Dans une chronique publiée par Chris Selley dans le National Post, l’auteur s’interroge sur la pertinence de continuer à recourir massivement au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) alors que le chômage chez les jeunes Canadiens atteint des sommets inquiétants. Selley rappelle que selon les dernières données de Statistique Canada, le taux de chômage des 15 à 24 ans s’élevait à 14,6 % en juillet, soit le plus haut niveau depuis 2009, en dehors de la période pandémique.
Face à cette réalité, le chef conservateur Pierre Poilievre a choisi de s’opposer fermement à l’embauche de travailleurs étrangers temporaires dans des emplois accessibles aux jeunes Canadiens. Chris Selley souligne que cette prise de position constitue une stratégie populiste efficace, mais aussi une politique de bon sens. Poilievre a d’ailleurs déclaré : « Pourquoi le gouvernement ferme-t-il la porte à nos propres jeunes et les remplace-t-il par des travailleurs étrangers temporaires mal payés, issus de pays pauvres et ultimement exploités? »
Les défenseurs du programme, comme Tim Hortons, avancent qu’il ne s’agit pas d’une question de coût, mais de disponibilité de main-d’œuvre. La chaîne précise que moins de 5 % de sa main-d’œuvre nationale est composée de travailleurs étrangers temporaires, concentrés dans de petites communautés où il manquerait de candidats locaux. Selley rétorque toutefois qu’il est paradoxal qu’une ville assez grande pour exiger un Tim Hortons n’ait pas suffisamment d’habitants pour y travailler.
Le chroniqueur rappelle aussi que le recours aux travailleurs étrangers n’est pas nouveau. Dans les années 2000, alors que l’Alberta vivait un boom pétrolier, on justifiait déjà le recours à cette main-d’œuvre pour servir des hamburgers ou faire le ménage dans les hôtels, au lieu d’offrir des salaires suffisamment attractifs pour attirer des Canadiens. Selon lui, cette logique économique est bancale : si un hamburger doit coûter 12 $ ou une chambre d’hôtel 150 $ pour garantir des salaires décents, ce n’est pas un échec du marché, mais un ajustement nécessaire.
Chris Selley cite une étude de Deloitte commandée par le King’s Trust Canada en novembre dernier, qui estime que l’augmentation de l’engagement des jeunes dans le marché du travail pourrait ajouter 18,5 milliards de dollars au PIB réel d’ici 2034 et générer 228 000 emplois supplémentaires. Ainsi, laisser les jeunes inactifs ou sous-employés ne représente pas seulement une perte individuelle, mais aussi un coût économique collectif.
L’auteur critique également la réaction des libéraux de Mark Carney, accusés de vouloir nuancer à outrance un sujet qui n’en demande pas. Selon Selley, le message conservateur « des emplois canadiens pour les Canadiens » est simple et direct, mais les libéraux risquent de se coincer dans des subtilités idéologiques, en insinuant que cette politique serait en réalité une attaque déguisée contre l’immigration. Le sondeur libéral Bruce Anderson est allé jusqu’à comparer la sortie des conservateurs à une « guerre culturelle » plutôt qu’à une politique économique, avant de supprimer sa publication sur X.
Pour Chris Selley, cette attitude est déconnectée de la réalité vécue par les familles canadiennes, dont les enfants peinent à trouver un emploi d’été ou à décrocher leur premier poste après l’université. Il conclut que cette occasion est idéale pour Pierre Poilievre : il peut non seulement présenter une politique claire et populaire, mais aussi mettre en difficulté ses adversaires libéraux en les forçant à défendre une position difficile à justifier.
Car, se demande l’auteur, « qui va s’opposer à l’idée de donner des emplois canadiens aux jeunes Canadiens? À part un libéral acculé au pied du mur? »



