Retrait massif des autobus Lion Électrique : un fiasco scolaire et industriel

Le Québec fait face à une crise sans précédent dans le transport scolaire. À la suite de l’incendie d’un autobus de Lion Électrique à Montréal, le gouvernement a ordonné jeudi soir le retrait préventif de quelque 1200 véhicules de la compagnie. Cette décision, prise par précaution, a provoqué un véritable bouleversement dans le réseau scolaire, avec des centaines de circuits suspendus et des milliers de familles prises de court.

Un incendie révélateur

Comme je le rapportais déjà dans Québec Nouvelles le 9 septembre 2025, un autobus scolaire Lion Électrique avait pris feu à l’angle de la rue Jean-Talon Ouest et de l’avenue Victoria à Montréal. L’incident, capté en vidéo, a marqué l’opinion publique : six enfants et leur chauffeur ont heureusement pu être évacués avant que les flammes ne ravagent complètement le véhicule.

Selon Martin Guilbault du Service de sécurité incendie de Montréal, cité par William Thériault dans La Presse, l’incendie ne provenait pas des batteries, mais du système de chauffage. Cette précision n’a toutefois pas suffi à rassurer les parents, ni les autorités provinciales qui ont décidé d’une inspection complète du parc de véhicules.

Un retrait massif et ses répercussions

Karim Benessaieh et Marie-Ève Morasse rapportent dans La Presse que le retrait préventif touche l’ensemble des 1200 autobus Lion en circulation au Québec. La mesure a entraîné des annulations de circuits dans plusieurs centres de services scolaires. À Montréal, le CSS Marguerite-Bourgeoys a suspendu plus de 70 parcours vendredi. À Laval, une quarantaine de circuits ont été interrompus. Dans certaines régions, comme Thetford Mines, des cours ont même dû être annulés faute de transport.

Radio-Canada, par la plume de Stéphane Bordeleau et Nicolas Bourcier, précise que la défectuosité soupçonnée se situe dans une composante du système de dégivrage. L’incendie de mardi n’est d’ailleurs pas un cas isolé : un autobus de Lion avait déjà pris feu en Estrie en novembre 2024, et un autre en Ontario en janvier 2025, à chaque fois lié au système de chauffage.

Les familles et les écoles prises de court

Les témoignages recueillis par La Presse illustrent l’ampleur des perturbations. Une mère de LaSalle a dû consacrer plus d’une heure pour reconduire sa fille à son école temporairement relocalisée dans un parc industriel, situation intenable si elle devait perdurer. D’autres parents décrivent avoir reçu l’avis tard le soir, parfois après 21 h 30, ce qui a semé la confusion et forcé des solutions improvisées : taxis, covoiturage entre voisins, trajets à vélo lorsque possible.

La Fédération des centres de services scolaires du Québec confirme que « des centaines de parcours » sont touchés. Du côté des transporteurs, Chantale Dugas, présidente de la Fédération des transporteurs par autobus, confie à La Presse avoir été prise de court par l’ampleur de la décision, tout en reconnaissant la nécessité de prévenir un drame.

La sécurité au cœur des critiques

La Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN), citée par La Presse, parle d’un « enjeu de sécurité majeur » qui ne devrait jamais survenir dans le transport d’enfants. L’entreprise Transco, filiale de First Student exploitant 317 autobus Lion au Québec, a indiqué par courriel qu’elle avait elle-même retiré ses véhicules du service, après avoir identifié un problème de câblage.

Lion Électrique, sollicitée par Radio-Canada, assure collaborer avec Transports Canada et les transporteurs pour permettre un retour en service rapide et sécuritaire. Mais la confiance semble ébranlée.

Une entreprise déjà fragilisée

L’épisode s’inscrit dans un contexte financier difficile pour Lion Électrique. Comme le rappellent Stéphane Bordeleau et Nicolas Bourcier (Radio-Canada), l’entreprise s’est placée sous la protection de la loi sur les créanciers en 2024, écrasée par une dette de 400 millions de dollars. Revendue pour 6 millions à un consortium en mai 2025, elle se concentre désormais sur le marché des autobus scolaires.

Les gouvernements, eux, ont perdu 227 millions de dollars dans l’aventure, un échec industriel qui s’ajoute aux inquiétudes grandissantes sur la sécurité de ces véhicules.

Une bombe sociale et politique

Ce retrait massif révèle une contradiction profonde : la volonté politique de faire du Québec un leader en électrification des transports s’entrechoque avec des réalités techniques et économiques têtues. Les familles québécoises vivent en ce moment les conséquences directes de ce pari industriel.

L’incendie de Montréal, comme ceux d’Estrie et d’Ontario, illustre que la transition énergétique, présentée comme une évidence, est encore minée par des failles graves. Et si le gouvernement assure vouloir ramener les autobus sur les routes dès lundi, l’incertitude demeure.

Derrière chaque décision technique, c’est la crédibilité même d’une filière et la confiance des parents qui sont en jeu. Car rien n’est plus explosif, au sens propre comme au figuré, qu’un autobus scolaire transformé en brasier.

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