Adam Zivo, dans une tribune cinglante du National Post, analyse un documentaire de CBC adoptant une vision entièrement favorable au safer supply, c’est-à-dire la distribution gratuite d’opioïdes pharmaceutiques à des personnes dépendantes afin de les détourner des drogues illicites plus dangereuses. Cette approche repose principalement sur l’hydromorphone — un opioïde d’une puissance comparable à celle de l’héroïne — mais certains programmes distribuent maintenant du fentanyl ou d’autres substances plus fortes.
Le reportage rappelle qu’Ottawa a discrètement mis fin à plusieurs projets pilotes cette année après des enquêtes et des opérations policières démontrant que de nombreux bénéficiaires revendaient une partie importante de leur hydromorphone pour acheter du fentanyl illicite, alimentant ainsi de nouveaux marchés et enrichissant le crime organisé.
Le documentaire de CBC — intitulé « The political war on safe drugs » — prend ouvertement position contre cette décision du gouvernement fédéral et soutient que le safer supply serait une politique efficace, scientifiquement fondée, et que son opposition viendrait surtout des conservateurs, accusés d’ignorance ou de réflexes idéologiques. L’analyse reproche toutefois à l’émission d’avoir soigneusement exclu les experts qui contestent ces programmes. Or, au cours des deux dernières années, de nombreux médecins spécialisés en toxicomanie, parfois à la tête d’organisations reconnues, ont demandé publiquement que le safer supply soit réformé ou aboli. Aucun d’eux n’apparaît dans le film.
De la même façon, aucune personne ou communauté ayant subi les effets de la revente de ces opioïdes n’est interrogée. Même des élus connus pour leurs critiques — par exemple l’indépendante britanno-colombienne Elenore Sturko — affirment avoir été contactés pour offrir du contexte, mais non invités à témoigner à l’écran. À la place, le documentaire met presque exclusivement en vedette des usagers, des militants ou des défenseurs de la réduction des méfaits, ce qui crée une représentation très partielle et peu fidèle du débat réel.
Pendant longtemps, plusieurs acteurs du milieu ont nié la revente massive d’hydromorphone, parlant de rumeurs, d’exagérations ou de campagnes de désinformation. Avec l’accumulation des preuves, certains soutiennent maintenant qu’ils savaient que le médicament serait revendu parce qu’il est trop faible pour des consommateurs dépendants au fentanyl. L’analyse accuse The Fifth Estate d’adopter cette relecture révisionniste sans la remettre en question.
Un moment marquant du documentaire montre la Dre Christy Sutherland, importante prescriptrice en Colombie-Britannique, affirmant qu’elle a cessé de fournir de l’hydromorphone après avoir constaté qu’au moins 40 % de ses patients la revendaient. Elle raconte avoir reçu des menaces à la suite de cette décision. L’article souligne qu’un journaliste d’enquête aurait normalement demandé pourquoi cette information capitale n’a jamais été révélée publiquement à l’époque, alors que les gouvernements fédéral et provincial niaient la gravité de la revente. Cette question n’est jamais posée.
Le film ignore aussi le rôle du crime organisé, les pharmacies corrompues et l’impact du détournement sur les communautés. Il suggère même que la revente pourrait avoir des aspects positifs en « saturant le marché de drogues plus sûres » — une idée catégoriquement rejetée par des médecins, policiers et chercheurs.
Sur le plan scientifique, l’article rappelle que les études utilisées pour défendre le safer supply sont souvent méthodologiquement faibles : témoignages d’usagers présentés comme preuves objectives, absence de groupes de comparaison, variables incontrôlées. Même le médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique a reconnu que l’approche n’est pas entièrement fondée sur des données probantes, tandis qu’un important réseau de recherche sur la toxicomanie admettait récemment que les preuves disponibles sont « essentiellement de bas niveau ».
Le documentaire de CBC affirme au contraire que le consensus scientifique soutient le safer supply. Pour l’auteur, cette présentation est trompeuse et aurait facilement pu être corrigée si l’émission avait donné la parole à des spécialistes aux positions divergentes.
Même l’article écrit accompagnant la diffusion ignore presque complètement la revente d’opioïdes, laissant croire que l’arrêt du financement fédéral n’a aucune justification. Une demande d’explications envoyée à CBC n’a reçu qu’une réponse brève affirmant que l’épisode respecte les normes journalistiques du diffuseur public.
Au final, l’analyse conclut que The Fifth Estate a privilégié une approche militante plutôt qu’un travail équilibré. En omettant des voix clés — experts, victimes, représentants politiques — l’émission crée un récit incomplet qui renforce une seule position idéologique, au détriment d’un débat factuel et transparent.



