La Fédération Autonome de l’Enseignement (FAE) a présenté une étude sur la montée de la misogynie, de l’homophobie et de la transphobie dans les établissements scolaires du Québec, en collaboration avec Francis Dupuis-Déri, qui est professeur à la Faculté de science politique à l’UQAM. 110 personnes liées à près de 200 écoles publiques québécoises ont contribué à recueillir des données essentiellement anecdotiques, qui proviennent toutes d’écoles primaires et secondaires – principalement secondaires.
D’après les enseignants ayant participé, les propos et attitudes misogynes, homophobes et transphobes parmi les élèves semblent plus fréquents et plus visibles qu’avant. Le phénomène se manifeste par des insultes sexistes, le refus de participation à des activités LGBTQ+, la dégradation de symboles LGBTQ+ et du vandalisme dans le local d’un comité étudiant pour la diversité.
Les comportements problématiques seraient plus observés chez les garçons, avec des sous-groupes identifiés : les jeunes sportifs, les adeptes d’influenceurs masculins (dont Andrew Tate) et les partisans de figures politiques conservatrices (comme Donald Trump). On rappelle à plusieurs reprises que « les blancs québécois » sont au nombre de ceux qui manifestent cette hostilité.
Au-delà du constat, il y a prescription. Le document est très idéologiquement incliné. On propose des « bonnes pratiques » au personnel enseignant, telles que présenter des modèles féministes et inclusifs, soutenir la diversité de genre et sexuelle – notamment en utilisant les pronoms choisis par les élèves et en facilitant la création de comités d’élèves dédiés aux minorités sexuelles. On présente d’un bon oeil que des enseignants invitent d’autres personnes dans leur classe pour aborder le féminisme et la diversité de genre et sexuelle (évidemment : sans permettre un contre-discours).
Le rapport à très faible qualité méthodologique, davantage descriptif qu’explicatif, repose sur des témoignages recueillis à partir d’un simple questionnaire, sans enquête rigoureuse ou données statistiques généralisables. On y rapporte des anecdotes et des incidents isolés, sans comparaison objective avec des périodes antérieures. Il ne fournit pas d’arguments pour étayer son angle d’analyse, comme si la conclusion avait été tirée d’avance et que le but de l’exercice était de répertorier des exemples susceptibles de la corroborer.
La plus grande faiblesse du projet se trouve dans la prémisse de base. Non seulement amalgame-t-il la misogynie, l’homophobie et la transphobie, mais il n’offre pas de définitions claires de ces termes au sens adéquatement méthodologique. Ces notions sont avancées comme allant de soi, dans un cadre militant et normatif.
Or, il y a une différence entre misogynie et rejet du féminisme, entre homophobie ou transphobie et rejet de la mouvance LGBTQ+. N’en déplaise à ces militants, il existe des femmes qui s’opposent au féminisme (ou à certains courants de celui-ci) et des personnes LGBT farouchement opposées au mouvement LGBTQ+ et à l’idéologie queer véhiculée par celui-ci. Il serait pertinent de se demander si l’imposition de ce militantisme à l’école ne suscite pas l’apparition de propos ou comportements qui dénigrent ou discriminent les femmes, personnes homosexuelles ou transgenres.
Ceux qui mettent ce rapport de l’avant ignorent l’éléphant dans la pièce: leur propre militantisme néo-féministe woke. L’imposition mur-à-mur des valeurs néo-progressistes suscite un ras-le-bol croissant dans la population, et il ne se limite pas au monde des adultes. Les adolescents perçoivent aussi le monde politique et se forgent leurs propres opinions. Tout comme la jeunesse des années 1960 et 1970 avait remis en question les valeurs conservatrices de l’avant révolution tranquille, celle d’aujourd’hui réagit au progressisme dominant.
