Un rapport indépendant publié cette semaine au Royaume-Uni ravive l’un des plus grands scandales criminels de l’histoire récente du pays. Selon l’enquête menée sous la direction du député britannique Rupert Lowe, jusqu’à 250 000 jeunes filles auraient été victimes, depuis des décennies, des tristement célèbres « grooming gangs », ces réseaux organisés d’exploitation sexuelle qui ont sévi dans de nombreuses villes anglaises.
Comme le rapporte MSN, le document de 218 pages, intitulé The Rape Gang Inquiry, s’appuie sur des témoignages de survivantes, des dossiers judiciaires et de nombreuses enquêtes antérieures. Financée par des dons du public, cette enquête privée a été menée à l’initiative de Rupert Lowe, aujourd’hui à la tête du mouvement Restore Britain.
Le rapport avance que des réseaux de prédateurs sexuels organisés auraient opéré dans au moins 149 districts administratifs du Royaume-Uni. Selon ses auteurs, les victimes étaient principalement de jeunes filles blanches vulnérables, souvent issues de milieux défavorisés ou de familles dysfonctionnelles et les criminels étaient majoritairement des hommes issus de l’immigration sud-asiatique et musulmane (87%). Les abus allégués comprennent des viols répétés, des viols collectifs, du trafic sexuel, des violences physiques, des grossesses forcées et diverses formes de coercition psychologique.
Les jeunes filles étaient traitées de «koufars» (infidèles) et de «salopes» et étaient explicitement visées parce qu’elles n’étaient pas musulmanes.
Le Journal du Dimanche souligne que l’enquête revient notamment sur les scandales déjà connus de Rotherham, Rochdale, Oxford et Telford, où des centaines de jeunes filles avaient été exploitées pendant des années malgré des signalements répétés aux autorités.
Mais l’aspect le plus explosif du rapport ne concerne pas seulement les criminels eux-mêmes. Les auteurs accusent directement les institutions britanniques d’avoir fermé les yeux sur ces crimes pendant des années. Police, services sociaux, établissements scolaires, administrations locales et responsables politiques auraient, selon l’enquête, failli à leur devoir de protection.
Le rapport soutient notamment que plusieurs organismes publics auraient hésité à intervenir par crainte d’être accusés de racisme. Une partie importante des auteurs condamnés dans les affaires les plus médiatisées étaient des hommes d’origine pakistanaise et de confession musulmane. Selon les auteurs de l’enquête, cette réalité aurait été minimisée ou évitée dans plusieurs rapports officiels afin de préserver les relations communautaires.
Cette accusation rejoint d’ailleurs certaines conclusions déjà formulées par la baronne Louise Casey dans son audit national sur l’exploitation sexuelle des mineurs. Comme le rappelle un document de recherche de la Bibliothèque de la Chambre des communes britannique, publié en mars 2026, Casey avait conclu que les autorités avaient historiquement évité d’examiner sérieusement la question de l’origine ethnique des auteurs, malgré des indices suggérant une surreprésentation d’hommes d’origine asiatique dans plusieurs régions du pays. Elle estimait que cette réticence avait nui à la compréhension du phénomène et à la protection des victimes.
L’affaire a pris une ampleur telle que le gouvernement britannique a finalement annoncé la création d’une enquête publique nationale dotée de pouvoirs judiciaires. Selon la Bibliothèque de la Chambre des communes, cette enquête officielle devra examiner les défaillances institutionnelles ayant permis à ces réseaux de prospérer et analysera explicitement le rôle éventuel de l’origine ethnique, de la religion et de la culture des auteurs comme des victimes dans la réponse des autorités.
Le chiffre de 250 000 victimes avancé par le rapport Lowe demeure controversé et n’a pas été validé par une enquête gouvernementale. Il n’en reste pas moins que les scandales déjà documentés au cours des vingt dernières années ont révélé des milliers de cas d’exploitation sexuelle d’enfants et conduit à des centaines de condamnations criminelles.
Au-delà des débats statistiques, le rapport relance une question fondamentale : qu’arrive-t-il lorsqu’une société devient incapable de nommer un problème par peur des conséquences politiques? Depuis des années, plusieurs journalistes, élus locaux, policiers et lanceurs d’alerte affirment que le désir d’éviter toute accusation de racisme a parfois pris le pas sur la protection des victimes.
Si les conclusions de Rupert Lowe sont exactes, le scandale des « grooming gangs » ne serait pas seulement une tragédie criminelle. Il constituerait également l’un des plus importants échecs institutionnels de l’histoire contemporaine du Royaume-Uni, où des considérations idéologiques auraient contribué à faire taire des victimes pendant des décennies.



