répondants jugent acceptable un déficit plus imposant si cela stimule l’économie, contre 37 % qui s’y opposent et 10 % indécis. Comme le note Joël-Denis Bellavance, cette patience populaire offre un espace politique au gouvernement Carney.
Geneviève Tellier, professeure de science politique à l’Université d’Ottawa, souligne que tout dépendra de la façon dont le premier ministre présentera son budget. « S’il explique que les dépenses servent à bâtir des projets rentables, ça peut passer », analyse-t-elle dans La Presse.
Des solutions radicales sur la table
Pour l’économiste Ian Lee, professeur associé à l’Université Carleton, le déficit dépassera bel et bien les 100 milliards. Dans l’article de La Presse, il suggère plusieurs pistes pour corriger la trajectoire : privatiser des actifs publics comme le pipeline Trans Mountain (évalué à 34 milliards) ou les grands aéroports (potentiel de 10 milliards), ramener la TPS à 7 % comme avant Stephen Harper, ou réduire encore davantage les dépenses.
Lee rappelle que le prochain budget pourrait être d’une ampleur comparable à celui du ministre Paul Martin en 1995, qui avait marqué l’histoire canadienne par des coupes drastiques. Le gouvernement Carney a multiplié les engagements coûteux, dont l’augmentation immédiate de 9 milliards des dépenses militaires, ce qui laisse peu de marge pour limiter la dérive.



