Jeudi soir, un violent orage s’abattait sur la Montérégie. Aux alentours de 19h, un éclair a frappé le clocher de l’église de l’Immaculée-Conception à Saint-Ours, déclenchant un incendie d’une rare intensité. Le brasier, visible à des kilomètres à la ronde, a rapidement ravagé l’édifice patrimonial, ne laissant debout que des pans calcinés d’une structure vieille de 142 ans.
Selon CJSO 101,7 FM, ce sont les pompiers de Saint-Ours qui sont intervenus les premiers, rapidement appuyés par ceux de Sorel-Tracy, Contrecœur, Saint-Denis-sur-Richelieu, Massueville, Saint-Roch et Saint-Robert. L’ampleur du feu nécessitait une coordination régionale exceptionnelle. Le brasier n’a été complètement maîtrisé que le lendemain matin, après près de 12 heures de combat acharné.
SorelTracy.info rapporte que les flammes ont dévoré la toiture, l’intérieur du sanctuaire et une grande partie du clocher. Des objets de valeur patrimoniale, dont un orgue Casavant classique et des œuvres liturgiques historiques, pourraient avoir été perdus à jamais. La crypte, où reposaient plus de 40 défunts, semble cependant avoir été épargnée.
« Un pan d’histoire s’est envolé »
« C’est une perte immense, autant pour les croyants que pour toute la population », a déclaré avec émotion le maire Sylvain Dupuis à SorelTracy.info. L’église, construite en 1882, n’était pas seulement un lieu de culte, mais aussi un repère identitaire, culturel et architectural pour toute la région. Le maire a tenu à rassurer les citoyens : « Il n’y aura pas de condos, pas de stationnement à la place. La Ville exercera son droit de préemption. »
L’effondrement du clocher en direct, filmé par plusieurs témoins, a été un choc pour la communauté. L’église était toujours active, notamment pour les grandes fêtes, et constituait un des plus anciens bâtiments de la municipalité. La ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, a affirmé que son ministère évaluerait la situation « dans les plus brefs délais ».
Un drame local… au goût national
Le feu a frappé Saint-Ours, mais la blessure touche tout le Québec.
Le patrimoine religieux québécois, vaste et splendide, est en état de démolition lente depuis plusieurs décennies. Des églises ferment, s’effondrent ou brûlent — et trop souvent, elles ne se relèvent pas. Saint-Cœur-de-Marie à Québec? Démolie. Saint-François-d’Assise à Limoilou? Rasée à coups de pelleteuse. Saint-Vincent-de-Paul, sur la côte d’Abraham? Réduite à une façade longtemps suspendue au-dessus du vide, puis finalement abattue…
C’est déjà triste de voir une église brûler, mais la vraie catastrophe, c’est de savoir qu’on vit en un pays qui, habituellement, fait tout pour ne pas les reconstruire ou les entretenir, et passe plutôt son temps à trouver des raisons pour les mettre à terre…
Est-ce l’État qui dicte la valeur patrimoniale?
Comme à chaque incendie, un étrange réflexe refait surface : celui de graduer, hiérarchiser, relativiser la valeur des lieux de culte. On nous dira peut-être que Saint-Ours n’était pas une cathédrale. Qu’elle n’était pas « unique ». Qu’elle ne se distinguait pas suffisamment pour justifier des millions en restauration.
Mais cette logique est celle de peuples déracinés. Partout ailleurs, en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, la plus petite chapelle ou la plus modeste mosquée est automatiquement perçue comme une richesse à préserver, précisément parce qu’elle appartient au tissu historique du territoire. En France, on restaure même des abris de bergers du XVIIIe siècle ; en Turquie, on entretient les minarets de hameaux désertés. Pourquoi? Parce que ce n’est pas au classement de déterminer la valeur d’un lieu, mais à la culture d’un peuple de le faire vivre.
Certes, l’église de Saint-Ours est déjà inscrite au Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Et c’est tant mieux. Mais à quoi bon avoir des protections sur papier, si nous ne sommes plus capables d’agir sans qu’un décret ministériel ne nous y force?
Il faut oser le dire : les églises du Québec ne disparaissent pas seulement à cause du feu ou du gel. Elles disparaissent parce qu’un peuple les regarde mourir sans plus rien ressentir.
L’entretien du patrimoine religieux ne devrait pas dépendre d’un formulaire, d’un règlement, ni d’un programme de subvention. Il devrait faire partie d’une culture spontanée de respect, de mémoire, de gratitude. Nos aïeux ont hissé ces pierres à la sueur de leur front. Elles sont notre bien commun, qu’on le veuille ou non.
Après Saint-Ours… encore une fois, le doute
Les autorités promettent de « préserver la mémoire », d’entamer une réflexion avec la Fabrique, l’Évêché et la Ville. Mais nous avons vu trop de promesses accouchant de condos, d’édifices commerciaux ou de stationnements…
À Saint-Ours, le clocher est tombé. Ne laissons pas tomber l’héritage avec lui.



