David Baxter rapporte pour le Toronto Star qu’un nouveau sondage Abacus Data révèle un rejet croissant du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). Selon ce sondage en ligne — qui ne peut être associé à une marge d’erreur — 44 % des Canadiens souhaitent purement et simplement l’abolition du programme. La pression provient surtout des jeunes générations, frappées de plein fouet par le chômage.
Un contexte marqué par le chômage des jeunes
Comme le souligne Baxter, le chômage des 15-24 ans a atteint 14,6 % en juillet 2025 selon Statistique Canada, un sommet qui alimente les inquiétudes quant aux perspectives d’avenir. Dans ce contexte, le chef conservateur Pierre Poilievre a récemment proposé l’élimination du PTET, affirmant que le programme prive les jeunes Canadiens d’emplois essentiels.
Le sondage confirme une fracture générationnelle : plus de 50 % des 30-44 ans et 48 % des 18-29 ans appuient l’abolition, contre seulement 37 % chez les 60 ans et plus. Les Prairies se démarquent comme la région la plus favorable à la suppression, tandis que le Québec et les provinces atlantiques y sont les moins favorables.
Une nouvelle opportunité pour les conservateurs
David Baxter rapporte que, tout comme la taxe carbone l’a été par le passé, le Programme des travailleurs étrangers temporaires pourrait devenir un terrain favorable aux conservateurs. Le sondage met en lumière un alignement partisan : la majorité des électeurs conservateurs appuient l’abolition, alors que les électeurs libéraux sont divisés (36 % pour, 39 % contre).
Le politologue David Coletto d’Abacus Data a évoqué un « parfait enjeu de division », mais ce que montrent surtout ces chiffres, c’est une opportunité politique pour l’opposition officielle de s’appuyer sur une revendication populaire claire, alors que le gouvernement Carney reste plus hésitant. Le premier ministre a déjà écarté l’idée d’une suppression du programme, préférant l’inscrire dans une révision plus large de la politique d’immigration, avec pour objectif de réduire la proportion de résidents temporaires de 7,1 % à 5 % de la population.
La contestation du terrain et la voix des jeunes travailleurs
Baxter met aussi en relief le rôle d’acteurs comme Michelle Rempel Garner, critique conservatrice en matière d’immigration, qui multiplie les interventions sur le réseau X en relayant les données de Job Watch Canada. Ce site, créé par Tyrel Chambers, un développeur web de 33 ans de Peterborough, recense les offres d’emploi assorties d’une demande d’embauche de travailleurs étrangers temporaires.
Chambers explique au Toronto Star que l’intérêt suscité par son projet l’a étonné, mais reflète une réalité troublante : « Le marché de l’emploi est difficile. Des membres de ma famille diplômés peinent à se placer, pendant que des chaînes de restauration rapide à Oshawa, Regina ou Vancouver veulent recruter à l’étranger. » Selon lui, le programme a perdu de vue son objectif initial et devrait être revu de fond en comble.
Un enjeu socio-économique plus large
L’analyse relayée par Baxter montre que le rejet du PTET traduit une anxiété plus profonde. Coletto explique que la jeunesse est confrontée à une accumulation de menaces — intelligence artificielle, incertitudes économiques mondiales, retour de Donald Trump aux États-Unis — qui fragilisent son sentiment de sécurité économique. Le recours aux travailleurs étrangers temporaires devient alors un symbole commode d’un marché de l’emploi perçu comme fermé aux Canadiens.
Toutefois, les associations patronales comme Restaurants Canada mettent en garde : l’abolition du programme porterait un coup dur à des secteurs dépendants comme la restauration et le tourisme. Déjà, le gouvernement a imposé des plafonds à l’admission de travailleurs temporaires dans son plan d’immigration, dont une mise à jour est attendue cet automne.



