Restauration halal et salle réservée aux femmes – un fast-food suscite la polémique

La vidéo publicitaire d’un restaurant de Vaulx-en-Velin dans la métropole de Lyon, diffusée sur Instagram, a fait beaucoup réagir en France. On y voit un créateur de contenu connu sous le nom de M23 entrer dans le restaurant Seven Times et commander sa nourriture au comptoir. Il se dirige ensuite vers une salle située à l’arrière, et se cache aussitôt les yeux à la vue de ce qui s’y trouve.

M23 retourne immédiatement au comptoir et demande : « C’est quoi ça là-bas, il y avait vela les meufs dans la salle » – expression familière pour indiquer qu’il n’y avait que des femmes. À quoi le gérant lui répond que « C’est normal, c’est la salle pour les femmes ».

Jérôme Buisson, député de l’Ain pour le Rassemblement National, s’en est allé d’un tweet pour dénoncer la ségrégation sexuelle : « Le restaurant Seven Times semble pratiquer un séparatisme inadmissible et illégal en isolant dans une salle à part les femmes. Les clients sont donc triés par sexe. […] C’est de la discrimination inacceptable en France ».

Seven Times est un établissement de restauration rapide 100% certifié halal offrant un menu diversifié avec burgers et sandwichs aux adaptations fast‑food d’éléments culinaires indiens. Le logo se lit « Seven Times – casual food » – on pourrait se trouver n’importe où ailleurs qu’en France. En 2005, à Vaulx-en-Velin, 61 % des jeunes de moins de 18 ans avaient au moins un parent immigré. 20 ans plus tard, la ville compte sans surprise une proportion élevée d’habitants d’origine maghrébine et africaine. Selon les données estimées, près de 29 % de la population est de nationalité étrangère.

Alors, la charia est-elle vraiment appliquée à la lettre dans ce restaurant de la région lyonnaise? En fait, non. Les hommes et les femmes ne mangent pas séparément, chacun dans leur salle. Le Seven Times a vraiment une salle réservée exclusivement à la clientèle féminine – mais la partie principale du restaurant reste mixte. Contacté par la presse, le gérant du Seven Times a expliqué que la salle réservée aux femmes n’est pas liée à une obligation religieuse, mais à un choix commercial visant à créer un espace où les femmes peuvent « discuter entre elles, prendre un café ».

Pourtant, dans la vidéo, la réaction de M23 renvoie clairement à la pudeur islamique : il se couvre les yeux avec embarras, comme s’il s’était malgré lui trouvé confronté à de l’indécence (les femmes musulmanes peuvent retirer leurs voiles lorsqu’elles se retrouvent entre elles).

Le débat tourne autour de la distinction entre un espace proposé volontairement aux femmes et une restriction formelle fondée sur le sexe. Il ne s’agit pas d’une obligation imposée à la clientèle féminine, mais d’une courtoisie. Dans les faits, ce sont les hommes qui ne sont pas bienvenus dans cette salle. Or, l’affaire n’est pas présentée comme une interdiction pour les hommes, mais comme un privilège pour les femmes. Quoiqu’il en soit, la mise en place d’une salle réservée exclusivement à un sexe dans un restaurant constitue une discrimination illégale en vertu de la loi.

La préfecture du Rhône a indiqué suivre la situation et a saisi les services de l’État compétents pour examiner si l’ouverture de cet espace entre dans un cadre légal ou pas. À suivre.

Des commentaires sur les réseaux sociaux signalent qu’une partie du public comprend l’objectif de confort ou de sécurité pour les femmes, en particulier si elles ont déjà été confrontées à des comportements gênants dans des lieux publics. Reste à identifier la source de cette intimidation. Les codes culturels différents sur le regard, l’interpellation et la présence féminine sont indéniablement en cause, du moins en grande partie.

Une question se pose. La présence croissante de l’islam dans les sociétés occidentales va-t-elle remettre en cause la mixité sexuelle?

Dans certains quartiers à forte concentration musulmane, il existe des cafés et comptoirs très fréquentés majoritairement par des hommes, souvent d’origine maghrébine ou nord-africaine – même si aucun ne refuse officiellement les femmes. On peut d’ailleurs observer cette dynamique culturelle dans certaines parties de Montréal, notamment sur la rue Jean-Talon Est, dans ce qu’on appelle « Le Petit Maghreb ». Il n’existe pas au Québec de cafés réservés uniquement aux hommes, comme on retrouve dans certains quartiers du Maghreb. Cette forme de non-mixité assumée n’existe pas non plus officiellement dans les démocraties libérales occidentales, où elle serait contraire au droit. Sans revendication officielle d’exclusivité masculine, on observe cependant une forte homogénéité de fait dans certains établissements.

Une volonté de non-mixité islamique peut obtenir davantage d’acceptabilité sociale en empruntant la voie de la création d’espaces sécuritaires pour femmes.

Chaque débat sociétal sur l’islam voit l’appui circonstanciel du néo-féminisme, qui s’est empressé d’évoquer les espaces spécifiques alloués aux femmes dans certains gymnases pour justifier la salle réservée aux femmes au restaurant Seven Times. À noter que ces espaces « femmes seulement » n’existaient pas il y a 20 ans – on peut se demander à quelles nouvelles réalités correspond le besoin.

La gauche radicale devient l’alliée conjoncturelle de l’islam, non parce qu’elle partage les mêmes valeurs, mais parce qu’ils s’opposent tous deux au nationalisme identitaire occidental. Le progressisme militant s’attaque aux jalons de l’héritage culturel chrétien, tandis que l’Islam militant veut poser les jalons de la culture islamique. Le processus de déconstruction mené par l’un défriche le terrain pour l’autre.

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