Dans un contexte de réchauffement des relations entre Ottawa et Pékin, la Chine a annoncé la suppression de l’obligation de visa pour les touristes et voyageurs d’affaires canadiens. Une décision qui survient quelques semaines après la visite du premier ministre Mark Carney à Beijing et qui est perçue comme un signal politique autant qu’économique.
Une exemption de 30 jours, jusqu’à la fin de l’année
Selon un reportage de The Canadian Press, publié par CTV News le 15 février 2026, le ministère chinois des Affaires étrangères confirme que les Canadiens pourront séjourner jusqu’à 30 jours en Chine continentale sans visa, à compter de mardi et au moins jusqu’à la fin de l’année.
Jusqu’ici, la procédure pour entrer en Chine continentale était réputée longue et coûteuse : la majorité des touristes devaient remplir une demande détaillée et débourser environ 140 dollars en frais administratifs. Les Canadiens pouvaient déjà voyager sans visa à Hong Kong, à Macao et dans la province de Hainan, mais pas dans le reste du territoire continental.
Un mois auparavant, lors de sa visite officielle à Beijing, Mark Carney avait affirmé que le président chinois Xi Jinping s’était engagé à offrir un accès sans visa aux Canadiens — engagement que Pékin n’avait pas confirmé publiquement à ce moment.
Soulagement dans l’industrie du voyage à Vancouver
D’après The Canadian Press, la nouvelle a été accueillie avec enthousiasme par des agents de voyages de Vancouver, particulièrement en Colombie-Britannique où la diaspora chinoise est importante.
Glynnis Chan, présidente de Happy Times Travel and Tour Ltd., explique que plusieurs de ses clients canadiens ont des racines en Chine et trouvaient la procédure « longue et fastidieuse ». Elle confie que l’accompagnement des demandes de visa lui donnait « mal à la tête » tant le processus était complexe.
Toujours selon ses propos rapportés par The Canadian Press, les candidats devaient fournir une multitude d’informations supplémentaires, incluant billets d’avion, renseignements familiaux, destinations précises et réservations d’hôtels. La nouvelle politique permettra désormais aux voyageurs de réserver un vol disponible et de partir sans attendre plusieurs jours le traitement d’un dossier.
Margaret Liu, propriétaire de Formosa Travel Ltd., également basée à Vancouver, accueille elle aussi favorablement la décision. Toutefois, forte de plus de 30 ans d’expérience dans l’industrie touristique britanno-colombienne, elle se montre plus prudente : elle ne s’attend pas à une ruée immédiate de Canadiens vers la Chine.
Elle souligne que les coûts élevés — billets d’avion, hébergement, frais de déplacement — pourraient limiter la demande. Selon elle, plusieurs Canadiens ne visiteront la Chine qu’une ou deux fois dans leur vie en raison des dépenses importantes que représente un tel voyage.
Elle espère néanmoins que cette ouverture favorisera l’augmentation des vols directs vers Vancouver et Toronto et, à terme, encouragera également un afflux accru de touristes chinois vers le Canada.
Un contexte diplomatique marqué par les tensions
La décision de Pékin s’inscrit dans un contexte diplomatique chargé. Comme le rappelle The Canadian Press, la Chine avait maintenu des exigences de visa strictes pour les Canadiens pendant plusieurs années, tout en limitant les groupes touristiques chinois autorisés à visiter le Canada, dans le cadre d’un différend diplomatique prolongé.
En août 2023, Beijing avait levé l’interdiction pandémique sur les voyages de groupes vers plusieurs pays, mais avait continué d’exclure le Canada. Ce n’est qu’en novembre dernier que ces restrictions ont été levées.
À l’époque, l’ambassade de Chine à Ottawa avait justifié certaines mesures par une hausse des incidents de discrimination anti-asiatique et par ce qu’elle qualifiait d’« exagération » par le gouvernement fédéral de la question de l’ingérence étrangère. En 2024, la Chine avait déjà réduit les frais de visa imposés aux Canadiens.
La visite de Carney et la « recalibration » des relations
La visite de Mark Carney à Beijing en janvier — la première d’un premier ministre canadien en Chine depuis huit ans — s’inscrivait dans ce qu’il a qualifié de relation « recalibrée » avec Pékin.
Selon The Canadian Press, cette approche a permis d’atténuer certains irritants commerciaux, mais elle a aussi suscité des inquiétudes chez des militants des droits de la personne, notamment après la condamnation du magnat pro-démocratie hongkongais Jimmy Lai.
Les liaisons aériennes entre les deux pays ont repris progressivement depuis la pandémie. Le retard dans l’augmentation des vols s’explique en partie par l’exigence canadienne que les vols à destination du Canada ne survolent pas le territoire russe — afin d’éviter un avantage concurrentiel aux compagnies étrangères autorisées à utiliser l’espace aérien russe, contrairement aux transporteurs canadiens, dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par Moscou.
Coopération touristique et Coupe du monde 2026
Lors de la visite de janvier, les deux pays ont également signé un protocole d’entente visant à faire collaborer leurs offices nationaux du tourisme. Selon The Canadian Press, les campagnes promotionnelles porteront notamment sur le tourisme de nature, les villes jumelées et des événements internationaux comme la Coupe du monde de la FIFA 2026.
Dans un contexte où la Chine cherche à relancer son économie et son secteur touristique après les ralentissements liés à la COVID-19, l’exemption de visa pour les Canadiens s’inscrit dans une stratégie plus large d’ouverture envers certains pays occidentaux.
Reste à voir si ce geste diplomatique se traduira par une augmentation significative des flux touristiques ou s’il demeurera, du moins à court terme, un symbole d’apaisement entre deux partenaires dont la relation demeure marquée par la prudence et les calculs stratégiques.



