Selon un nouveau sondage Ipsos réalisé pour Global News, une majorité de Canadiens appuient désormais l’expansion du secteur pétrolier et gazier, y compris la construction ou l’agrandissement de pipelines, dans un contexte marqué par la guerre commerciale avec les États-Unis. Toutefois, derrière cet appui général se cachent d’importantes nuances régionales et des divergences quant aux priorités à adopter.
Ari Rabinovitch explique que 83 % des répondants se disent au moins « plutôt d’accord » avec l’idée que le Canada devrait accroître ses exportations de pétrole et de gaz vers des marchés autres que les États-Unis, une proportion notablement élevée dans le contexte des tarifs imposés par le président américain Donald Trump. Parmi eux, 34 % affirment être « tout à fait d’accord ». Cette volonté de diversification commerciale apparaît directement liée aux inquiétudes économiques suscitées par la dépendance historique du Canada envers le marché américain.
Le sondage révèle également qu’une majorité de Canadiens, soit 68 %, soutiennent la construction d’un nouveau pipeline vers la côte nord de la Colombie-Britannique. Toutefois, un plus grand nombre de répondants, 72 %, privilégient d’abord l’expansion de la capacité des infrastructures déjà existantes avant d’envisager de nouveaux projets. Ari Rabinovitch souligne que ce léger écart illustre une préférence pour une approche plus prudente et graduelle du développement énergétique.
Darrell Bricker, chef de la direction d’Ipsos Public Affairs, affirme que le contexte politique et économique actuel est sans précédent. Il explique que l’opinion publique est aujourd’hui beaucoup plus favorable aux projets d’infrastructures énergétiques qu’elle ne l’était sous Stephen Harper ou Justin Trudeau. Selon lui, même si le gouvernement Trudeau avait procédé à l’expansion du pipeline Trans Mountain, il ne s’agissait pas, à proprement parler, de la construction d’un nouvel ouvrage. Bricker estime qu’il s’agit du climat d’opinion le plus favorable à l’essor du pétrole et du gaz qu’il ait observé en carrière.
Le sondage met aussi en lumière une perception largement partagée selon laquelle la guerre commerciale avec les États-Unis aura des conséquences durables sur l’économie canadienne. Ari Rabinovitch rapporte que 77 % des répondants croient que cette crise transformera de façon permanente l’économie du pays. Parmi eux, 48 % anticipent des effets négatifs à long terme, tandis que 29 % estiment que ces changements pourraient ultimement être positifs. À l’inverse, 23 % des répondants pensent que la guerre commerciale n’aura aucun impact durable.
Les inquiétudes économiques sont particulièrement marquées au Québec, où 64 % des répondants jugent que les répercussions seront négatives. Les provinces des Prairies comme la Saskatchewan et le Manitoba suivent avec 54 %, tandis que les provinces atlantiques se situent à 46 %. Dans l’ensemble du pays, aucune région ne descend sous la barre des 40 % en ce qui concerne cette perception pessimiste.
Les priorités diffèrent cependant de façon marquée selon les provinces lorsqu’il est question de pipelines. Ari Rabinovitch note que l’Alberta fait figure d’exception : 82 % des répondants albertains appuient la construction d’un nouveau pipeline vers la côte nord de la Colombie-Britannique, alors que 74 % estiment aussi qu’il faut d’abord accroître la capacité des pipelines existants. Dans les provinces de l’Atlantique, une légère préférence se dégage en faveur de l’expansion des infrastructures actuelles, appuyée par 78 % des répondants, contre 74 % pour la construction d’un nouveau pipeline.
Au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, l’opinion est presque parfaitement divisée, avec des écarts d’à peine un point de pourcentage entre les deux options. En revanche, le Québec et l’Ontario se distinguent par une opposition plus marquée aux nouveaux projets. Seulement 53 % des Québécois et 66 % des Ontariens appuient la construction d’un nouveau pipeline, alors que respectivement 63 % et 80 % préfèrent l’expansion des infrastructures existantes.
Malgré cet appui global aux projets énergétiques, les préoccupations environnementales demeurent bien présentes. Ari Rabinovitch rapporte que 59 % des Canadiens se disent préoccupés par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre associée à l’expansion du secteur pétrolier et gazier, dont 13 % de façon très marquée. À l’inverse, 41 % des répondants se disent peu ou pas du tout inquiets.
Les inquiétudes environnementales varient elles aussi selon les régions. Le Québec arrive en tête, avec 70 % des répondants exprimant des préoccupations liées aux émissions, suivi des provinces atlantiques à 67 %. La Colombie-Britannique et l’Ontario se situent à 57 %, le Manitoba et la Saskatchewan à 49 %, tandis que l’Alberta ferme la marche avec 43 %.
Darrell Bricker observe que la lutte contre les changements climatiques semble avoir perdu de son importance relative dans l’opinion publique. Il explique que, face à la détérioration des relations commerciales avec les États-Unis, de nombreux Canadiens sont désormais prêts à accepter des compromis environnementaux si cela permet d’ouvrir de nouveaux débouchés pour les exportations canadiennes de pétrole et de gaz.
Le sondage Ipsos a été mené en ligne entre le 8 et le 15 décembre 2025 auprès de 1 502 Canadiens âgés de 18 ans et plus. Selon Ipsos, les résultats présentent une marge de crédibilité de plus ou moins 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.



