Le chef conservateur Pierre Poilievre a remporté de manière écrasante l’élection partielle dans la circonscription albertaine de Battle River-Crowfoot, un scrutin qui lui permet de faire son retour à la Chambre des communes après avoir perdu son siège ontarien de Carleton lors des élections générales de 2025. Steven Sandor rapporte pour le Edmonton Journal que le discours de victoire du chef conservateur, livré à Camrose le 18 août, s’est distingué par un ton empreint d’émotion et d’humilité, loin du style combatif auquel il a habitué ses partisans.
Une victoire sur fond d’humilité
Selon Sandor, Poilievre a retenu ses larmes en évoquant les citoyens rencontrés durant la campagne, des survivants du cancer de Stettler aux gardiens de prison de Drumheller. À ses côtés, son épouse Anaida laissait couler ses propres larmes. Le chef conservateur a insisté sur le fait que cette campagne avait été « un privilège », déclarant que parcourir ce territoire de plus de 55 000 km² avait été « l’expérience la plus gratifiante de [sa] vie ».
Sandor souligne que Poilievre a mis de l’avant un message de coopération, affirmant que son parti était prêt à travailler avec toutes les formations politiques, y compris les libéraux de Mark Carney, afin de défendre les intérêts du Canada face aux tarifs américains et de stimuler l’économie, notamment par l’accélération des projets de pipelines et de terminaux de gaz naturel liquéfié.
Les chiffres du scrutin et l’ombre d’une révision de leadership
Toujours selon le Edmonton Journal, le scrutin s’est conclu par une victoire éclatante : avec 150 des 286 bureaux de vote dépouillés, Poilievre avait récolté 18 263 voix, contre seulement 2 124 pour l’indépendante Bonnie Critchley, arrivée en deuxième position. L’élection a toutefois été marquée par un fait insolite : la présence de 214 candidats, dont la majorité provenaient du Longest Ballot Committee, un groupe militant pour la réforme électorale. L’ampleur de la liste a poussé Élections Canada à instaurer un système de vote par écrit, ralentissant le dépouillement.
Sandor rappelle que Damien Kurek, député sortant avec 82,8 % des voix en 2021, avait volontairement démissionné pour permettre à Poilievre de se présenter. Désormais employé d’Upstream Strategy Group, Kurek a affirmé que céder sa place était « la bonne chose à faire », ajoutant que Poilievre allait « devenir le prochain premier ministre », même si la route s’annonçait moins simple que prévu après la défaite de Carleton.
Cette victoire était cruciale pour Poilievre, qui doit affronter une révision de son leadership en 2026. Le chef conservateur ne pouvait se permettre qu’une performance inférieure à celle obtenue par Kurek dans cette forteresse conservatrice.
Entre attaques ciblées et appel à l’unité
Si Poilievre a adopté un ton conciliant, Steven Sandor précise qu’il n’a pas manqué de décocher quelques flèches contre les libéraux. Il a notamment tourné en dérision l’objectif fédéral de porter à 20 % les ventes de véhicules électriques d’ici 2026, le qualifiant d’« attaque directe contre la vie rurale » et d’une menace pour l’industrie automobile canadienne. « Qui est venu ici ce soir en véhicule électrique ? » a-t-il lancé à la foule, soulevant des rires.
Mais le cœur de son allocution, insiste le journaliste, portait sur la volonté de tendre la main. « Nous continuons d’offrir notre main à M. Carney et nous disons que nous voulons travailler avec n’importe quel parti pour mettre fin aux tarifs et obtenir un accord équitable pour le Canada », a déclaré Poilievre.
Les critiques et l’opposition locale
De son côté, la candidate indépendante Bonnie Critchley, citée par Sandor, a dénoncé le coût d’une élection partielle jugée inutile. « Nous venons de sortir d’une élection générale. Pourquoi dépenser encore 2 millions de dollars ? », a-t-elle demandé, affirmant que les électeurs avaient déjà fait leur choix et que Poilievre refusait simplement « d’accepter sa défaite ». Elle a par ailleurs promis de se représenter en 2026, anticipant une nouvelle vacance du siège si Poilievre ne survivait pas à sa révision de leadership.
Critchley a même ajouté qu’elle serait « choquée » de revoir le chef conservateur dans la circonscription après cette victoire, laissant entendre que sa présence en Alberta pourrait être de courte durée.



