Pourquoi le Canada n’est plus un refuge naturel pour les étudiants étrangers

Dans un reportage publié par le Toronto Star, Nicholas Keung explique que le Canada est en train de perdre des parts importantes du marché mondial des étudiants internationaux, au moment même où de nouvelles destinations émergent et bousculent l’ordre établi dominé historiquement par les pays anglophones. Selon le rapport d’ApplyBoard — une des plus grandes plateformes mondiales de recrutement étudiant — les politiques fluctuantes du Canada, de l’Australie, du Royaume-Uni et des États-Unis ont ouvert la porte à une redistribution profonde du paysage éducatif mondial.

Keung rapporte que le message central du rapport est clair : les grands pays anglophones ont enclenché une phase de resserrement, dictée par leurs crises internes — logement, inflation, instabilité politique — et ce repli crée un espace que d’autres nations exploitent habilement. L’étude souligne que le Canada, en réduisant massivement le nombre de permis d’études, a déclenché une spirale d’effets négatifs : déficits universitaires, licenciements, annulation de programmes, et une chute accélérée de son influence internationale.

ApplyBoard observe que les gouvernements du « Big Four » ont recentré leur discours sur la limitation de la croissance, l’adaptation aux besoins du marché du travail et la réduction de la pression immobilière. Le résultat, note Keung, est un environnement où les établissements d’enseignement ne dictent plus leur avenir, mais réagissent à des décisions politiques imprévisibles, souvent de court terme.

Le cas canadien est particulièrement frappant. En 2025, Ottawa devrait approuver seulement 140 000 nouveaux permis d’études — une baisse spectaculaire de 54 % comparativement à l’année précédente. De plus, le budget fédéral prévoit encore diviser par deux les nouvelles arrivées étudiantes d’ici trois ans. Keung cite Meti Basiri, cofondateur d’ApplyBoard, qui reproche au gouvernement canadien une mauvaise communication et une vision trop limitée : « Nous faisons ce qu’il faut pour aujourd’hui, mais nous sacrifions ce dont nous aurons besoin dans trois à cinq ans. »

Pendant que le Canada et ses alliés resserrent les rangs, d’autres pays avancent leurs pions. L’Allemagne attire désormais davantage de maîtres et doctorants en misant sur l’intelligence artificielle et des politiques d’intégration solides. La Corée du Sud a bondi vers son objectif de 300 000 étudiants étrangers, aidée par un assouplissement des règles de travail et des démarches simplifiées pour l’emploi post-diplôme. Les Émirats arabes unis misent quant à eux sur un modèle « étudier-et-rester » offrant des résidences de dix ans, véritable aimant pour les talents internationaux.

ApplyBoard souligne que ces pays construisent un avantage complet : de meilleures perspectives de carrière, des règles d’immigration stables, une intégration claire au marché du travail et des infrastructures étudiantes solides. Cette nouvelle concurrence donne un pouvoir accru aux jeunes, qui comparent désormais les destinations selon la qualité de vie, la sécurité, les perspectives professionnelles et l’accueil.

Malgré ces tendances inquiétantes, Keung souligne que le Canada conserve une image internationale enviable : 71 % des étudiants sondés jugent le pays « ouvert, sécuritaire et accueillant », devant l’Australie, l’Allemagne et largement devant les États-Unis. Mais cette réputation ne suffira pas si les politiques continuent d’être restrictives et mal communiquées.

Le rapport insiste finalement sur l’importance pour les universités canadiennes de renforcer leurs programmes de stages, de coops et de partenariats industriels. Dans un contexte économique incertain, l’expérience professionnelle concrète devient un argument clé pour attirer — ou retenir — les étudiants internationaux. Si Ottawa persiste à restreindre les entrées sans stratégie globale de remplacement, conclut implicitement l’analyse, le Canada risque de s’effacer durablement de la carte des grandes destinations éducatives mondiales.

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