Psychopathie et wokisme : quand l’activisme devient un véhicule de l’ego

Depuis plusieurs années, le phénomène souvent qualifié de « wokisme » — un ensemble d’idéologies militantes centrées sur la justice sociale, la politique identitaire et la critique des hiérarchies — fait l’objet d’un débat croissant. Si certains y voient une tentative sincère de corriger des injustices historiques, d’autres observent des comportements plus ambigus au sein de certains milieux militants. Dans un article publié le 6 février 2026 sur son Substack, l’auteur Emil Hasle explore une hypothèse controversée mais appuyée par certaines recherches en psychologie : l’idée que certains individus possédant des traits de personnalité « sombres » pourraient être particulièrement attirés par ce type d’activisme.

Une hypothèse psychologique : le « dark-ego-vehicle principle »

Selon Emil Hasle, plusieurs travaux universitaires récents tentent de comprendre pourquoi certaines formes d’activisme politique ou social semblent parfois attirer des personnalités particulièrement conflictuelles. Les psychologues Ann Krispenz et Alex Bertrams ont notamment proposé ce qu’ils appellent le « dark-ego-vehicle principle » (DEVP).

Ce principe suggère que des individus présentant des traits associés à la « triade sombre » — notamment le narcissisme antagoniste, la grandiosité narcissique et la psychopathie — peuvent être attirés par certaines causes militantes non pas pour des motivations altruistes, mais pour satisfaire des besoins psychologiques personnels.

Comme le rapporte Emil Hasle, ces individus pourraient utiliser l’activisme comme un « véhicule de l’ego », permettant par exemple d’obtenir une reconnaissance publique, d’afficher une supériorité morale, de dominer symboliquement des adversaires, ou d’exprimer de l’agressivité sous couvert de justice sociale.

Les recherches de Krispenz et Bertrams, publiées notamment dans les revues scientifiques Current Psychology et Archives of Sexual Behavior, ont étudié ces dynamiques dans plusieurs domaines militants : le féminisme, l’activisme environnemental, les mouvements LGBTQ+, les mobilisations autour de l’identité de genre, ainsi que certaines formes d’autoritarisme politique à gauche.

Hostilité anti-hiérarchique et traits narcissiques

Selon les études citées par Emil Hasle, certains résultats montrent des corrélations entre le soutien à des formes agressives de renversement des hiérarchies sociales et la présence de traits de personnalité sombres.

Dans l’un de ces travaux, les chercheurs ont observé que le soutien à une révolution violente contre les structures sociales existantes était associé à des niveaux plus élevés de narcissisme antagoniste et de psychopathie. À l’inverse, ces positions n’étaient pas corrélées avec des indicateurs classiques d’altruisme ou d’engagement prosocial.

Toujours selon les recherches mentionnées par Hasle, certaines formes d’engagement militant seraient également liées à la grandiosité narcissique pathologique. Dans ces cas, les individus concernés auraient davantage tendance à s’impliquer dans certaines causes tout en utilisant le « virtue signaling », c’est-à-dire l’affichage public de vertu morale, comme moyen d’obtenir validation et statut social.

La psychopathie, quant à elle, pourrait expliquer certains comportements particulièrement agressifs observés dans les conflits militants, notamment les campagnes de dénonciation publique ou de harcèlement. Dans certains cas, note Emil Hasle, ces traits pourraient même s’accompagner d’un certain plaisir à observer la destruction sociale d’un adversaire.

Des scandales réels qui alimentent la critique

Au-delà de la recherche académique, Emil Hasle souligne que plusieurs affaires médiatisées impliquant des militants ou dirigeants d’organisations progressistes ont contribué à alimenter ce débat.

L’auteur rappelle par exemple le cas de Wayne Pacelle, ancien directeur général de la Humane Society of the United States, une organisation majeure de défense des animaux. Pacelle a démissionné en 2018 après plusieurs accusations de harcèlement sexuel de la part d’employées.

Plus récemment, plusieurs affaires de fraude financière ont impliqué des figures associées à l’activisme social.

