Pékin serre l’étau sur les minéraux critiques : l’industrie de défense occidentale en état d’alerte

Selon Jon Emont, Heather Somerville et Alistair MacDonald pour le Wall Street Journal, la Chine restreint sévèrement l’accès des fabricants de défense occidentaux aux minéraux critiques indispensables à la production d’armements modernes, provoquant retards, flambée des coûts et réorganisation d’urgence des chaînes d’approvisionnement. Cette pression accrue intervient dans un contexte de tensions commerciales et stratégiques croissantes entre Washington et Pékin, et souligne la dépendance structurelle des États-Unis à l’égard de leur rival pour des ressources essentielles.

Un levier stratégique pour Pékin

Les journalistes rapportent qu’au début de l’année, alors que les relations sino-américaines s’envenimaient, la Chine a durci ses contrôles sur les exportations de terres rares. Bien qu’une partie de ces flux ait repris après des concessions commerciales accordées en juin par l’administration Trump, Pékin maintient un verrou strict sur les minéraux destinés à un usage militaire. La Chine fournit environ 90 % des terres rares mondiales et domine la production de nombreux autres minéraux critiques.

Ces restrictions touchent directement la fabrication de composants microélectroniques, de moteurs de drones, de systèmes de vision nocturne, de missiles, de satellites militaires et d’autres équipements stratégiques. Certaines matières se négocient désormais à des prix cinq à soixante fois supérieurs aux niveaux habituels, selon les opérateurs cités par le WSJ. Un fournisseur de drones a ainsi dû retarder ses livraisons de deux mois pour trouver des aimants non chinois.

Une vulnérabilité criante des chaînes d’approvisionnement

Les données de l’entreprise d’analyse Govini, rapportées par Emont, Somerville et MacDonald, révèlent que plus de 80 000 composants utilisés dans les systèmes d’armes du Pentagone contiennent des minéraux critiques soumis au contrôle chinois, et que presque toutes les chaînes d’approvisionnement en dépendent au moins en partie.

Cette fragilité est amplifiée par le fait que certains éléments – comme le samarium ou l’antimoine – ne peuvent pas être produits de manière économiquement viable en Occident. Depuis décembre, Pékin a par ailleurs interdit les ventes de germanium, de gallium et d’antimoine aux États-Unis, autant de matériaux utilisés pour durcir les projectiles, améliorer la vision nocturne ou dans les capteurs infrarouges. Le PDG de Leonardo DRS, Bill Lynn, a indiqué que son entreprise ne disposait plus que d’un stock de sécurité en germanium, avertissant de possibles coupes de production.

Pressions sur les entreprises et blocages ciblés

Selon les auteurs, Pékin exige désormais une documentation détaillée sur l’usage final des terres rares exportées, allant jusqu’à demander des images de produits et de chaînes de production. Les commandes à usage civil sont parfois approuvées, mais celles destinées à la défense sont retardées ou refusées.

Le cas d’ePropelled, fabricant américain de moteurs de propulsion pour drones, illustre cette pression : son fournisseur chinois a exigé des garanties écrites que les aimants fournis ne serviraient pas à des applications militaires, ainsi que des listes de clients. L’entreprise a refusé, provoquant la suspension des livraisons et un retard de plusieurs mois. Les alternatives trouvées aux États-Unis, en Europe et au Japon restent largement tributaires de matières premières chinoises.

Réponse américaine : stockages, investissements et diversification

Face à ce goulot d’étranglement, le Pentagone a fixé à 2027 la fin des achats d’aimants contenant des minéraux chinois. Certaines entreprises ont constitué des stocks, mais la plupart ne disposent que de quelques mois de réserve. Les petits fabricants, notamment dans le secteur des drones, sont particulièrement exposés.

Les auteurs du WSJ notent que le Département de la Défense finance des projets pour relancer la production occidentale, comme un investissement de 400 millions $ pour acquérir 15 % de MP Materials, exploitant la plus grande mine de terres rares des Amériques, ou encore des subventions à des producteurs nord-américains de germanium et d’antimoine. Des startups comme Phoenix Tailings, Vulcan Elements ou USA Rare Earth cherchent à développer des alternatives, mais la montée en puissance sera lente.

Signaux de fermeté de la Chine

L’article cite un exemple marquant : en avril, la société United States Antimony Corporation a vu un chargement de 55 tonnes d’antimoine australien, transitant par Ningbo, bloqué trois mois par la douane chinoise. À sa libération en juillet, Pékin a exigé son retour en Australie plutôt que sa livraison au Mexique. Des scellés ayant été brisés, l’entreprise vérifie si le matériau a été contaminé. Selon son PDG, Gary Evans, il s’agit d’un cas sans précédent.

En résumé, comme le soulignent Jon Emont, Heather Somerville et Alistair MacDonald dans le Wall Street Journal, la Chine exploite pleinement sa position dominante dans la production de minéraux critiques pour exercer une pression économique et stratégique sur les États-Unis et leurs alliés. Les efforts de diversification et de relocalisation entrepris par Washington et l’industrie de défense sont encore loin de combler le fossé, laissant planer le risque de perturbations majeures dans la production d’armements à court et moyen terme.

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