Politique et consommation : les citoyens adultes sont pris pour des enfants immatures

En France, lorsqu’on se promène dans les rues ou les magasins, une chose frappe : à quel point la publicité, qu’elle soit destinée à la consommation ou aux règles de civisme en société, est formulée de manière à sembler s’adresser à des enfants immatures. Qu’est-ce que cela dit de notre société ? Que l’adulte moyen n’a plus vraiment besoin de réfléchir, puisque le gouvernement, et les entreprises profitant de ses largesses, s’occupent de tout pour nous ?

En prenant le métro parisien, géré par une société publique – la RATP –, on est frappé par la manière dont elle s’adresse au citoyen lambda. On le tutoie, par exemple avec le slogan : « Je paie et je valide mon billet », comme si l’on parlait à des enfants découvrant le métro pour la première fois.

Même chose avec les publicités pour l’alcool : on y voit systématiquement une mention alertant sur les dangers de la consommation et rappelant l’importance de boire avec modération. Idem pour le fast-food : en bas de l’affiche, un avertissement gouvernemental impose de préciser qu’il faut faire de l’exercice, éviter de grignoter entre les repas et manger cinq fruits et légumes par jour.

Au Québec, on retrouve un peu cette tendance, même si ce n’est jamais aussi poussé qu’en France, où chaque emballage alimentaire semble s’adresser à de très jeunes enfants, y compris dans des sections qui ne leur sont pas spécialement destinées. On prend le citoyen moyen pour un imbécile, un adulte qui n’aurait jamais grandi.

Cela peut vouloir dire plusieurs choses. Soit nos décideurs nous méprisent ouvertement en nous jugeant incapables de réfléchir et d’assumer nos choix de vie. Soit le gouvernement lui-même est composé de gens immatures. Les deux sont possibles. Prenons l’exemple du Canada : lorsque Justin Trudeau se déguisait, il incarnait parfaitement le prototype de l’homme de la génération X, élevé avec Star Wars et d’autres franchises.

Un « adulescent » obsédé par les superhéros, alors même que Marvel en est à plus de 37 films depuis que les studios ont choisi la facilité. Mais bien sûr que nous savons que fumer tue, que manger trop souvent chez McDonald’s n’est pas bon pour la santé, et que frauder dans le métro n’est pas une bonne idée.

Alors pourquoi ce ton infantilisant ? Une des raisons vient de la peur des poursuites judiciaires et de la logique de précaution. Aux États-Unis, l’affaire célèbre du café brûlant chez McDonald’s en est un bon exemple : une cliente s’était gravement brûlée en renversant son café trop chaud, et l’entreprise fut condamnée à verser une indemnisation énorme. Depuis, les grandes marques redoublent de messages « évidents » pour se protéger légalement, quitte à nous répéter des banalités. Les gouvernements, eux, s’inscrivent dans une logique similaire : rappeler sans cesse ce que « tout le monde sait », de peur qu’on les accuse de ne pas avoir assez prévenu.

On nous prend donc trop souvent pour des idiots qu’il faudrait tenir par la main. Et qu’il faudrait aussi constamment occuper : festivals, événements publics, fêtes, immersions créatives… Cela rappelle ce qu’évoquait Philippe Muray avec son concept d’« Homo festivus ». Comme si nous étions des enfants qu’il faut divertir toutes les quinze minutes pour ne pas perdre leur attention.

Et si l’on nous considère comme des enfants incapables de choisir ce qui est bon pour nous, cela signifie aussi que nos besoins, envies et préoccupations réelles ne sont pas pris en compte. Ce qui mène à des décisions politiques toujours plus déconnectées. Nous ne sommes pas Peter Pan refusant de grandir : nous voulons être des adultes responsables et respectés.

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