Parmi celles-ci, Emil Hasle cite Monica Cannon-Grant, fondatrice de l’organisme Violence in Boston et nommée « Bostonian of the Year » en 2020 pour son travail contre la violence et en faveur de la justice raciale. Elle a plaidé coupable en septembre 2025 à 18 chefs d’accusation, incluant fraude électronique, fraude postale et évasion fiscale, après avoir détourné des dons et subventions à des fins personnelles.

Autre exemple mentionné dans l’article : Tashella Dickerson, directrice exécutive de BLM Oklahoma City, inculpée en décembre 2025 pour 20 chefs d’accusation de fraude électronique et cinq chefs de blanchiment d’argent, dans une affaire impliquant plus de 3,15 millions de dollars de fonds détournés entre 2020 et 2025.

Dans un autre domaine, Jacob Rostovsky, fondateur de l’organisme Queer Works en Californie, a été inculpé en octobre 2024 pour 53 chefs d’accusation criminels, incluant vol qualifié, fraude à l’assurance, parjure et détournement de fonds publics. Selon les accusations, il aurait obtenu frauduleusement plus de 940 000 dollars en subventions publiques.

Des cas de radicalisation et de violence

L’article d’Emil Hasle mentionne également certains épisodes plus inquiétants impliquant des formes radicalisées d’activisme.

L’auteur note que l’écrivaine J.K. Rowling a reçu de multiples menaces de mort de la part de militants transgenres en raison de ses positions critiques sur l’idéologie du genre. Il évoque aussi l’attaque du Brighton Centre au Royaume-Uni en 2025, où des militants ont vandalisé le bâtiment avant une conférence féministe en brisant des fenêtres et en laissant des graffitis.

Plus troublant encore, Emil Hasle cite le cas du groupe connu sous le nom de « Zizians », un collectif aux caractéristiques quasi-sectaires combinant radicalisme vegan, anti-hiérarchisme extrême et identités de genre non conventionnelles. Ce groupe aurait été lié à plusieurs homicides dans différents États américains ces dernières années.

Une nuance importante : tous les militants ne sont pas concernés

Malgré ces exemples, Emil Hasle insiste sur un point important : ces phénomènes ne signifient pas que l’ensemble des militants progressistes présentent des traits narcissiques ou psychopathiques.

Certaines personnes s’engagent sincèrement dans des causes sociales. D’autres peuvent être attirées par des milieux militants sans en percevoir immédiatement les dynamiques internes. L’auteur cite notamment le témoignage de Keri Smith, une ancienne militante ayant expliqué avoir quitté ces milieux après avoir pris conscience de certains mécanismes quasi-sectaires, souvent alimentés par un leadership charismatique et un manque d’exposition à des opinions divergentes.

Hasle précise également que cette critique ne vise pas les orientations sexuelles elles-mêmes. De nombreux militants gays ou lesbiennes ont d’ailleurs eux-mêmes dénoncé certaines dérives idéologiques du militantisme contemporain, notamment autour des théories du genre.

Un phénomène plus large que le seul progressisme ?

L’auteur reconnaît que toute cause noble — à gauche comme à droite — peut attirer des opportunistes ou des personnalités toxiques. Toutefois, il estime que certaines caractéristiques idéologiques du militantisme « woke » pourraient faciliter ce phénomène.

Selon Emil Hasle, des concepts très abstraits ou difficilement vérifiables empiriquement — comme l’idée d’un nombre infini d’identités de genre ou la présence supposée d’un racisme systémique dans chaque interaction sociale — pourraient fournir un terrain fertile à des individus cherchant validation morale ou pouvoir symbolique.

Dans cette perspective, le « dark-ego-vehicle principle » constituerait une grille d’analyse utile pour comprendre pourquoi certaines personnes pourraient se tourner vers ces mouvements non pour transformer la société, mais pour servir leurs propres ambitions psychologiques ou sociales.

En définitive, l’analyse proposée par Emil Hasle ne vise pas à disqualifier toute forme d’engagement social, mais à rappeler une réalité plus nuancée : les causes morales, aussi nobles soient-elles, peuvent parfois devenir des instruments de pouvoir pour des personnalités opportunistes ou narcissiques. Comprendre ces dynamiques, suggère-t-il, est essentiel pour préserver la crédibilité des mouvements sociaux et éviter que des idéologies de justice ne deviennent, paradoxalement, des outils de domination.

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