D’après un article de Chris Selley publié dans le National Post le 17 juillet 2025
Dans une chronique tranchante, Chris Selley du National Post plaide pour une refonte en profondeur du système canadien de traitement des réfugiés, qu’il juge surchargé, inefficace et de plus en plus détourné de sa mission initiale : offrir un refuge sûr, et non une prospérité garantie dans un pays riche.
Selley commence par évoquer le cas médiatisé d’Angel Jenkel, une personne américaine non-binaire, dont la déportation a été suspendue par un juge de la Cour fédérale du Canada. Bien que Jenkel n’ait pas officiellement déposé une demande d’asile, elle a invoqué un risque de persécution aux États-Unis en raison de politiques jugées hostiles aux personnes LGBTQ sous l’administration Trump. Le juge a ordonné de reconsidérer l’évaluation du risque avant expulsion, jugeant que la situation actuelle aux États-Unis n’avait pas été suffisamment prise en compte.
Chris Selley voit dans cette décision un exemple de dérive du système. Il note que, si certains États américains sont hostiles aux personnes LGBTQ, d’autres, comme San Francisco ou Portland, offrent des havres de tolérance. « Ne pas vouloir déménager à une autre partie de son pays n’a jamais constitué un motif d’asile légitime dans un autre pays », ironise-t-il.
L’auteur dénonce ce qu’il considère comme une vision myope de nombreux militants pro-réfugiés au Canada, qui semblent plus enclins à accorder l’asile à des Américains relativement privilégiés qu’à des personnes fuyant des persécutions bien plus graves dans des pays sans aucun refuge intérieur possible.
Un autre exemple cité par Selley provient d’une étude publiée par United Way Greater Toronto, qui met en lumière les difficultés rencontrées par les demandeurs d’asile africains : logements précaires, obstacles à l’emploi, non-reconnaissance des diplômes étrangers, barrière linguistique et accès limité à l’aide juridique. L’auteur reconnaît ces problèmes, mais fait remarquer que ces obstacles ne sont pas propres aux réfugiés africains : ils reflètent des failles structurelles du Canada lui-même.
En 2023, rappelle-t-il, le système d’hébergement de Toronto était tellement débordé que les réfugiés furent carrément exclus des refuges pour sans-abri. Une situation dramatique qui a forcé certains à camper sur les trottoirs du centre-ville, avant que des églises évangéliques ne leur viennent en aide de manière bénévole.
Selon Chris Selley, il est clair que le système d’asile canadien ne peut absorber le volume actuel de demandes. Il cite les 281 000 demandes d’asile en attente en date du 31 mars 2025 comme un signe d’échec. Et malgré une volonté de réforme du gouvernement de Mark Carney — qui a déposé le projet de loi C-2 limitant notamment le droit de faire une demande d’asile un an après l’arrivée au Canada —, Selley juge que les mesures proposées sont encore trop timides.
Il évoque à ce sujet un article récent de The Economist, intitulé Scrap the refugee system, qui propose un changement de paradigme : protéger les réfugiés, oui, mais près de chez eux, dans des pays culturellement et linguistiquement proches, plutôt que de les accueillir à grand frais dans les pays riches. « La sécurité, et non l’accès au marché du travail d’un pays riche, doit rester le but premier », résume le magazine cité par Selley.
Une telle politique nécessiterait évidemment une coopération multilatérale et une révision de la répartition actuelle des ressources, souligne-t-il. Mais le chroniqueur soutient que le Canada, reconnu comme un pays très accueillant par le passé, pourrait jouer un rôle de leadership en réorientant ses efforts vers une aide humanitaire plus efficace et plus proche des zones de crise.
Dans une conclusion sans appel, Chris Selley estime que la compassion ne peut à elle seule compenser l’inefficacité du système actuel. Offrir un refuge ne signifie pas garantir un avenir dans une métropole nord-américaine, mais assurer la sécurité, de manière pragmatique et durable.



