Une entreprise canadienne, Bolero Shellfish Processing Inc., vient d’écoper d’une amende record d’un million de dollars pour avoir enfreint les règles du Programme des travailleurs étrangers temporaires. Pourtant, comme le rapporte Ghada Alsharif du Toronto Star, aucun des employés concernés — dont la travailleuse mexicaine Estefania — ne recevra un sou de cette somme.
Estefania, qui a préféré taire son nom complet par crainte de représailles, raconte avoir travaillé jusqu’à seize heures par jour à découper du homard dans une usine du Nouveau-Brunswick. Les blessures et douleurs étaient fréquentes, mais, selon elle, les superviseurs refusaient tout accès aux soins. « Ce n’était pas la responsabilité de l’entreprise si les gens se blessaient », aurait-on répondu.
Le gouvernement fédéral a aussi interdit à Bolero de recruter des travailleurs étrangers pendant dix ans. L’entreprise, citée par Ghada Alsharif, rejette catégoriquement les conclusions d’Ottawa et compte contester la décision devant les tribunaux.
Entre janvier et septembre 2025, le ministère de l’Emploi et du Développement social du Canada et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada ont imposé plus de 6,8 millions de dollars en amendes à des employeurs fautifs, un record. Le ministère de l’Emploi précise toutefois que cette hausse ne reflète pas une recrudescence des abus, mais plutôt un resserrement de la surveillance.
Le Collectif des travailleurs migrants pour le changement (Migrant Workers Alliance for Change) dénonce un système qui punit les entreprises sans réparer les torts. Son organisateur, Niger Saravia, déclare à Alsharif : « Ces amendes sont inutiles pour ceux qui ont subi l’exploitation, puisqu’ils n’en voient pas la couleur. Les migrants paient de leur santé et de leur dignité pendant que le gouvernement empoche l’argent. »
Le problème de fond, selon les défenseurs, vient des permis fermés qui lient chaque travailleur à un seul employeur, les empêchant de dénoncer les abus sans risquer l’expulsion. Ghada Alsharif cite Syed Hussan, directeur du collectif, qui réclame la résidence permanente pour les travailleurs temporaires afin qu’ils puissent se défendre sans craindre d’être renvoyés.
Pour Estefania, ces amendes ne représentent pas une victoire. « Si le gouvernement punit les employeurs, cet argent devrait aller à ceux qui ont souffert », confie-t-elle à la journaliste.
L’enquête de Ghada Alsharif met en lumière un paradoxe : Ottawa multiplie les sanctions, mais les victimes, elles, ne reçoivent toujours aucune réparation.



