Roberta Metsola à CTV News : l’Europe voit le Canada comme un partenaire stratégique face aux crises mondiales

Depuis plusieurs mois, le Canada cherche activement à diversifier ses partenariats économiques dans un monde marqué par les guerres commerciales, l’instabilité énergétique et la poursuite du conflit en Ukraine. La guerre tarifaire avec les États-Unis a rappelé à Ottawa la vulnérabilité d’une trop grande dépendance envers un seul marché, tandis que la crise énergétique européenne a souligné l’importance d’alliances solides et fiables. Dans ce contexte, l’Europe apparaît plus que jamais comme un partenaire naturel pour le Canada.

C’est dans cet esprit que la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a accordé une entrevue à CTV News, où elle a exposé la vision de l’Union européenne concernant ses relations avec le Canada. Elle y a insisté sur trois grands volets : la coopération économique et commerciale, la recherche de nouveaux partenariats énergétiques, et l’approfondissement des liens en matière de sécurité et de défense dans le cadre du soutien à l’Ukraine.

Un partenariat de valeurs et d’intérêts

Interrogée sur la diversification commerciale du Canada à l’heure où le pays traverse une guerre tarifaire avec les États-Unis, Roberta Metsola a confirmé que l’Union européenne partageait cette volonté. Elle a rappelé que le Canada est perçu comme un allié naturel, non seulement pour ses échanges économiques, mais aussi pour sa convergence politique et diplomatique.

Selon Metsola, la relation est déjà solide : « ensemble, nos PIB représentent un cinquième de l’économie mondiale » a-t-elle noté, rappelant que les échanges de biens entre les deux blocs s’élevaient à 76 milliards d’euros en 2024. Grâce à l’accord commercial CETA, près de 98 % des lignes tarifaires sont déjà exemptes de droits de douane. Elle a qualifié cet accord de « victoire pour le Canada, victoire pour l’Union européenne, et victoire globale », tout en laissant entendre qu’il existe encore des marges pour aller plus loin.

Énergie : l’Europe veut des partenaires fiables

Une partie importante de l’entrevue a porté sur la question énergétique. La présidente du Parlement européen a reconnu que la guerre en Ukraine avait brutalement mis en évidence la dépendance de l’Europe à l’égard de la Russie. Cette dépendance, qualifiée d’« insoutenable », a forcé l’UE à diversifier ses sources et à accélérer la transition énergétique.

Metsola a été claire : « Oui, l’Europe est un client potentiel pour l’énergie conventionnelle canadienne. » Elle a expliqué que, malgré l’accent mis sur les énergies renouvelables, celles-ci ne suffisent pas à garantir l’approvisionnement. L’Europe recherche désormais des fournisseurs jugés fiables, même si cela implique un coût plus élevé.

Elle a reconnu que la question du prix demeurait sensible, les ménages européens ayant déjà subi de fortes hausses de factures énergétiques. Mais, selon elle, la priorité est d’éviter de retomber dans la dépendance à des partenaires « plus proches géographiquement, mais moins fiables ».

Sécurité et défense : un approfondissement nécessaire

Au-delà de l’économie et de l’énergie, Metsola a insisté sur la nécessité de développer une coopération stratégique en matière de défense et de sécurité. Elle a rappelé que l’UE avait adopté une stratégie commune cet été, renforçant ses dépenses militaires en réponse à la guerre en Ukraine.

Dans ce contexte, le Canada est vu comme un partenaire clé. Les discussions, a-t-elle dit, ne se limitent pas à l’OTAN mais incluent aussi des perspectives de partenariats bilatéraux et européens plus larges. Cette « autonomie stratégique », selon Metsola, ne peut être atteinte qu’avec des alliés solides.

L’Ukraine : paix avec dignité et intégrité territoriale

La question ukrainienne a occupé une place centrale. Metsola a tenu à remercier le Canada pour son soutien constant, financier, militaire et diplomatique. Elle a insisté sur l’importance de rappeler aux citoyens que « la liberté et la sécurité de l’Ukraine sont aussi celles de l’Europe ».

Elle s’est dite prudemment optimiste quant à la possibilité d’un règlement, mais a mis en garde contre un usage creux du mot paix. Pour elle, la paix ne saurait signifier la résignation, mais doit être synonyme de dignité, de liberté et d’intégrité territoriale pour l’Ukraine.

Enfin, elle a affirmé que l’Europe travaillait à garantir que la Russie paie le prix de ses destructions, par des sanctions et par des mécanismes de reconstruction. Elle a aussi réaffirmé que l’objectif à long terme était l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, qui constituerait la garantie politique et stratégique ultime.

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