Quand la direction d’une école secondaire invite les élèves à porter des vêtements multicolores en appui à la fierté LGBTQ+, il ne faut pas s’étonner si des dizaines d’entre eux se présentent vêtus de noir. Si on fait entrer la politique dans l’établissement scolaire, on invite aussi la contestation politique – d’autant plus quand on force l’appui à une cause, comme c’est le cas avec l’idéologie queer. L’école ne devrait pas avoir pour mission d’obliger tous ses étudiants à célébrer les minorités sexuelles, ou d’appuyer le progressisme le plus radical.
Dans son rapport, Francis Dupuis-Déri identifie Andrew Tate et Donald Trump, mais il ne cherche pas à comprendre la raison de la popularité de ceux-ci chez les adolescents. Il n’y a pas moyen plus efficace pour « radicaliser » les garçons qu’en leur imposant une ouverture à l’autre à sens unique, tout en les accusant en permanence de masculinité toxique. À quel autre résultat s’attendre quand on alimente un système qui semble privilégier tout le monde sauf eux?
On peut bien supposer un racisme et une homophobie systémiques au Québec, mais il existe en réalité une « discrimination positive » systémique. En langage politiquement correct il faut parler de « mesures d’équité ». Elles sont inscrites dans des règles générales et s’appliquent de manière structurelle pour corriger des déséquilibres entre groupes ou autrement dit, pour favoriser l’égalité d’aboutissement. La Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics, les Programmes d’accès à l’égalité en emploi (PAÉE), le Programme d’obligation contractuelle – Égalité en emploi, et les Programmes d’accès à l’égalité dans des sociétés d’État (par exemple, chez Hydro-Québec).
À la page 24, on sort l’anecdote ultime pour qui espère démontrer la montée de l’intolérance. Dans un groupe de discussion des Laurentides, une enseignante a mentionné que des élèves effectuaient des saluts nazis à l’école où elle travaille. Ses collègues confirment avoir constaté le même phénomène dans leur école. Mais ensuite, on précise que ceux-ci ne sont pas toujours en lien avec la misogynie, l’homophobie et la transphobie. Effectivement, des ados peuvent s’amuser à faire ces saluts sans que l’idéologie soit en cause. C’est probablement suite à la réaction hystérique du système médiatique après le geste anodin d’Elon Musk qu’ils l’ont découvert.
Le rapport déploie des précautions explicites pour éviter la stigmatisation des jeunes issus de la communauté musulmane, qui n’est pas reconnue pour son ouverture à l’endroit des minorités sexuelles. Lorsqu’il est question de mentionner les comportements problématiques des élèves musulmans, on précise que ces comportements ne sont pas inhérents à l’islam et qu’ils se retrouvent aussi chez les blancs. En revanche, il n’y a pas de démarche rhétorique similaire pour neutraliser la catégorie des blancs quand ce sont eux qui sont évoqués comme groupe observé.
Pour conclure, ce rapport ne fait que réaffirmer les constats d’enquêtes effectuées par d’autres organisations progressistes, comme celle du GRIS. Il n’apporte rien de nouveau et reflète surtout l’opinion interprétative de son auteur et de la FAE. Il s’agit davantage d’un pamphlet idéologique que d’une étude apportant un diagnostic scientifique approfondi. Face aux conséquences d’un excès de progressisme militant, on propose encore davantage de progressisme en milieu scolaire.
Outre, ce rapport exemplifie que la FAE ne se limite pas à un rôle strictement syndical : elle dépasse la seule défense des conditions de travail pour intervenir sur des enjeux de nature sociale et idéologique. Dans le réseau public, les enseignants d’un établissement sont rattachés à une même unité de négociation, laquelle est représentée par un seul syndicat. Celui-ci négocie la convention collective et représente tous devant l’employeur. Un enseignant qui désapprouve l’orientation idéologique ne peut pas changer de syndicat individuellement comme on change de forfait cellulaire. Il peut cesser d’être membre actif : ne plus participer aux assemblées et ne pas voter, mais, en vertu de la formule Rand, il demeure dans l’obligation de payer sa cotisation. Cela soulève une question : dans le contexte où un syndicat dépasse le rôle strictement professionnel, est-il juste que la cotisation demeure obligatoire pour tous?



