Relations Chine-Japon : le massacre de Nankin, une cicatrice toujours vive

Un article de Fan Wang publié par la BBC le 13 août 2025 revient sur le poids toujours brûlant du massacre de Nankin dans les relations entre la Chine et le Japon. Cet épisode, survenu en décembre 1937 lorsque l’armée impériale japonaise a envahi l’ancienne capitale chinoise, fit plus de 300 000 morts selon certaines estimations et vit environ 20 000 femmes violées. Plus de 80 ans après, il reste une plaie ouverte dans la mémoire collective chinoise, largement entretenue par Pékin et ravivée par la sortie d’une nouvelle vague de films patriotiques à l’occasion du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Fan Wang rapporte le témoignage du vidéaste japonais Hayato Kato, installé en Chine, qui a surpris ses 1,9 million d’abonnés en publiant fin juillet une vidéo émotive après avoir vu Dead To Rights (Nanjing Photo Studio), un film retraçant ces atrocités. Il a dénoncé le négationnisme de certaines figures publiques japonaises qui nient encore le massacre, avertissant que « si nous le nions, cela se reproduira ». Sa vidéo est devenue virale, cumulant des centaines de milliers de « likes », mais aussi des commentaires empreints de rancune, reprenant la réplique culte du film : « Nous ne sommes pas amis. Nous ne l’avons jamais été. »

Pour Pékin, le massacre de Nankin incarne le paroxysme de l’occupation japonaise et un symbole de souffrance nationale. La mémoire de ces crimes, auxquels s’ajoutent les ravages des « femmes de réconfort » – environ 200 000 victimes contraintes à l’esclavage sexuel – nourrit l’accusation selon laquelle Tokyo n’a jamais pleinement assumé son passé. Si le Japon a présenté des excuses officielles, nombre de Chinois les jugent insuffisantes, d’autant que des responsables politiques nippons continuent de visiter le sanctuaire de Yasukuni, qui honore des criminels de guerre.

Le contraste entre mémoires est frappant. Comme l’explique le professeur Gi-Wook Shin (Stanford), les Chinois considèrent cette guerre comme une épreuve nationale fondatrice, tandis qu’au Japon, l’accent est mis sur la souffrance causée par les bombardements alliés et la reconstruction d’après-guerre. Cette divergence d’interprétation nourrit un « conflit de mémoire » qui s’ajoute aux tensions géopolitiques contemporaines.

Sous Xi Jinping, la commémoration de la guerre a pris une dimension centrale. Pékin a révisé la chronologie officielle pour inclure l’invasion de la Mandchourie dès 1931, transformant la « guerre de huit ans » en « guerre de 14 ans », et multiplie les films patriotiques : un long-métrage sur l’unité 731 (expérimentations humaines en Mandchourie) doit sortir en septembre, en plus de documentaires et fresques épiques sur la résistance. Xi a aussi instauré de grandes parades militaires annuelles, liant mémoire historique et démonstration de puissance contemporaine.

Pour l’universitaire Yinan He (Lehigh University), le Parti communiste a utilisé depuis les années 1980 le souvenir de l’agression japonaise comme ciment nationaliste, en partie pour compenser la perte d’attrait du communisme après la Révolution culturelle. Mais cette stratégie a aussi contribué à figer l’animosité. La fenêtre de réconciliation – les années 1970, au moment du rapprochement sino-japonais – est aujourd’hui refermée, et le passé non réglé continue d’empoisonner les relations entre les deux puissances asiatiques.

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