Pétrole et gaz en forte hausse après l’escalade en Iran : réaction des marchés et équation stratégique incertaine

L’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran a provoqué une réaction immédiate des marchés énergétiques mondiaux lundi. Les prix du pétrole et du gaz naturel ont fortement progressé, tandis que les principales places boursières ont ouvert en baisse avant de récupérer une partie de leurs pertes au fil de la séance.

Selon Callum Jones et Lauren Almeida dans The Guardian (2 mars 2026), la société d’État QatarEnergy a suspendu sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) après des attaques contre ses installations de Ras Laffan et Mesaieed. Le ministère qatari de la Défense a indiqué qu’un drone lancé depuis l’Iran avait visé une installation à Ras Laffan, sans faire de victimes.

Le contrat gazier européen de référence a bondi de plus de 40 % en séance.

Du côté pétrolier, le Brent — référence mondiale — a grimpé jusqu’à 82 dollars US le baril, soit une hausse pouvant atteindre 13 %, avant de se replier vers 79 dollars, selon The Guardian. Le West Texas Intermediate (WTI) a également progressé, dépassant brièvement 73 dollars.

Le détroit d’Ormuz sous tension

Les inquiétudes des marchés se concentrent sur le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 à 25 % du pétrole mondial ainsi qu’une part importante du commerce de gaz liquéfié.

Selon la BBC et Radio-Canada International (dépêches Reuters), plusieurs armateurs ont suspendu temporairement leurs traversées après que Téhéran eut averti les navires de ne pas emprunter la voie maritime. Environ 150 pétroliers auraient jeté l’ancre en dehors du détroit. Deux navires auraient été frappés, selon l’agence britannique United Kingdom Maritime Trade Operations.

Cependant, le détroit n’a pas été officiellement déclaré fermé, et certains navires — notamment iraniens et chinois — ont continué de transiter, d’après les données citées par la BBC et TradeWinds.

La durée réelle des perturbations demeure incertaine. Une fermeture prolongée aurait des conséquences significatives pour les grandes économies asiatiques fortement dépendantes du brut du Golfe — notamment la Chine et l’Inde — qui figurent parmi les principaux acheteurs des exportations transitant par Ormuz. La Chine, en particulier, entretient des relations énergétiques et stratégiques étroites avec l’Iran.

Une interruption durable affecterait donc en priorité ces marchés, avant de se répercuter ailleurs par le biais des prix mondiaux.

Marchés boursiers : choc initial, stabilisation partielle

À Toronto, le TSX a brièvement perdu plus de 30 milliards de dollars en capitalisation en début de séance, rapporte Josh Rubin dans le Toronto Star, avant de se stabiliser autour de l’équilibre à la mi-journée.

À New York, le Dow Jones et le S&P 500 ont ouvert en baisse avant d’effacer l’essentiel de leurs pertes, selon la BBC. En Europe, le FTSE 100 et les principaux indices continentaux ont reculé, tandis que les valeurs énergétiques et de défense ont progressé.

Le VIX, indicateur de volatilité, a augmenté sans atteindre des niveaux associés aux grandes crises financières.

Saul Kavonic, responsable de la recherche énergétique chez MST Marquee, a déclaré à la BBC que « le marché ne panique pas », soulignant que les infrastructures de production n’ont pas été massivement détruites.

Vers un baril à 100 dollars ?

Plusieurs analystes cités par Radio-Canada International et Reuters estiment que le baril pourrait approcher ou dépasser 100 dollars si le conflit devait s’installer dans la durée ou si le détroit était effectivement bloqué.

Rystad Energy évoque une perte potentielle de plusieurs millions de barils par jour en cas de fermeture prolongée.

L’OPEP+ a toutefois confirmé une hausse modeste de production de 206 000 barils par jour à compter d’avril, bien que ces volumes demeurent tributaires des routes maritimes régionales.

Un rappel des vulnérabilités énergétiques

Au-delà de la réaction immédiate des marchés, l’épisode illustre une réalité structurelle : les prix du pétrole et du gaz sont mondiaux, et les tensions autour de quelques corridors stratégiques peuvent rapidement se répercuter à l’échelle planétaire.

Même si la durée de la crise demeure inconnue, chaque épisode de ce type rappelle que la résilience énergétique — qu’il s’agisse de capacité de production, de diversification des routes ou d’infrastructures nationales solides — demeure un facteur central de stabilité économique.

L’évolution des prix dans les prochaines semaines dépendra essentiellement de la durée des perturbations autour du détroit d’Ormuz et des choix stratégiques faits par les acteurs régionaux.

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