Thermopompes : miracle climatique ou dépendance électrique accrue?

La thermopompe est devenue, en quelques années, l’un des symboles de la transition énergétique. Subventionnée, encouragée, parfois même imposée dans certaines juridictions européennes, elle incarne ce que l’Allemagne appelle la Wärmewende — la « transition du chauffage ».

Mais dans un billet publié sur son blogue Unpopular Truth, l’économiste de l’énergie Lars Schernikau remet en question l’enthousiasme quasi unanime entourant cette technologie. Son texte, Heat pumps for all… or maybe not?, ne s’attaque pas directement à la thermopompe comme invention, mais au récit politique et énergétique qui l’entoure.

Une critique du récit dominant

Schernikau part d’un constat simple : selon l’International Energy Agency (IEA), les thermopompes seraient « trois à cinq fois plus efficaces » que les chaudières au gaz naturel et constitueraient la technologie centrale d’un chauffage durable alimenté par une électricité à faibles émissions.

Ce sont ces affirmations qu’il déconstruit.

Son argument ne repose pas sur le rejet du principe thermodynamique de la pompe à chaleur — il reconnaît que transférer de la chaleur peut nécessiter moins d’énergie que la produire par combustion — mais sur la manière dont l’efficacité est présentée.

COP, efficacité et énergie primaire

Au cœur de son analyse se trouve la distinction entre le coefficient de performance (COP) et l’efficacité globale d’un système énergétique.

S’appuyant notamment sur des explications de la Georgia State University, il rappelle qu’un COP de 3 signifie qu’une unité d’électricité permet de déplacer trois unités de chaleur. Mais, selon lui, cela ne dit rien sur l’énergie primaire nécessaire pour produire cette électricité.

Il soutient que dans les réseaux fortement dépendants du charbon, du gaz ou du nucléaire, plusieurs unités d’énergie primaire sont requises pour produire une unité d’électricité utilisable, en raison des pertes liées à la production et au transport.

Autrement dit : l’efficacité à domicile ne reflète pas nécessairement l’efficacité du système complet.

Le test de l’hiver

L’un des points les plus concrets de son texte concerne les climats froids. Schernikau cite des travaux du University of British Columbia et du Fraunhofer ISE montrant que la performance des thermopompes aérothermiques diminue lorsque les températures chutent.

Ce constat alimente sa thèse centrale :

Le moment où la demande de chauffage est la plus forte correspond précisément au moment où les thermopompes sont moins performantes.

Il ajoute que la demande de pointe hivernale serait souvent couverte, dans plusieurs pays industrialisés, par des centrales au gaz ou au charbon — une dynamique qu’il associe aux analyses de l’IEA dans Electricity 2025.

La question de la dépendance au réseau

Au-delà des considérations d’efficacité, Schernikau insiste sur la dimension sécuritaire.

Une chaudière au gaz peut fonctionner avec une alimentation électrique minimale et, en théorie, continuer à opérer à l’aide d’une petite batterie de secours. Une thermopompe, en revanche, dépend entièrement du réseau électrique.

Il évoque notamment des épisodes de pannes hivernales en Allemagne et cite des articles de Heise Online et d’autres médias techniques allemands rapportant des dommages à des systèmes extérieurs exposés au gel lors d’interruptions prolongées.

Son argument est que l’électrification intégrale du chauffage augmente la vulnérabilité systémique si le réseau n’est pas d’une robustesse exceptionnelle.

Subventions et réalité du marché

Autre élément souligné : l’adoption des thermopompes semble fortement corrélée aux politiques publiques. Schernikau cite le rapport 2025 de l’European Heat Pump Association indiquant une baisse des ventes en Europe après un recul ou une incertitude des subventions.

Il en conclut que la diffusion de la technologie repose moins sur une dynamique purement économique que sur un environnement politique favorable.

Une position critique, mais non technophobe

Il serait erroné de présenter Schernikau comme hostile à la technologie. Il reconnaît explicitement que les thermopompes peuvent être remarquablement efficaces dans certains contextes — par exemple dans des climats chauds ou dans des systèmes combinant refroidissement et chauffage.

Son objection porte plutôt sur la généralisation universelle de la solution.

Pour lui, l’équation énergétique ne peut être réduite à un COP élevé affiché sur une fiche technique. Elle doit intégrer :

  • la production marginale d’électricité en période de pointe ;
  • la résilience du réseau ;
  • la sécurité physique et numérique des infrastructures ;
  • l’empreinte matérielle du déploiement massif d’énergies intermittentes.

Ce que révèle ce débat

Le billet de Lars Schernikau illustre une fracture plus large dans le débat énergétique contemporain.

D’un côté, des institutions comme l’International Energy Agency voient dans la thermopompe un pilier de la décarbonation.
De l’autre, des analystes comme Schernikau insistent sur les contraintes physiques, les dynamiques de pointe et la vulnérabilité des systèmes entièrement électrifiés.

Le débat ne porte donc pas uniquement sur une machine installée dans une cour arrière, mais sur la structure même des réseaux énergétiques modernes.

En s’attaquant à l’idée d’une adoption universelle et sans friction des thermopompes, Schernikau ne cherche pas à renverser la transition énergétique, mais à en questionner les angles morts.

Son billet rappelle que toute transformation énergétique repose sur des compromis physiques, économiques et sécuritaires.

La question qu’il pose — implicitement — n’est pas « faut-il des thermopompes? », mais plutôt : dans quelles conditions systémiques deviennent-elles réellement une solution?

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