D’après un article de Brian Lilley publié dans le Toronto Sun le 11 juillet 2025
Dans sa plus récente chronique, Brian Lilley souligne que les approches adoptées jusqu’à présent par le premier ministre Mark Carney dans ses relations avec Donald Trump n’ont pas porté fruit pour le Canada. Selon Lilley, il est temps de changer de stratégie.
Il débute en évoquant une image saisissante : savoir quand lever les coudes, métaphore pour parler d’agressivité stratégique, n’est pas quelque chose qu’on apprend dans les cas d’étude de Harvard ou d’Oxford. « Mark Carney aurait eu besoin de quelques leçons de la rue plutôt que des études de cas universitaires », écrit-il. Le chroniqueur critique l’attitude hésitante du premier ministre canadien face à un Trump qu’il décrit comme un « intimidateur ».
Jeudi soir, Donald Trump a publié sur Truth Social une lettre qu’il a adressée à Carney. Il y accuse le Canada d’avoir réagi aux tarifs américains sur le fentanyl par des représailles commerciales. « Au lieu de travailler avec les États-Unis, le Canada a riposté avec ses propres tarifs », écrit Trump.
Lilley reconnaît que si le Canada n’est pas aussi central dans la crise du fentanyl que le Mexique, il n’est pas pour autant irréprochable. Il mentionne l’existence de « super-laboratoires » et d’un important système de blanchiment d’argent au pays, en lien avec le trafic international de fentanyl.
Mark Carney a affirmé prendre la situation au sérieux, mais cela n’a visiblement pas convaincu Trump. Ce dernier a déclaré qu’à compter du 1er août 2025, les produits canadiens seront frappés d’un tarif de 35 %, en plus des tarifs sectoriels déjà imposés. « Si le Canada collabore avec moi pour stopper le flux de fentanyl, nous envisagerons peut-être de modifier cette lettre », a-t-il ajouté.
Pour Lilley, cette menace s’ajoute à une série d’actions désordonnées menées par Trump depuis son retour au pouvoir. Trump veut, dit-il, « refondre le système commercial mondial au bénéfice des États-Unis », estimant que l’actuel favorise les autres pays.
L’impact pour le Canada serait considérable. Alors que près de 20 % de l’économie canadienne dépend des échanges avec les États-Unis, l’économie américaine, elle, ne dépend qu’à moins de 2 % du commerce avec le Canada. « Nous sommes dans une position plus faible », résume Lilley.
Si certaines régions touristiques américaines peuvent ressentir l’absence de visiteurs canadiens, ce ne sera rien en comparaison de l’effet sur les exportateurs canadiens. Et à moins de déclencher une riposte extrême – couper l’électricité, l’automobile, le pétrole et le gaz vers les États-Unis –, une option que personne ne semble prêt à envisager, le Canada doit trouver une autre voie.
Selon Brian Lilley, une entente de haut niveau semblait possible il y a quelques semaines, semblable à celle que le Royaume-Uni a conclue avec Trump – un accord succinct, critiqué par certains, mais qui a au moins le mérite d’apaiser les tensions. Le chroniqueur souligne qu’aucune lettre agressive n’a été envoyée au premier ministre britannique Keir Starmer, qui a même été invité à rencontrer Trump en Écosse.
La faute de Carney, selon Lilley, aurait été de confier le dossier à l’ambassadrice Kristen Hillman. « Quand on veut conclure une affaire, on envoie son meilleur vendeur, pas son équipe de comptables », ironise-t-il. À son avis, il ne faut pas chercher un accord complet avec Trump, mais simplement un accord politique qui le détournera de son obsession canadienne.
La stratégie actuelle de Carney, conclut Lilley, a échoué.



