Québec veut interdire les prières de rue : une nouvelle bataille pour la laïcité

Le journaliste Leslie Roberts, dans un texte publié par le National Post le 28 août 2025, explique que le gouvernement Legault entend légiférer pour interdire les « prières de rue » au Québec, un phénomène qui suscite de vives tensions à Montréal. Selon lui, la province se place ainsi à l’avant-garde d’un débat sensible qui oppose liberté religieuse, laïcité et ordre public.

Roberts rappelle que depuis plusieurs mois, des groupes de fidèles musulmans se rassemblent régulièrement pour prier devant la basilique Notre-Dame, au cœur du Vieux-Montréal. Face à eux, des contre-manifestants agitent le drapeau fleurdelisé et dénoncent une appropriation symbolique de l’espace catholique par une autre religion. Les confrontations se sont intensifiées, alimentées par le sentiment d’assister à une bataille identitaire.

Dans son analyse, Roberts rapporte également que ces prières se sont étendues à d’autres lieux publics : parcs, rues commerçantes et même devant certains bureaux du centre-ville. Des marchands se plaignent que la clientèle se détourne de leurs commerces lorsque les trottoirs se remplissent de tapis de prière. Des automobilistes, bloqués aux intersections, expriment leur colère par des coups de klaxon et des invectives. Plusieurs passants disent s’être sentis « piégés » dans la foule, incapables de savoir s’ils pouvaient circuler librement.

Leslie Roberts souligne que ces rassemblements ne sont pas toujours dénués de portée politique : certains fidèles y associent des slogans dénonçant la guerre d’Israël contre le Hamas et appelant à une « Palestine libre ». Pour les critiques, cela ne relève plus du culte, mais de la manifestation politique sous couvert de prière.

Le journaliste replace aussi l’affaire dans la longue histoire québécoise de la religion. Après des décennies de domination catholique, la Révolution tranquille a profondément marqué la société en imposant une séparation entre l’État et les Églises. C’est cet héritage qui a mené à l’adoption de la loi 21, interdisant le port de signes religieux pour les employés de l’État en position d’autorité. Roberts écrit que pour plusieurs Québécois, la nouvelle interdiction s’inscrit dans cette logique de neutralité, tandis que d’autres y voient une discrimination croissante.

L’auteur note que le Québec serait la première province canadienne à agir de façon aussi directe sur la question des prières publiques. Le débat juridique est inévitable : d’un côté, la liberté de religion est protégée par la Charte canadienne des droits et libertés; de l’autre, le gouvernement affirme que l’espace public ne doit pas être instrumentalisé à des fins cultuelles.

Roberts rappelle que des voix musulmanes, comme celles du Forum musulman canadien, défendent ces prières comme une simple « manifestation de la liberté d’expression » pratiquée depuis longtemps. En parallèle, certains leaders catholiques québécois craignent que la laïcité se transforme en intolérance si elle interdit toute visibilité religieuse hors des lieux de culte.

En conclusion, Roberts insiste sur le fait que le Québec s’aventure une fois de plus en terrain inconnu. Cette interdiction, si elle est adoptée, deviendra un test non seulement pour les tribunaux, mais aussi pour l’opinion publique canadienne. Le défi est de savoir si la province peut concilier sa conception de la laïcité avec le respect des droits fondamentaux, tout en évitant de reproduire les tensions vécues dans certaines capitales européennes.

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