Quand l’ONU s’inquiète du Canada : la fabrique d’un narratif militant

Le 26 avril, Radio Canada a diffusé un article de La Presse canadienne intitulé : « L’ONU se dit préoccupée par la situation des personnes LGBTQ+ au Canada ». Le souci provient des observations finales du Comité des droits de l’homme de l’ONU sur le Canada, dont une version préliminaire avait été publiée le 26 mars dernier.

Bien que le rapport aborde une vaste gamme d’enjeux, dont les questions liées aux peuples autochtones (qui constituent le point central du rapport), la surveillance, l’immigration, la santé, l’environnement et l’usage de la clause dérogatoire, ce sont les inquiétudes au sujet des personnes LGBTQ+ qui ont été jugées suffisamment médiatisables pour donner lieu à la rédaction d’un article autonome (rappelons qu’en 2026, certaines communautés autochtones continuent de faire face à des problèmes d’accès à une eau potable fiable au Canada).

D’emblée, le titre semble provenir d’un univers parallèle. S’il y a bien un endroit où les droits des personnes LGBTQ+ sont protégés, c’est le Canada. Quand la condition des LGBTQ+ du Canada inquiète, on ne peut qu’imaginer le niveau d’affolement que doit susciter le sort des minorités sexuelles en Ouganda, en Arabie saoudite ou en Iran.

Le rapport félicite pourtant le Canada pour ses avancées législatives et politiques récentes, dont le plan d’action fédéral 2SLGBTQI+, la criminalisation des thérapies de conversion et les protections contre la discrimination, mais exprime des préoccupations claires sur la persistance du harcèlement, de la violence, de l’exclusion sociale et des crimes haineux contre les personnes 2SLGBTQI+. Il appelle à plus d’actions concrètes pour combattre les stéréotypes et assurer une meilleure protection.

Comment l’ONU tire-t-il ses conclusions? Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies s’appuie explicitement sur des mémoires pour rédiger ses observations finales. Ces soumissions écrites proviennent de plusieurs sources, dont des ONG et associations de la société civile. Et bien que ces mémoires ne soient pas considérés comme des « preuves finales », ils influencent le contenu.

Il se fait que le conseil québécois LGBT avait soumis un mémoire, conjointement avec la Clinique internationale de défense des droits humains (CIDDHU) de l’UQAM.

L’article rapporte les critiques de Magali Boudon, directrice générale du Conseil québécois LGBT, à l’endroit de politiques publiques du gouvernement de François Legault qu’elle considère nuisibles aux personnes LGBTQ+ : «Ce gouvernement nous a clairement nui, il nous a mis dans la face qu’il avait plus d’intérêt à satisfaire un groupuscule haineux plutôt que de satisfaire les citoyens queers ».

Selon Magali Boudon : « l’année a été extrêmement anxiogène pour la communauté, et particulièrement pour les personnes trans ». Elle estime que l’intention du gouvernement est « homophobe ou transphobe ». En passant, on parle quand même de l’administration qui a ajouté la case « autre » sous la mention sexe sur les documents officiels et qui a inauguré un programme d’éducation sexuelle présentant la notion d’identité de genre au primaire. Parmi les exemples énumérés par Boudon : la mise sur pied du « comité de sages » sur l’identité de genre, l’accès inégalitaire aux soins de santé, les traitements jugés transphobes en milieu carcéral, les directives contre l’écriture inclusive, ainsi que la diminution des activités de sensibilisation dans les écoles.

Le rapport s’inquiète aussi de l’absence d’une interdiction claire des opérations irréversibles réalisées sans consentement sur des enfants intersexes, c’est-à-dire ceux qui présentent une anomalie du développement sexuel.

L’article relayé par Radio Canada avance ensuite que 1,7 % des enfants naissent avec des « variations de leurs caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux normes binaires des corps dits masculins ou féminins ». On présente ensuite l’avis de Victoria Legault, directrice générale de l’organisme Aide aux trans du Québec (ATQ), qui estime que ces chirurgies sont effectuées dans le but de « faire rentrer dans le moule, dans le cadre, dans les normes de la société » mais peuvent causer « beaucoup de détresse psychologique et émotionnelle ».

Ce pourcentage de 1.7% provient des travaux de la biologiste/activiste féministe Anne Fausto-Sterling et inclut des conditions très différentes. Selon le médecin et psychologue Leonard Sax, le taux tombe à environ 0,018 % si on restreint la définition aux cas où il y a vraie ambiguïté sexuelle.

En clair, la grande majorité des 1,7 % ne nécessitent aucune chirurgie et sont élevés sans problème comme garçon ou fille. La plupart des interventions précoces sont faites pour des raisons médicales. Par exemple : pour créer un orifice urinaire fonctionnel ou en cas de risque de cancer des gonades. On ne peut pas attendre que ces enfants soient suffisamment mûrs pour donner leur consentement.

C’est précisément dans ce genre de cas que l’on mesure l’incohérence profonde des revendications militantes : ceux qui exigent un consentement éclairé impossible dans ces situations médicales urgentes sont les mêmes qui cautionnent les traitements « d’affirmation de genre » aux effets irréversibles pour mineurs.

En bout de ligne, ces « préoccupations de l’ONU » reflètent celles des groupes militants LGBTQ+, et sont presque exclusivement liées à la question trans. La Presse canadienne reprend une sélection très partiale du rapport onusien pour en faire un article, que Radio Canada choisit ensuite de relayer, histoire de maintenir le narratif dans l’espace  médiatique. À noter que la plupart des personnes LGBT « ordinaires » ne partagent pas ces inquiétudes. Il y en a même davantage qu’on pense qui appuient les politiques que les organisations LGBTQ+ dénoncent.

Ce qui nous ramène à l’éléphant dans la pièce : le rôle des associations militantes et de l’activisme queer dans la réaction adverse à l’endroit des minorités sexuelles. Dans un pays comme le Canada, la vaste majorité de la population accepte ou tolère l’homosexualité. L’orientation sexuelle d’un individu indiffère plus qu’autre chose. Les personnes trans qui ne cautionnent pas l’idéologie queer et le trans-activisme ne dérangent pas beaucoup non plus. Les groupes militants provoquent eux-mêmes le retour de balancier qu’ils déplorent. D’une part avec l’imposition coercitive d’un cadre idéologique, dont la notion d’identité de genre et l’insistance à l’inculquer aux jeunes enfants. Mais aussi avec l’entretien d’une posture de victime incritiquable alors que l’appareil politico-médiatique glorifie les minorités sexuelles et incite la société entière à les célébrer (ce qui dépasse la tolérance ou l’acceptation sociale). Psychologie élémentaire : personne n’aime le chouchou de la maîtresse d’école.

Une préoccupation qui échappe au rapport du Comité des droits de l’homme de l’ONU est celle de l’intransigeance du trans-activisme. La projection spéciale du documentaire Génération Trans du réalisateur Jean-Pierre Roy qui était prévue pour le 30 avril à Québec a été annulée en raison de menaces adressées aux propriétaires du Cinéma Cartier. Le long métrage présente factuellement comment les interventions d’affirmation de genre pour mineurs sont facilitées et encouragées dans le réseau de la santé, sans requérir de consentement parental, et dans l’indifférence (ou la lâcheté) des ordres professionnels. Que la pression trans-activiste parvienne à empêcher la diffusion d’un film dans une société démocratique, voilà une réalité canadienne qui devrait inquiéter.

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