Ari Rabinovitch rapporte pour Global News (29 août 2025) que le produit intérieur brut (PIB) du Canada a reculé pour un troisième mois consécutif en juin, marquant une baisse trimestrielle qui alimente les craintes de récession. Mais derrière ce constat, plusieurs économistes insistent : les chiffres bruts masquent une dynamique interne plus robuste qu’il n’y paraît.
Le constat de Statistique Canada
Selon les données publiées par Statistique Canada, le PIB a reculé de 0,1 % en juin, après des contractions en avril et mai. Pour l’ensemble du deuxième trimestre 2025, l’économie s’est contractée de 0,3 %, contrastant avec une légère croissance de 0,5 % au premier trimestre. Sur une base annualisée, cela représente une chute de 1,6 % par rapport à la même période en 2024.
Cette contre-performance touche particulièrement les industries productrices de biens, en repli de 0,5 % en juin, avec une faiblesse marquée dans la fabrication et les services publics. Ari Rabinovitch précise que 11 des 20 grands secteurs ont affiché un recul. Le secteur manufacturier, lui, connaît une troisième baisse en quatre mois, deux cinquièmes des entreprises affirmant être directement affectées par les tarifs douaniers liés au conflit commercial.
L’impact du conflit commercial
Le choc d’exportation subi par le Canada au deuxième trimestre est directement lié à la guerre commerciale avec les États-Unis et la Chine. Andrew DiCapua, économiste principal à la Chambre de commerce du Canada, cité par Global News, explique que cette guerre a engendré un ralentissement marqué de la croissance et affaibli les investissements. Les entreprises adoptent une attitude attentiste, freinant la relance.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, avait déjà averti fin juillet que ce conflit plaçait l’économie canadienne sur une trajectoire « durablement plus basse », avec des niveaux de consommation et de revenu amoindris.
Un moteur intérieur plus vigoureux
Pourtant, comme le souligne Derek Holt, vice-président et chef de l’économie des marchés de capitaux à la Banque de Nouvelle-Écosse, la situation est moins dramatique qu’elle n’en a l’air. Dans un communiqué cité par Rabinovitch, il insiste sur l’importance d’examiner la Demande intérieure finale plutôt que les seules données du PIB.
Ce concept permet d’éliminer les distorsions liées aux flux d’importations, d’exportations et de stocks. Et sur ce terrain, la nouvelle est bien meilleure : au deuxième trimestre 2025, les dépenses de consommation ont progressé de 4,5 % et l’investissement résidentiel de 6,3 % sur une base annualisée. Autrement dit, les ménages et le marché du logement soutiennent activement l’économie, malgré les vents contraires extérieurs.
Holt rappelle que le premier trimestre avait été artificiellement gonflé par un effet de « front-running », les entreprises accélérant leurs expéditions avant l’entrée en vigueur des tarifs américains. Par contraste, le deuxième trimestre apparaît plus faible, mais cette comparaison est en partie biaisée.
Une Banque du Canada sous pression
Face à ces signaux contradictoires, les attentes se tournent désormais vers la Banque du Canada. Son taux directeur est maintenu à 2,75 %, mais la contraction du PIB accroît la pression pour un abaissement des taux dès septembre. DiCapua estime que le rapport de Statistique Canada place un « lourd fardeau » sur le Conseil de direction de la banque centrale, qui devra concilier la faiblesse de la croissance globale et la vigueur de la demande intérieure.
La décision attendue le 17 septembre tiendra également compte des données sur l’emploi (attendues la semaine prochaine) et sur l’inflation de l’indice des prix à la consommation (IPC). Holt, de la Banque Scotia, suggère que la banque centrale devrait mettre l’accent sur la demande intérieure finale dans ses communications, plutôt que sur le seul chiffre du PIB, afin de refléter la réalité économique plus nuancée.
L’analyse de Rabinovitch pour Global News met en lumière le contraste frappant entre une économie qui, sur le papier, répond à la définition technique de la récession et une demande intérieure qui résiste étonnamment bien. Les prochains mois seront décisifs : si la Banque du Canada choisit de réduire ses taux, ce sera pour soutenir un tissu productif fragilisé par la guerre commerciale. Mais en toile de fond, la vigueur de la consommation et du logement pourrait offrir au pays un coussin inattendu face à la tempête économique mondiale.


