Téléphones portables nord-coréens : un YouTuber révèle un pur cauchemar de surveillance totale

Un simple smartphone peut parfois en dire plus long qu’un rapport d’ONG. C’est ce que montrent deux enquêtes distinctes évoquées par Niamh Shackleton et Callum Jones pour Unilad : l’une menée par le YouTuber Arun Maini, connu sous le nom de Mrwhosetheboss, l’autre réalisée par la BBC grâce à un téléphone clandestinement exfiltré de Corée du Nord. Ensemble, elles lèvent le voile sur une réalité souvent évoquée mais rarement observée de si près : l’emprise totale du régime nord-coréen sur la vie numérique de ses citoyens.

Arun Maini, qui compte près de 22 millions d’abonnés, a pu examiner deux modèles de téléphones nord-coréens : le Hayyang 701 et le Samtaesung 8, ce dernier étant présenté comme l’équivalent local du Samsung Galaxy. Dès les premières manipulations, il constate à quel point chaque fonction est verrouillée. Lorsqu’il tente d’inscrire “South Korea”, le clavier corrige automatiquement pour “puppet state”, un terme utilisé par la propagande pour dénigrer Séoul. Pour le YouTuber, cette simple correction montre la détermination du régime à imposer sa vision du monde jusque dans le moindre geste du quotidien.

L’accès à Internet n’existe tout simplement pas. Sur le Hayyang, un bouton WiFi apparaît, mais il ne fait rien. Sur le Samtaesung, il n’y a même pas de bouton. La seule connexion possible mène vers un intranet fermé nommé Mirae. Pour y accéder, un Nord-Coréen doit fournir ses informations personnelles, dont son identifiant gouvernemental. Sur cet intranet, seuls des contenus approuvés par l’État sont disponibles : médias officiels, applications de propagande, programmes éducatifs filtrés.

L’enquête de la BBC, menée à partir d’un téléphone sorti clandestinement du pays en 2024, révèle une dimension encore plus intrusive : l’appareil prend automatiquement une capture d’écran toutes les cinq minutes. Les images sont stockées dans un dossier secret, invisible pour l’utilisateur mais accessible aux autorités. L’objectif est clair : surveiller non seulement les activités en ligne, mais aussi les applications ouvertes, les contacts, les messages, la moindre manipulation.

La BBC a découvert que certains mots sont prohibés. Le terme “oppa”, fréquemment utilisé en Corée du Sud comme surnom affectueux, est automatiquement transformé en “comrade”, montrant l’effort du régime pour supprimer toute influence culturelle sud-coréenne. Quant au mot “South Korea”, il est, comme dans l’expérience d’Arun, remplacé par “puppet state”.

Cette obsession du contrôle linguistique reflète un enjeu politique crucial. La culture sud-coréenne — musique, séries, films — est l’une des principales menaces pour la propagande nord-coréenne. Les autorités redoutent la comparaison et la désillusion qu’elle pourrait susciter. Des clés USB contenant des dramas sud-coréens sont régulièrement introduites clandestinement, parfois même envoyées dans des bouteilles jetées à la mer. Les conséquences sont terribles : selon plusieurs médias, des dizaines de jeunes Nord-Coréens auraient été exécutés en 2024 pour avoir visionné des contenus interdits.

L’expert Martyn Williams expliquait à la BBC que les téléphones font désormais partie intégrante de l’arsenal de contrôle idéologique du régime. Ils sont conçus pour restreindre, surveiller et empêcher toute forme d’évasion intellectuelle. Une dissidente nord-coréenne, Kang Gyuri, aujourd’hui réfugiée en Corée du Sud, raconte qu’elle ignorait que le reste du monde vivait différemment. Pour elle, la surveillance totale semblait la norme. Ce n’est qu’en franchissant la frontière qu’elle a réalisé à quel point elle avait été coupée du monde.

Face aux révélations de Mrwhosetheboss, de nombreux abonnés s’inquiètent pour sa sécurité. Certains craignent qu’exposer publiquement le fonctionnement interne des téléphones du régime fasse de lui une cible. Qu’il exagère ou non ce risque, la réaction du public montre bien à quel point la Corée du Nord continue de fasciner, d’inquiéter et de susciter des interrogations inédites dans un monde pourtant hyperconnecté.

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