Québec solidaire n’a pas très bonne presse ces temps-ci. Il faut dire que le duel dans Arthabaska, qui se jouera lundi soir, se soldera soit par une victoire du PQ avec le candidat Alex Boissonneault, soit par celle du chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime. Jadis parti particulièrement mobilisé, pouvant compter sur des militants solides, QS ne semble plus croire en son propre avenir.
Et il faut bien dire qu’à voir la désaffection actuelle, ils n’ont pas complètement tort. Le parti pourrait perdre plus de la moitié de ses députés, notamment tous ceux situés en dehors de l’île de Montréal. QS a du mal à faire preuve d’autocritique. Incapable de se remettre en question, il donne l’impression d’un mouvement figé. L’aile modérée a fini par quitter le navire, lassée des querelles idéologiques qui minent l’organisation. Désormais, c’est Ruba Ghazal qui tient la barre… d’un bateau en perdition.
Le navire prend l’eau, et la grande solution proposée par la députée solidaire du Plateau est de « simplifier » le message du parti. Car il faut les comprendre : ils se considèrent comme des intellos, trop compliqués à saisir pour le commun des mortels que nous sommes ! Non : les gens comprennent très bien ce qui cloche avec Québec solidaire. Le problème n’est pas l’instruction, mais bien le fait que certains, bardés de diplômes, défendent des priorités qui relèvent de croyances de luxe, très éloignées des préoccupations concrètes du quotidien.
La passion n’y est plus. Sur la communauté « Méta Québec » sur Reddit ou sur le groupe Facebook de QS, on retrouve quantité de débats stériles entre vieux gauchistes dépassés et militants de l’aile décoloniale, chipotant sur des points de détails. Leur objectif n’est pas de se montrer pragmatiques ou « présentables », mais au contraire de refuser tout compromis. Pour eux, se modérer ou rechercher le consensus, c’est pactiser avec l’ennemi et vendre son âme au grand capital.
C’est ainsi qu’on en arrive à la position actuelle de QS dans Arthabaska : ne faites pas barrage à Duhaime, ne votez pas PQ. Drôle de posture pour un parti qui se targue d’être l’antithèse de la « droite ». Ajoutons que leur candidate est… à l’étranger jusqu’au soir du vote. Cela en dit long sur la flamme qui anime encore cette formation fondée par d’anciens groupes communistes et communautaires.
Si Québec solidaire n’a jamais pris le pouvoir, il aura tout de même incarné une forme de conscience morale à l’Assemblée nationale et influencé plusieurs projets de loi. Beaucoup se souviennent encore des coups d’éclat d’Amir Khadir, figure respectée de son époque. Mais cette façon, disons, plus « masculine » de faire de la politique n’a jamais vraiment collé à un parti profondément structuré autour de figures féminines dominantes.
Que deviendra QS ? S’il ne disparaît pas aux prochaines élections, on peut parier que la guerre civile interne se déchaînera et emportera ce qui reste de ses députés et de ses « co-porte-paroles ».



