La semaine qui vient de passer fut particulièrement éprouvante pour Québec solidaire. Il faut dire que si le parti connaît depuis déjà plusieurs années des crises internes, la semaine qui vient de se terminer fut probablement la pire depuis un sacré moment. Vincent Marissal claque la porte de la formation de gauche radicale, tandis que Ruba Ghazal voit son bateau couler très rapidement. Comment en sont-ils arrivés là ? Le parti survivra-t-il d’ici les élections d’octobre 2026 ?
Le député de Rosemont, Vincent Marissal, est ce qu’on pourrait appeler un « modéré » au sein du parti. Il se définit comme étant de centre-gauche. Et il souhaite un parti capable de prendre le pouvoir, ne pas être dans une opposition éternelle. Il était, apprend-on aujourd’hui, en discussion depuis quelques semaines déjà avec le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.
Le parti, ayant eu vent de cette histoire, a convoqué, comme à l’ère stalinienne, un caucus extraordinaire pour le mettre dehors. Mais c’est finalement lui qui a décidé de quitter le parti pour siéger en tant qu’indépendant. Il évoque notamment la direction du parti, totalement déconnectée de la population. Il mentionne la position inacceptable du parti d’appuyer les syndicats de la STM, au détriment de la population qui a subi les effets de la grève des transports à Montréal.
Il affirme aussi que la base militante du parti est en voie de radicalisation, rendant celui-ci à proprement parler ingouvernable. Un camouflet pour quelqu’un comme lui, ou Gabriel Nadeau-Dubois, qui voulaient faire de QS un parti plus modéré capable de diriger un gouvernement. Québec solidaire vit des crises internes depuis sa grande victoire de 2018, où il a obtenu une douzaine de sièges, le plus grand nombre de son histoire.
C’est là que les choses ont commencé à se gâter. On se souvient de son virage en faveur des symboles religieux, quand la position défendue jadis par le parti était celle du consensus Bouchard-Taylor visant à interdire ceux-ci pour les fonctionnaires en position d’autorité. On se souvient de la crise interne où le collectif antiraciste décolonial s’est fait montrer la porte pour avoir semé la bisbille. Et bien sûr de la très particulière députée Catherine Dorion, qui aura surtout fait l’unanimité contre elle.
Jusqu’en 2018-2019, Québec solidaire était vu comme un parti de rêveurs, ou comme certains le qualifiaient, avec la présence de Françoise David, de « conscience morale de l’Assemblée nationale ». On pouvait rire de certaines propositions du parti, mais d’autres n’étaient franchement pas si mauvaises, comme celle de Pharma Québec.
Mais il semblerait que même obtenir une douzaine de députés soit assez pour eux, qu’ils en deviennent arrogants et méprisants, en s’affirmant déjà comme la « véritable opposition officielle ». On connaît la suite : Manon Massé, Gabriel Nadeau-Dubois et Émilise Lessard-Therrien ont décidé de quitter leur poste de porte-parole. Christine Labrie n’a pas souhaité se représenter aux élections de 2026.
Et depuis que Ruba Ghazal a pris le poste de co-porte-parole féminin ou autre, le bateau s’est mis à couler encore plus rapidement. En une semaine, jamais le parti n’avait passé d’une gestion de crise à l’autre. Dimanche dernier, lors de l’émission Tout le monde en parle, Mathieu Bock-Côté a humilié le plateau comme jamais auparavant, faisant de l’ombre à ce qui aurait dû être un événement heureux pour QS : Ruba Ghazal venant présenter son livre, comme parcours d’enfant de la loi 101, et l’élection toute récente de Sol Zanetti comme co-porte-parole masculin.
Or, ils ont été humiliés comme des enfants dans une cour d’école. Ruba ira même jusqu’à se plaindre en direct pour savoir si elle pouvait quitter le plateau, ne pouvant plus être en présence d’un réactionnaire comme Mathieu Bock-Côté. Ensuite, ce fut une crise d’un ordre différent, avec la tentative de « parodie » de l’essai de Ruba Ghazal.
Les Américains disent : the left can’t meme. Et cela n’a jamais été aussi vrai que pour Québec solidaire. Ils ont essayé de prendre les principaux chefs de parti et de les affubler d’une position politique, en s’inspirant du livre de madame Ghazal, Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs. Dans le cas de Paul St-Pierre Plamondon, on l’a affublé d’un très acide : Les gens d’ailleurs ne devraient pas venir ici.
Cette tentative d’humour, en plus d’être ultra grinçante, est profondément malhonnête. Le parti a dû retirer sa publication, sans s’excuser, en évoquant seulement que certains ont pu être « heurtés ». Alexandra Tremblay, la conjointe de Paul St-Pierre Plamondon, est même sortie de sa réserve pour dénoncer l’empoisonnement du climat social, et la menace qu’elle fait peser sur sa famille, à laquelle contribue largement Québec solidaire et ses campagnes d’intimidation.
Mais le dernier clou est venu de nulle part, soit du départ de Vincent Marissal. Il est un député assez discret, et pas vraiment du genre à faire des vagues. Il est le seul député solidaire à s’être excusé personnellement à Paul St-Pierre Plamondon pour la blague de mauvais goût de son parti.
On se demande presque si le parti, à ce rythme, pourra se rendre jusqu’à Noël. Tout est possible. La gestion de crise est telle pour Ruba Ghazal, et un personnel politique réduit, qu’il n’est pas impossible que d’autres tuiles tombent sur la tête du parti. En perdant Vincent Marissal, Québec solidaire pourrait perdre son statut de parti officiel à l’Assemblée nationale. Ce qui signifie potentiellement moins de temps de parole, et un budget réduit pour la recherche et le recrutement.
Rien n’est encore coulé dans le béton, mais cela regarde mal pour Québec solidaire, qui apprend à la dure que l’arrogance, le mépris et la suffisance n’ont jamais été des manières de réussir à se faire aimer de la population. Ils sont entre 6 et 8 % dans les intentions de vote. Et avec une base militante en roue libre, en pleine radicalisation, ça ne fera que baisser. Tant pis pour eux. Ce n’est pas faute de les avoir avertis.



