Trudeau demande à Poilièvre de s’excuser auprès des femmes canadiennes

Suite aux révélations de Global News selon lesquelles le chef conservateur aurait utilisé le tag « MGTOW » sur certaines de ses vidéos, Justin Trudeau a sévèrement critiqué Poilièvre pendant une période des questions à la Chambre des Communes ce jeudi.

L’acronyme, qui signifie « men going their own way » est qualifié de misogyne et d’extrémiste par le Premier Ministre en raison de son usage par certains groupes radicaux sur le web.

« Pierre Poilièvre a choisi d’aller chercher des groupes anti-femme, misogynes, extrémistes de droite pour avancer son agenda politique. C’est absolument inacceptable. Il doit non seulement s’expliquer, mais s’excuser auprès des femmes canadiennes. »[1], a-t-il déclaré.

Dès que les informations sont parvenues au camp conservateur, le tag a été retiré des vidéos et Poilièvre s’est effectivement excusé, pour riposter du tac au tac au premier ministre canadien :

« Je condamne cette organisation. J’ai corrigé le problème dès que cela a été porté à mon attention. Mais je condamne toute forme de misogynie, y compris quand le premier ministre a congédié la première femme autochtone de son cabinet. Je le condamne aussi d’avoir maltraité les femmes des minorités culturelles dans son propre parti. Et je le condamne aussi quand il s’est déguisé en portant des costumes racistes tellement souvent qu’il en a oublié le nombre de fois. »[2]

Il appert cependant dans cette controverse qu’on utilise ce genre d’expression comme des mots fourre-tout qu’on peut associer à loisir à des mouvances extrémistes.

Si l’acronyme MGTOW est bel et bien utilisé par des groupes radicaux dans les mouvances « incel », ce n’est pas pour autant une « organisation » au sens strict. Il s’agit tout au plus d’un meme partagé dans ce genre de réseaux, et une référence assez générale à ces hommes qui abandonnent l’idée de se trouver une partenaire par désenchantement.

Le terme peut ainsi se retrouver dans des milieux critiques du féminisme ou des tendances woke qui n’ont rien à voir avec une vision misogyne ou extrémiste du monde. Il est souvent utilisé dans un cadre humoristique, comme par exemple dans les memes du « doomer », du « coomer » et du « Bloomer ». Les milieux du gaming, aussi, peuvent y être fortement exposés sans pour autant y adhérer.

Pour consolider ce lien entre les influences de la culture web et l’extrémisme, le SCRS écrit dans son rapport annuel que « Les tenants de l’extrémisme violent à caractère idéologique sont mus par une série d’influences plutôt que par un seul système de croyances. Des opinions extrémistes de nature raciste, misogyne et antiautoritaire combinées à des récriminations personnelles peuvent conférer à quelqu’un la volonté de mobiliser d’autres personnes, de les inciter à commettre des actes de violence ou de leur donner les moyens de passer à l’action. »[3]

Autrement dit, à défaut de pouvoir pointer un mouvement idéologique identifiable, on rassemble un ensemble d’influences diverses et postule arbitrairement qu’elles mènent à l’extrémisme violent.

C’est ce genre de définition floues sur ce qui peut être considéré comme extrémiste qui crée ce genre de situation.

Il ne devrait pas être tabou pour le parti conservateur de tenter de rejoindre les jeunes hommes désenchantés par leur vie amoureuse – la chose devrait au contraire être encouragée afin de mieux canaliser ces frustrations – mais dans une dynamique de cancel culture, tous les arguments sont bons pour associer le conservatisme à l’extrémisme.


[1] Bellavance, J-D. « Trudeau accuse Poilièvre d’avoir cultivé des liens avec des groupes extrémistes ». La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2022-10-06/mot-clic-misogyne-cache-dans-des-videos/trudeau-accuse-poilievre-d-avoir-cultive-des-liens-avec-des-groupes-extremistes.php#

[2] Idem.

[3] Idem.

Philippe Sauro-Cinq-Mars

Diplômé de science politique à l'Université Laval en 2017, Philippe Sauro Cinq-Mars a concentré ses recherches sur le post-modernisme, le populisme contemporain, la culture web et la géopolitique de l'énergie. Il est l'auteur du livre "Les imposteurs de la gauche québécoise", publié aux éditions Les Intouchables en 2018.

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