L’article publié par John Paul Tasker dans CBC News le 11 septembre 2025 met en lumière les nouvelles propositions du chef conservateur Pierre Poilievre, qui souhaite resserrer les règles entourant la mise en liberté sous caution. Tasker explique que, selon Poilievre, certaines communautés canadiennes ressemblent aujourd’hui à des « zones de guerre », justifiant un virage sécuritaire ferme.
Lors d’une conférence de presse à Vaughan, en Ontario, Poilievre a annoncé son intention de déposer le « Jail Not Bail Act », un projet de loi privé qui devrait être débattu cet automne. L’initiative cherche à démanteler certaines dispositions de la loi C-75 adoptée par le précédent gouvernement libéral, laquelle introduisait un « principe de retenue » obligeant les juges à privilégier la libération sous caution au moment opportun et avec des conditions minimales. Poilievre estime que cette approche a permis à des individus dangereux de rester en liberté, citant notamment l’exemple tragique de Bailey McCourt, une femme de Kelowna tuée par son ex-conjoint quelques heures seulement après sa libération sous caution pour voies de fait.
John Paul Tasker rapporte que le projet conservateur forcerait les juges à considérer l’ensemble du passé criminel d’un accusé avant de rendre une décision. De plus, une personne reconnue coupable d’un acte criminel grave ne pourrait plus agir comme garant pour un accusé. Poilievre veut également introduire une règle dite des « trois prises », interdisant toute forme de libération anticipée — caution, probation, libération conditionnelle ou assignation à résidence — aux récidivistes coupables de trois crimes jugés graves.
Cependant, Tasker souligne que ces mesures pourraient se heurter aux tribunaux, puisque la Cour suprême du Canada a déjà statué que la libération sous caution doit être la norme dans la majorité des cas. Poilievre, de son côté, affirme qu’il ne sera pas nécessaire de recourir à la clause dérogatoire pour protéger ses propositions de la Charte. Selon lui, « les conservateurs défendent les droits garantis par la Charte des victimes, alors que les libéraux défendent ceux des criminels ».
Le journaliste rappelle que la criminalité connaît actuellement une baisse après le pic post-pandémique. Statistique Canada a noté une diminution de 3,6 % du taux de criminalité en 2024, avec un recul marqué des crimes non violents. À Toronto, les homicides, fusillades et vols de voitures sont aussi en baisse significative. Néanmoins, Poilievre insiste sur le fait que les homicides ont grimpé de 29 % au cours de la dernière décennie, passant de 613 victimes en 2015 à 788 en 2024.
Face à ces annonces, le ministre libéral de la Justice Sean Fraser a accusé Poilievre de vouloir transformer le Canada en « Far West ». Mais le chef conservateur a répliqué que, pour certains quartiers, « ce n’est pas le Far West. C’est une zone de guerre ». Tasker précise que les libéraux déposeront également un projet de loi cet automne visant à restreindre l’accès à la caution pour certains crimes graves comme les vols de véhicules liés au crime organisé, les invasions de domicile ou encore la traite de personnes. Fraser a également promis des lois renforcées contre les crimes haineux et les crimes sexuels, tout en invitant l’opposition à collaborer de façon constructive.
Ainsi, comme le conclut John Paul Tasker, la question de la réforme du système de caution risque de devenir un champ de bataille majeur au Parlement cet automne, cristallisant l’opposition entre la vision sécuritaire des conservateurs et l’approche réformiste des libéraux.



