OTTAWA —La décision de la ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, de maintenir les règles du CRTC qui forcent les trois principaux fournisseurs canadiens à offrir l’accès de leurs réseaux de fibre optique aux petits acteurs provoque une vive réaction au sein de l’industrie. Comme le rapporte Antoine Trépanier pour le National Post, la mesure, annoncée la semaine dernière, est perçue par plusieurs dirigeants comme une décision “dangereuse” et potentiellement préjudiciable aux acteurs régionaux.
Frédéric Perron, président et chef de la direction de Cogeco, basé à Montréal, a exprimé son profond mécontentement dans une entrevue avec le National Post : « Je suis sous le choc. Profondément déçu. Nous n’avions jamais pensé qu’une décision aussi dommageable pourrait être prise. » Perron critique ce qu’il décrit comme un retour à des politiques superficielles caractéristiques de « l’ancienne ère Trudeau », estimant que la décision risque de renforcer la position des trois grands fournisseurs au détriment des entreprises régionales et locales.
L’enjeu concerne directement des entreprises comme Telus, qui peuvent désormais utiliser les réseaux d’autres fournisseurs pour attirer des clients dans des régions où elles ne possèdent pas d’infrastructure propre, notamment en Ontario et au Québec. Le CRTC justifie cette mesure comme une façon de réduire les coûts pour les consommateurs, mais Cogeco et d’autres acteurs contestent l’existence de preuves concrètes soutenant cet argument, soulignant plutôt que cela pourrait décourager l’investissement et affaiblir la concurrence. Robert Ghiz, président et chef de la direction de la Canadian Telecommunications Association, renchérit : « Cela décourage l’investissement, affaiblit la concurrence et nuit ultimement aux consommateurs canadiens. »
Selon le National Post, cette décision intervient quelques semaines après que Cogeco ait annoncé le lancement d’un nouveau service mobile avec une première année gratuite, et la veille de la publication des résultats trimestriels de Bell Canada, dont l’action a été affectée par l’annonce. Le PDG de Bell, Mirko Bibic, a exprimé sa « déception » et a appelé le gouvernement et le CRTC à s’assurer que les bâtisseurs de réseaux soient adéquatement compensés pour leurs coûts et risques d’investissement.
Dans le même temps, Perron a souligné que le choix de Joly pourrait accentuer la concentration du marché et favoriser une « re-monopolisation » du secteur des télécommunications : « Avec cette décision, le ministre dit essentiellement que c’est acceptable si les trois grands deviennent encore plus gros et que les acteurs régionaux en souffrent. Nous ne pensons pas que ce soit acceptable. Les consommateurs non plus, et nous nous battrons pour que cela ne se produise pas », a-t-il déclaré au National Post.
Des compagnies régionales comme Cogeco et Eastlink ont déjà suspendu certains projets de mise à niveau dans des communautés plus petites et ont déposé un recours auprès de la Cour d’appel fédérale en juillet pour faire annuler la décision. L’article précise que certains acteurs gouvernementaux, dont l’ancien ministre de l’Industrie François-Philippe Champagne, ont assisté à la réunion de cabinet confirmant la décision, mais n’ont pas commenté publiquement sur la polémique.
Le National Post souligne que la contribution du secteur des télécommunications à l’économie canadienne est significative : selon une étude récente de PwC, l’industrie a généré 87,3 milliards de dollars de PIB et soutenu plus de 661 000 emplois en 2024, et pourrait contribuer à hauteur de 112 milliards de dollars à l’économie nationale d’ici 2035. Pour Cogeco et d’autres acteurs régionaux, la décision ministérielle pourrait menacer ces perspectives.



