Le Canada devrait réduire davantage le nombre de résidents temporaires présents sur son territoire et se doter de meilleurs outils pour savoir combien d’entre eux quittent réellement le pays à l’expiration de leur permis, estime un groupe d’experts en immigration.
Selon La Presse canadienne, le conseil sur les cibles d’immigration de l’Institut C.D. Howe prépare actuellement ses recommandations dans le cadre des consultations annuelles du gouvernement fédéral sur les niveaux d’immigration.
Sa présidente, l’économiste Parisa Mahboubi, juge que malgré les importantes réductions annoncées depuis deux ans, Ottawa ne dispose toujours pas des données nécessaires pour déterminer avec précision combien d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires demeurent au Canada après l’expiration de leur statut.
« Nous volons à l’aveugle », résume-t-elle.
« Nous n’avons pas de bonnes données sur le nombre de résidents non permanents dont le visa étudiant ou le permis de travail est expiré et qui quittent le pays », a-t-elle expliqué à La Presse canadienne.
Selon elle, le gouvernement semble essentiellement présumer que les personnes sans statut valide quittent effectivement le territoire.
« C’est simplement une supposition que les gens vont partir lorsqu’ils n’ont plus de statut », prévient-elle.
Plus de deux millions de détenteurs de permis
Les données fédérales citées par La Presse canadienne montrent qu’au 30 juin, environ 632 000 personnes détenaient un permis d’études au Canada, tandis que 1,5 million détenaient un permis de travail temporaire.
La composition de cette population a toutefois considérablement changé depuis 2024.
En juin de cette année-là, le Canada comptait plus d’un million de détenteurs de permis d’études et près de 1,2 million de travailleurs temporaires.
Le nombre de nouvelles admissions a depuis chuté de manière spectaculaire.
Entre janvier et juin 2026, seulement 22 410 nouveaux étudiants étrangers sont arrivés au Canada, contre 124 930 durant la même période en 2024.
Chez les travailleurs temporaires, Ottawa a recensé 98 130 nouvelles arrivées pendant les six premiers mois de 2026, comparativement à 244 985 deux ans auparavant.
Ces chiffres confirment que le robinet des nouvelles admissions a été considérablement resserré.
Ils ne permettent toutefois pas de savoir avec la même précision à quelle vitesse les personnes déjà présentes au pays en ressortent.
C’est précisément la lacune que dénonce le comité du C.D. Howe.
Une cible de 5 % jugée encore trop élevée
Le gouvernement fédéral souhaite ramener la population de résidents temporaires sous la barre des 5 % de la population canadienne d’ici la fin de 2027.
Cette proportion avait dépassé 7 % à son sommet, en octobre 2024.
Selon les estimations de Statistique Canada citées par La Presse canadienne, environ 2,5 millions de résidents non permanents vivaient toujours au pays au printemps dernier, soit environ 6,2 % de la population.
Parisa Mahboubi estime toutefois que la cible gouvernementale de 5 % devrait constituer un maximum plutôt qu’un objectif autour duquel stabiliser durablement le système.
Elle recommande plutôt de ramener la proportion de résidents non permanents à environ 3 % ou 4 % de la population, soit davantage dans les normes historiques canadiennes.
Cette recommandation arrive alors que le premier ministre Mark Carney reconnaissait lui-même en juillet que l’immigration avait atteint un niveau trop élevé lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2025.
Carney avait notamment attribué la situation à une perte de contrôle de l’admission des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires.
Il affirmait toutefois que son gouvernement avait depuis « repris le contrôle » du système.
Le diagnostic du conseil du C.D. Howe vient directement nuancer cette affirmation.
Si les admissions ont effectivement fortement diminué, le gouvernement ne semble toujours pas disposer d’un portrait suffisamment précis des départs pour déterminer avec certitude l’évolution réelle de la population temporaire.
« Détaché de la réalité », répond Rempel Garner
La porte-parole conservatrice en matière d’immigration, Michelle Rempel Garner, a également remis en question l’affirmation du premier ministre voulant que le système soit désormais sous contrôle.
Elle a qualifié cette déclaration de « légèrement détachée de la vérité ».
Selon elle, les niveaux d’immigration permanente et temporaire devraient être établis en fonction de la capacité réelle du pays à offrir des emplois, des logements et des services de santé, autant aux nouveaux arrivants qu’aux personnes déjà installées au Canada.
« Nous avons des crises de l’emploi et des taux de chômage élevés dans plusieurs régions du pays », a-t-elle déclaré.
« Ce n’est juste pour personne. Ce n’est pas juste pour quelqu’un qui est venu au Canada pour construire une vie meilleure. Ce n’est pas juste pour les enfants de quelqu’un qui n’ont pas d’emploi aujourd’hui. »
Les cibles officielles ne racontent pas toute l’histoire
Le conseil du C.D. Howe soulève également des questions concernant l’immigration permanente.
Sous Justin Trudeau, le gouvernement libéral avait initialement prévu accueillir 500 000 nouveaux résidents permanents en 2025 et autant en 2026.
Ces cibles ont ensuite été réduites à 395 000 pour 2025 et 380 000 pour 2026.
Mais selon Mahboubi, même la cible de 380 000 ne reflète pas nécessairement le nombre total de personnes qui pourraient obtenir leur résidence permanente cette année et l’an prochain.
Ottawa a également annoncé des programmes ponctuels permettant d’accorder la résidence permanente à environ 148 000 personnes supplémentaires en 2026 et 2027.
Parmi elles figurent environ 115 000 personnes protégées déjà présentes au Canada ainsi que jusqu’à 33 000 travailleurs qualifiés.
Ces admissions ne sont pas comptabilisées dans les cibles générales du plan des niveaux d’immigration.
« Il est vraiment difficile de dire, même en matière d’immigration permanente, si nous sommes véritablement en train de corriger le tir, parce que nous admettons davantage de personnes que ce que nous annonçons », soutient Mahboubi.
Le constat du panel est donc moins celui d’une absence totale de changement que celui d’un problème persistant de maîtrise statistique du système.
Ottawa a fortement diminué les nouvelles admissions temporaires depuis 2024.
Mais tant que le gouvernement ne saura pas avec suffisamment de précision combien de détenteurs de permis expirés quittent effectivement le Canada — et combien demeurent sur le territoire — il lui sera difficile de démontrer que la population temporaire diminue au rythme prévu.
Et encore plus difficile d’affirmer que le système est véritablement revenu sous contrôle.



