Il arrive parfois qu’un document administratif, conçu pour orienter une politique interne, révèle des tensions idéologiques beaucoup plus profondes que prévu. C’est exactement ce que met en lumière le National Post dans un article incisif signé Michael Higgins. Publié le 12 décembre 2025, son texte expose une consultation confidentielle menée par Statistique Canada au sujet des données collectées sur les enfants transgenres et non binaires… dès l’âge de 0 à 14 ans, incluant des tout-petits de 2 ou 3 ans.
Selon Higgins, le langage employé dans le document interne n’a rien d’anodin : il traduit une orientation idéologique dont les conséquences dépassent largement la simple gestion statistique.
Un document interne qui suggère une méfiance envers le public
Comme le rapporte Michael Higgins dans le National Post, Statistique Canada a préparé un guide intitulé Transgender and Non-binary Children and Youth: Data Dissemination – Consultation Guide, destiné à un cercle restreint de « subject-matter experts ». L’objectif : déterminer comment diffuser des données recueillies dès le recensement de 2021 sur la « diversité de genre » chez les enfants.
Le problème, souligne Higgins, n’est pas seulement l’existence de ces données mais le ton du document, qui laisse entendre que le public canadien serait trop peu informé — voire trop intolérant — pour qu’on lui fasse confiance.
Il cite notamment ce passage :
« Le discours public à propos de ces populations ne reflète pas toujours la même compréhension ou acceptation de la diversité de genre. »
Pour Higgins, l’insinuation est claire : Statistique Canada se positionnerait en arbitre moral, comme si l’agence recevait mandat d’éduquer la population plutôt que de la renseigner.
Des affirmations controversées sur la capacité des tout-petits à se définir eux-mêmes
Le cœur du débat exposé par Higgins repose sur ce que Statistique Canada présente comme des faits établis dans la littérature scientifique. Le document interne affirme notamment :
- que des enfants de 18 à 24 mois seraient capables de « reconnaître les normes de genre » ;
- que des enfants de 2 à 3 ans pourraient « reconnaître leur propre identité de genre », qu’ils soient cisgenres, transgenres ou non binaires.
Toujours selon Higgins, il n’y a dans le document aucune mention d’études contradictoires ou de recherches remettant en question ces hypothèses. L’agence semble plutôt adopter comme vérités acquises des thèses qui demeurent, dans le monde scientifique, débattues et hautement chargées idéologiquement.
Statistique Canada renchérit même en écrivant que :
« Le genre n’est pas un concept statique et peut changer tout au long de la vie. »
Higgins note que cette affirmation n’est accompagnée d’aucune nuance — une orientation qu’il juge révélatrice du cadre idéologique dans lequel l’agence semble évoluer.
Une consultation limitée à une minorité d’experts
L’un des éléments les plus sensibles mis en lumière par Michael Higgins concerne la nature de la consultation elle-même. Statistique Canada ne sollicite pas l’opinion du public, ni des groupes représentatifs de la société, mais uniquement celle d’un petit cercle d’experts triés sur le volet.
Une question du guide demande même aux experts de déterminer s’il faudrait « limiter la diffusion des données » selon un âge minimal — Statistique Canada évoquant un seuil éventuel de 10 ans.
Higgins soulève une inquiétude majeure :
Pourquoi la population canadienne serait-elle exclue d’un débat portant sur des données qu’elle finance et qui la concernent?
L’article cite également la justification fournie par l’agence au National Post : il s’agirait d’assurer un usage « respectueux et sécuritaire » des données et d’éviter que celles-ci ne soient utilisées par des groupes « cherchant à limiter leurs droits ». Une réponse qui, selon Higgins, confirme l’idée que Statistique Canada ne fait pas confiance à la population canadienne.
Alberta en toile de fond : quand la statistique se mêle de politique
Le document interne cite des exemples de « discours publics problématiques », en évoquant notamment :
- les débats provinciaux sur les pronoms,
- les restrictions d’accès aux soins dits « d’affirmation de genre »,
- et la participation sportive des jeunes transgenres.
Higgins souligne que ce passage est manifestement une référence à l’Alberta, qui a récemment adopté des mesures exigeant le consentement parental pour changer les pronoms d’un enfant à l’école et interdisant l’accès aux traitements hormonaux avant 16 ans. Higgins décrit ces mesures comme :
« des décisions parfaitement raisonnables qui protègent les jeunes, respectent les parents et garantissent l’équité dans le sport féminin ».
Pour lui, le simple fait que Statistique Canada évoque ces débats comme des exemples d’un « problème » dans le discours public démontre un biais institutionnel.
Des experts influents, mais eux-mêmes idéologiques
Higgins rapporte que l’agence s’appuie notamment sur des études coécrites par Greta Bauer, professeure à Western University. Cette dernière a témoigné dans l’affaire disciplinaire contre la journaliste et infirmière Amy Hamm, poursuivie pour avoir affirmé que le sexe est binaire.
Dans cette instance, comme le rappelle Higgins, la décision rendue sur la base du témoignage de Bauer affirme qu’elle :
« n’est pas d’accord avec l’idée qu’il n’existe que deux sexes, que le sexe ne peut changer, ou que les chromosomes sont immuables ».
Pour Higgins, cela montre que Statistique Canada consulte des experts qui ne reconnaissent même plus les fondements biologiques les plus élémentaires — ce qui contribue, selon lui, à miner la crédibilité de l’institution.
Statistique Canada doit peut-être mieux comprendre les Canadiens, plutôt que l’inverse
La conclusion de Michael Higgins, dans le National Post, est sans équivoque : Statistique Canada a bien le mandat de colliger des données sur les jeunes transgenres, mais l’agence commet un grave faux pas démocratique en excluant la population du processus et en adoptant sans recul critique une vision idéologique du genre.
Il cite la mission même de l’agence, qui vise à aider les Canadiens à « mieux comprendre leur société ». À ses yeux, l’agence semble inverser le rapport : c’est Statistique Canada qui, désormais, semble juger les Canadiens inaptes à comprendre les données sans supervision idéologique.
Higgins conclut que l’agence doit renouer avec la confiance du public, plutôt que supposer que ce même public est un obstacle.



