D’après un article de Michael Joel-Hansen publié dans le Financial Post le 16 juillet 2025
L’industrie canadienne de la potasse, en particulier en Saskatchewan, amorce un virage stratégique et éthique en multipliant les partenariats avec des entreprises autochtones. Cette orientation découle à la fois d’un besoin de renforcer les chaînes d’approvisionnement locales face à la croissance mondiale de la demande en engrais, mais aussi d’un engagement plus large envers la réconciliation économique.
Comme l’explique Michael Joel-Hansen, plusieurs entreprises minières de potasse se sont engagées ces dernières années à augmenter leurs achats de biens et services auprès de fournisseurs autochtones. C’est le cas de Nutrien Ltd., le plus grand producteur mondial de potasse, qui a annoncé en avril avoir dépassé le milliard de dollars en approvisionnements autochtones entre 2020 et 2024, atteignant cet objectif plus tôt que prévu.
Trevor Berg, vice-président principal des opérations de potasse chez Nutrien, déclarait en juin que les entreprises autochtones jouent désormais un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de ses sites miniers. « C’est le jour et la nuit comparé à il y a cinq ans », soulignait-il, en notant l’augmentation importante du nombre d’entreprises autochtones capables de répondre aux besoins complexes de l’industrie.
Pour être admissibles, les entreprises doivent être détenues à au moins 50 % par des Autochtones ou employer au moins 15 % de personnel autochtone. Ce critère permet, selon Berg, non seulement de favoriser la réconciliation économique, mais également de bâtir une chaîne d’approvisionnement locale et durable pour l’ensemble du secteur minier.
L’enjeu économique est de taille. La Saskatchewan abrite les dix mines de potasse actives du pays ainsi que le projet Jansen, en cours de développement par BHP Group Ltd., qui deviendra, selon les prévisions, la plus grande mine de potasse au monde. La demande mondiale de potasse devrait augmenter de 70 % d’ici 2050, selon BHP. Déjà en 2024, la consommation mondiale dépassait 38 millions de tonnes métriques, et l’on prévoit franchir les 40 millions en 2025.
D’autres géants de la potasse emboîtent le pas. La société américaine Mosaic Co., qui exploite trois mines en Saskatchewan, a dépensé 217 millions de dollars depuis 2020 en biens et services fournis par des entreprises autochtones. En 2025, elle prévoit dépenser 28 millions. Marnel Jones, directrice des affaires gouvernementales de Mosaic au Canada, affirme que cet engagement est ancré dans la réalité locale : « Nous avons des Premières Nations à proximité de nos installations, et c’est un élément fondamental de notre manière de faire des affaires. Ce n’est pas seulement la bonne chose à faire, c’est une attente. »
Initialement à seulement 2 % en 2018, la proportion des dépenses de Mosaic vers les fournisseurs autochtones devrait atteindre 17,5 % au courant de cette année.
K+S Potash Canada, filiale du groupe allemand K+S Group, est aussi un acteur de premier plan. En 2024, l’entreprise a consacré environ 100 millions de dollars — soit 35 % de ses dépenses totales — à des entreprises autochtones ou en partenariat avec elles. Elle collabore étroitement avec des Premières Nations locales et des Métisses pour déterminer les fournisseurs admissibles.
Pam Schwann, présidente de l’Association minière de la Saskatchewan (SMA), rappelle que les entreprises d’uranium ont historiquement contribué à bâtir la capacité entrepreneuriale autochtone, permettant aujourd’hui à ces dernières de se diversifier dans l’industrie des engrais. Elle souligne que « la croissance du secteur minier doit aller de pair avec celle des entreprises, des communautés et des capacités autochtones ».
En 2024, l’industrie minière de la province a atteint un record de 913 millions de dollars en approvisionnements autochtones, contre 670 millions en 2023. Des événements comme le forum sur la chaîne d’approvisionnement minière autochtone sont organisés pour renforcer ces liens.
Un exemple concret est celui d’Athabasca Basin Security, entreprise détenue par trois Premières Nations et quatre communautés autochtones du nord de la Saskatchewan. Après avoir travaillé dans l’industrie de l’uranium, l’entreprise fournit désormais des services de sécurité à Nutrien et BHP dans le secteur de la potasse. Sa PDG, Sascha Sasbrink-Harkema, explique que l’entreprise a su transférer son expertise vers ce nouveau domaine, tout en conservant une majorité d’employés autochtones, notamment sur le site de Patience Lake.
Enfin, de nouvelles entreprises comme George Gordon Developments Ltd., le bras économique de la Première Nation George Gordon, profitent également de cette dynamique. Comme le rapporte Michael Joel-Hansen, cette société a formé des partenariats stratégiques pendant la construction de la mine Bethune de K+S, notamment avec ATCO pour les services de restauration. Cela a ouvert la voie à d’autres contrats sur le projet Jansen de BHP, cette fois avec des géants comme Aecon.
Pour Terry Bird, vice-président aux affaires corporatives de George Gordon Developments, ces investissements sont une occasion cruciale d’acquérir des compétences et de créer des emplois durables. « Cela permet aux membres des Premières Nations d’acquérir l’expertise nécessaire pour soutenir tous les nouveaux projets », dit-il.
Ce virage vers les partenariats autochtones n’est donc pas qu’un geste symbolique : il constitue une réponse concrète aux défis de croissance, de résilience économique et d’inclusion, tout en contribuant à la transformation du visage industriel de la Saskatchewan.



