Selon un article d’Amna Ahmad du National Post publié le 15 août 2025, Guillaume Beaumier, professeur adjoint à l’École nationale d’administration publique (ENAP) à Québec, met en garde contre la dépendance excessive du Canada envers les géants technologiques américains, une situation qui menace directement la souveraineté numérique du pays.
Beaumier rappelle qu’en avril dernier, Microsoft a confirmé que la législation américaine peut prévaloir sur les protections étrangères en matière de confidentialité, y compris pour les données hébergées à l’extérieur des États-Unis. Autrement dit, si les données canadiennes sont stockées par Microsoft, Amazon ou Google, elles peuvent être consultées par les autorités américaines. Cette réalité démontre, selon lui, que le Canada s’expose à une perte de contrôle sur son économie, sa gouvernance et sa sécurité numérique.
La souveraineté numérique, explique-t-il, implique non seulement la capacité du gouvernement canadien à réguler et influencer les comportements des entreprises, mais aussi l’indépendance économique nécessaire pour offrir, par des moyens nationaux, les services numériques essentiels aux citoyens. Elle est également liée à la sécurité nationale : en période de crise, une dépendance extérieure pourrait priver le pays de services vitaux.
Or, le paysage actuel montre une forte vulnérabilité. La quasi-totalité des grandes plateformes sociales et des centres de données sont américains, qu’ils soient situés aux États-Unis ou détenus par des sociétés américaines opérant au Canada. Réglementairement, Ottawa a souvent reculé, comme lorsqu’il a suspendu l’instauration d’une taxe sur les services numériques. Cette dépendance limite la marge de manœuvre face aux pressions ou aux représailles, comme l’a illustré le blocage des nouvelles canadiennes par Meta en réponse à la Loi sur les nouvelles en ligne.
Les risques sont multiples : en cas de tensions commerciales ou diplomatiques, Washington ou les entreprises elles-mêmes pourraient restreindre l’accès à certains services. Dans des contextes d’urgence — incendies, catastrophes naturelles —, cela pourrait nuire à la diffusion d’informations cruciales.
Pour réduire cette vulnérabilité, Beaumier propose une stratégie nationale ambitieuse :
- investir dans des écosystèmes numériques canadiens et des centres de données détenus par des entreprises locales,
- développer l’utilisation des logiciels libres dans l’administration publique,
- imposer aux géants du numérique une contribution fiscale équitable,
- encourager l’innovation en intelligence artificielle et dans d’autres secteurs clés,
- intégrer ces objectifs aux grands projets d’infrastructures nationales et aux dépenses de défense.
Il insiste sur la nécessité d’un équilibre : rester ouvert aux services étrangers tout en assurant, en cas de crise, une capacité autonome à maintenir le fonctionnement de l’État et des services essentiels.



