«Rouvrir les asiles»? Le débat est relancé

Dans une chronique publiée le 19 février 2026 dans le National Post, l’éditorialiste Jamie Sarkonak plaide pour un durcissement des règles entourant la détention psychiatrique au Canada. Intitulé « Reopen the asylums », son texte s’appuie sur une série de cas récents pour soutenir que les seuils actuels d’internement involontaire seraient trop élevés et contribueraient à exposer le public à des individus souffrant de troubles mentaux graves.

Le cas déclencheur en Alberta

Selon Jamie Sarkonak, l’affaire d’un père albertain accusé d’avoir grièvement blessé sa fille — en lui sectionnant l’œsophage et en perforant un poumon — illustre les failles du système. L’homme, actuellement en liberté en attendant sa sentence, avait été libéré sous caution par un juge. Après cette décision, un membre de sa famille aurait tenté de le faire détenir pour raisons psychiatriques.

Il aurait été admis pour une évaluation psychiatrique, mais relâché peu après. L’auteure y voit un exemple d’un schéma qui, selon elle, se répéterait à travers le pays.

Le précédent du tireur de Tumbler Ridge

Jamie Sarkonak évoque également le cas de Jesse Van Rootselaar (ou Strang), identifié comme le tireur de Tumbler Ridge en Colombie-Britannique. Après la tragédie, la GRC avait déclaré en conférence de presse que l’homme avait été visité « à de multiples reprises au fil des années » pour des préoccupations liées à sa santé mentale. Il avait aussi été appréhendé en vertu de la Mental Health Act de la Colombie-Britannique « pour évaluation et suivi ».

Pour l’éditorialiste, ces interventions policières antérieures soulèvent la question suivante : pourquoi certaines personnes manifestement instables sont-elles remises en liberté avant qu’un drame ne survienne?

Un seuil juridique élevé pour la détention

La chronique souligne que la détention psychiatrique involontaire repose aujourd’hui, dans la plupart des provinces canadiennes, sur un critère strict : l’individu doit représenter un danger imminent pour lui-même ou pour autrui. Les modalités varient d’une province à l’autre, mais le principe général demeure la primauté de la liberté individuelle.

Jamie Sarkonak affirme que ce cadre juridique aurait pour effet de limiter considérablement les possibilités d’internement préventif, même lorsque l’état mental d’une personne semble gravement altéré. Elle soutient que le simple fait d’être en proie à des délires ou à une désorganisation psychique ne suffit généralement pas à justifier une détention.

Le virage des années 1970

Pour étayer son argumentaire, l’auteure cite un rapport de 2015 du juge torontois Richard D. Schneider, spécialisé en cour de santé mentale. Selon ce rapport, jusque dans les années 1950 et 1960 en Ontario, la détention psychiatrique reposait sur un modèle plus paternaliste : une personne pouvait être hospitalisée si un traitement semblait nécessaire et qu’elle refusait volontairement de s’y soumettre.

Ce modèle aurait été remplacé en 1978 par une approche centrée exclusivement sur la notion de danger pour soi ou pour autrui. D’autres provinces canadiennes auraient adopté des réformes similaires à la même époque, dans la foulée d’un mouvement amorcé aux États-Unis.

Des décisions controversées de commissions d’examen

La chronique revient ensuite sur plusieurs décisions récentes de commissions d’examen provinciales concernant des personnes déclarées non criminellement responsables.

En Ontario, Anthony Minardi, déclaré non criminellement responsable en 2025 pour un incendie criminel commis en 2023, avait déjà été hospitalisé en 2020 après avoir menacé de se suicider et de tuer sa mère. Selon la décision citée par Jamie Sarkonak, il avait reçu un diagnostic de psychose induite par le cannabis avec caractéristiques maniaques. Malgré une amélioration temporaire grâce à la médication, il aurait continué à consommer du cannabis, y compris lors de permissions de sortie de l’hôpital.

En janvier, la Commission ontarienne d’examen a maintenu sa supervision médicale, mais l’homme réside actuellement chez sa mère. Un médecin évaluateur aurait estimé qu’il était « susceptible de connaître un autre épisode psychotique » et qu’il « représente une menace importante pour la sécurité du public ».

Autre cas cité : Joshua Newkirk-McCoy, accusé en 2019 d’avoir poignardé un passager dans un autobus à Ottawa et déclaré non criminellement responsable en 2023. La décision de 2025 mentionnerait plus de 30 condamnations antérieures, un diagnostic de schizophrénie et des antécédents de non-adhésion à la médication. En 2022, il aurait été trouvé par la police allongé sur le perron d’un inconnu, affirmant entendre des voix et croire à des complots contre lui. Malgré cela, il n’aurait pas satisfait aux critères d’admission involontaire en vertu de la loi sur la santé mentale et aurait été libéré. Il vit désormais sous supervision communautaire, avec autorisation de consommer de l’alcool, bien que des médecins aient averti que cela pourrait entraîner une décompensation.

Enfin, Jamie Sarkonak mentionne le cas de James Mousaly, employé d’Ontario Power Generation, accusé en 2024 d’infractions liées au terrorisme pour avoir diffusé des vidéos expliquant comment endommager des centrales nucléaires. Déclaré non criminellement responsable en 2025, il a été libéré sans conditions par la Commission ontarienne d’examen. La décision fait état d’antécédents de détérioration mentale liés à la consommation de drogues et de difficultés familiales. Un membre dissident de la commission aurait soutenu qu’un retour en communauté sans supervision hospitalière présentait un risque significatif pour la sécurité publique.

Un plaidoyer pour un retour à un modèle plus interventionniste

En conclusion de sa chronique dans le National Post, Jamie Sarkonak estime que les crimes commis par des individus souffrant de troubles mentaux graves sont souvent précédés de signes avant-coureurs : comportements violents envers des proches, délires, épisodes psychotiques et hospitalisations temporaires.

Elle avance que le Canada devrait envisager de revenir à un modèle inspiré du milieu du XXe siècle, permettant une détention et un traitement plus larges pour les personnes incapables de prendre soin d’elles-mêmes, avant qu’elles ne deviennent un danger pour autrui.

La chronique s’inscrit dans un débat plus vaste sur l’équilibre entre libertés civiles, santé mentale et sécurité publique — un débat que l’auteure relance avec force à la lumière de ces cas récents.

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