Radio-Canada s’excuse après des propos antisémites en ondes

Le journaliste John Paul Tasker, de CBC News, rapporte que Radio-Canada a présenté des excuses publiques après qu’une de ses correspondantes a utilisé des stéréotypes antisémites en ondes. Élisa Serret, dépêchée à Washington pour couvrir la visite du secrétaire d’État américain Marco Rubio en Israël, a tenu des propos qui ont aussitôt soulevé une vive controverse.

Durant une intervention dans l’émission Sur le terrain, la journaliste a affirmé en français que « les Israéliens, en fait les Juifs, financent une grande partie de la politique américaine » et contrôlent une « grosse machine ». Elle a également déclaré que les grandes villes des États-Unis et Hollywood sont « dirigés par les Juifs ».

Radio-Canada, dans un communiqué officiel cité par John Paul Tasker, a qualifié ces déclarations de « stéréotypées, antisémites, erronées et préjudiciables à l’endroit des communautés juives ». L’organisation a annoncé avoir relevé Serret de ses fonctions jusqu’à nouvel ordre, ajoutant que ces propos allaient à l’encontre de ses Normes et pratiques journalistiques. « Ces commentaires inacceptables n’expriment en rien l’opinion du diffuseur public. Nous sommes conscients qu’ils ont offensé de nombreux téléspectateurs. Nous présentons nos sincères excuses », peut-on lire dans la déclaration.

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), par la voix de sa vice-présidente pour le Québec, Eta Yudin, a dénoncé ce qu’il a qualifié de « mensonges antisémites diffusés par Radio-Canada ». Yudin insiste sur le fait qu’un tel incident ne peut passer sous silence et qu’il faut entreprendre « une sérieuse réflexion interne sur les dommages qu’un tel discours haineux inflige à nos valeurs démocratiques ».

La réaction politique a été tout aussi sévère. Le ministre fédéral de l’Identité et de la Culture, Steven Guilbeault, responsable de CBC/Radio-Canada, a déclaré que « l’antisémitisme n’a pas sa place au Canada » et que les propos de Serret véhiculaient des clichés « pernicieux ». Il a averti que lorsque des journalistes ou des personnes en position de confiance utilisent ce genre de langage, cela risque de « normaliser la haine de manière profondément dangereuse ».

De son côté, le député libéral Anthony Housefather, conseiller spécial du gouvernement sur les relations avec la communauté juive et l’antisémitisme, a souligné que Serret avait employé des « tropes classiques antisémites » tels que définis par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Cette organisation stipule en effet que prétendre que les Juifs contrôlent les médias, l’économie, le gouvernement ou d’autres institutions constitue une manifestation d’antisémitisme. Housefather a néanmoins salué la décision de Radio-Canada de retirer la journaliste de ses fonctions et de reconnaître le caractère inacceptable de ses propos.

Enfin, Melissa Lantsman, députée conservatrice et chef adjointe de son parti, a accusé le diffuseur public d’avoir manqué à son devoir de « défendre les valeurs de ce pays » en laissant passer ce qu’elle a décrit comme une « diatribe antisémite ». Selon elle, « l’antisémitisme manifeste à la télévision fait partie de la pourriture systémique qui ronge notre société », et il prospère quand des institutions financées par les contribuables lui offrent une tribune. Lantsman a exigé le congédiement définitif d’Élisa Serret, jugeant que « les Canadiens méritent mieux que des excuses soigneusement formulées ».

L’incident, tel que rapporté par John Paul Tasker pour CBC News, illustre à quel point les médias publics doivent constamment veiller à respecter les normes déontologiques et éviter la diffusion de clichés discriminatoires qui risquent de banaliser la haine dans l’espace public.

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