Après une année électorale mouvementée et une défaite fédérale qui a rebattu les cartes politiques à Ottawa, le Parti conservateur du Canada était réuni cette semaine à Calgary pour un moment clé : le test formel de confiance envers son chef. L’exercice, rarement anodin dans la vie d’un parti, s’est transformé en démonstration de force pour Pierre Poilievre, qui en ressort nettement conforté.
Un appui massif après un discours de campagne
Selon Spencer Van Dyk pour CTV News, le chef conservateur Pierre Poilievre a obtenu 87,4 % d’appui lors du vote de révision de son leadership tenu dans le cadre du congrès national du Parti conservateur du Canada à Calgary. Le résultat a été communiqué peu avant 1 h du matin, heure de l’Est, et le parti a indiqué que la participation avoisinait les 95 %, un taux exceptionnel pour ce type de scrutin interne.
Ce vote est survenu après un discours d’environ 50 minutes, livré dans une atmosphère résolument électorale. Poilievre est monté sur scène au son de Don’t Stop Believin’ de Journey, déclenchant plusieurs ovations et des chants répétés de « Pierre » dans une salle comble. « C’est formidable d’être de retour au cœur battant de l’Ouest », a-t-il lancé d’entrée de jeu, selon le compte rendu de CTV News.
Une charge frontale contre les libéraux
Toujours selon Spencer Van Dyk (CTV News), le chef conservateur a concentré son discours sur des thèmes qu’il martèle depuis plusieurs années : le coût de la vie, la fiscalité, l’emploi des jeunes et l’accessibilité au logement. « Tout simplement, les Canadiens ne peuvent plus se permettre la vie sous un gouvernement libéral », a déclaré Poilievre.
Il a aussi promis de « se battre pour ceux qui portent le pays sur leurs épaules », qu’il décrit comme sous-appréciés et surmenés. Dans un passage plus politique, il a dénoncé ce qu’il appelle une immigration « hors de contrôle », affirmant qu’elle exerce une pression excessive sur les systèmes de santé, le logement et le marché du travail. Il a également critiqué la « cancel culture » et les politiques identitaires, qu’il accuse de diviser la population canadienne.
Le chef conservateur a par ailleurs évoqué la résurgence de tensions séparatistes, estimant qu’après dix ans de gouvernements libéraux, le Canada serait « plus cher, plus dangereux, plus divisé et plus dépendant que jamais », rapporte CTV News.
Souveraineté, économie et démantèlement des lois libérales
Dans son allocution, Poilievre a abordé un large éventail de dossiers : politique étrangère, unité nationale, immigration et souveraineté. Il a mis en avant sa proposition de Loi sur la souveraineté canadienne, qui viserait notamment à abroger ce qu’il qualifie de « lois libérales qui bloquent la croissance ».
Selon CTV News, il a cité explicitement la loi C-69, le prix industriel du carbone et le plafond d’émissions imposé au secteur pétrolier et gazier. Il a aussi promis de « récompenser ceux qui bâtissent » en éliminant l’impôt sur les gains en capital pour les entreprises qui réinvestissent au Canada.
Un exercice obligatoire après une défaite électorale
Même si les conservateurs ont remporté deux douzaines de sièges supplémentaires lors de l’élection fédérale d’avril dernier, les règles du parti exigent qu’un chef se soumette à un vote de révision lors du congrès suivant une défaite électorale, rappelle CTV News.
Poilievre avait déjà remporté la direction du parti en 2022 avec 68,15 % des voix dès le premier tour, s’imposant comme premier choix des membres dans presque toutes les circonscriptions après une course interne de sept mois.
À titre de comparaison historique, CTV News souligne que la dernière révision de leadership conservatrice remonte à 2005, lorsque l’ancien premier ministre Stephen Harper avait obtenu 84 % d’appui après sa défaite électorale de 2004.
Confiance affichée au sein du caucus
Interrogé en décembre dernier sur sa confiance à l’approche du vote, après le passage d’un député à un autre parti et l’annonce du départ d’un élu, Poilievre avait répondu laconiquement : « Très ». Il n’avait toutefois pas précisé quel seuil d’appui lui semblait nécessaire pour diriger le parti de façon incontestable.
Le leader parlementaire conservateur Andrew Scheer, cité par CTV News, avait pour sa part évité de prédire un pourcentage précis, affirmant que les membres reconnaissaient que sous Poilievre, le parti avait atteint des « niveaux historiques de soutien », malgré la défaite électorale.
Vers une nouvelle élection ?
Lors de la couverture spéciale du congrès par CTV News, le directeur de campagne conservateur Steve Outhouse a indiqué croire qu’une élection fédérale pourrait survenir en 2026. Il a toutefois précisé que le parti n’estimait pas ce scénario nécessaire à court terme, rappelant que le premier ministre dispose encore d’un mandat récent.
Outhouse a ajouté, selon le média canadien, que le contexte politique reste volatil, évoquant notamment la tentation pour le premier ministre Mark Carney de capitaliser sur sa visibilité internationale et sur la dynamique liée aux relations canado-américaines.



