Le 11 août 2025, le président Donald Trump a annoncé le déploiement de 800 soldats de la Garde nationale à Washington D.C., ainsi que la prise de contrôle temporaire de la police locale par le gouvernement fédéral, invoquant une criminalité « hors de contrôle » et des campements de sans-abris gangrénés par la consommation de fentanyl et de crystal meth.
Cette mesure, qui vise à restaurer la sécurité dans une capitale envahie par la criminalité, survient suite à l’agression particulièrement brutale contre Edward Coristine, dit « Big Balls », protégé d’Elon Musk et ancien employé fédéral du Département de l’Efficacité Gouvernementale (abrégé en DOGE). La photo de son visage ensanglanté, partagée par Trump sur les réseaux sociaux, a cristallisé l’émotion populaire. Coristine avait résisté à une tentative de vol de voiture par un groupe d’une dizaine d’adolescents dans le quartier de Dupont Circle, à 3 heures du matin, alors qu’il accompagnait une femme. Coristine a poussé la femme dans la voiture afin de la protéger, mais a été sévèrement battu, subissant une commotion cérébrale. Deux adolescents de 15 ans, un garçon et une fille de Hyattsville, Maryland, ont été arrêtés, mais d’autres suspects sont toujours recherchés. Cette attaque est devenue un symbole de la dégradation ressentie dans la capitale, et Trump s’en est saisi pour motiver une intervention fédérale.
Cette mesure a évidemment provoqué une vive controverse politique. Ne dérogeant pas de leur biais anti-Trump, les médias traditionnels ont critiqué l’initiative en minimisant la gravité de la criminalité à Washington D.C. Ils ont mis de l’avant la baisse de 35% des crimes violents en 2024 par rapport au pic de 2023 ainsi qu’une baisse de 26 % supplémentaire en 2025, pour arguer que la manoeuvre de Trump est excessive.
Cependant, en se concentrant exclusivement sur les 2 dernières années, ces chiffres occultent un aperçu global de la réalité sur le long terme. Les données du Metropolitan Police Department of the District of Columbia (MPDC) montrent que, malgré la baisse récente, la criminalité de 2025 reste parmi les plus élevées des vingt dernières années, avec des taux d’homicides et de vols encore largement supérieurs à ceux observés durant la période pré-pandémique. Le nombre d’homicides de 2024 (187) n’est plus celui du début des années 1990 (qui se situait au-delà de 400), mais il demeure au dessus de la décennie 2010 (dont la moyenne était de 127.6). D.C. demeure parmi les villes les plus dangereuses aux États-Unis, et le narratif médiatique anti-Trump omet cette réalité persistante.
Les statistiques officielles ne reflètent pas toujours l’expérience vécue par les résidents, surtout dans les quartiers défavorisés ou fortement touchés par les bandes de jeunes et la drogue (mais pas seulement ceux-ci). Sur le podcast NatCon Squad, Inez Stepman détaille cette réalité sur le terrain: au-delà des homicides, D.C. connaît une forte prévalence d’agressions graves, vols de véhicules et vols à la tire, qui se produisent même dans les quartiers réputés les plus sûrs, comme Georgetown. Elle souligne également que les stationnements de trains et certains espaces publics sont particulièrement touchés par ces violences. La petite taille de D.C. fait en sorte que presque tout le monde connaît quelqu’un qui a été victime de crime grave ou violent, accentuant la perception d’insécurité. Stepman insiste sur le rôle des bandes de jeunes délinquants (souvent porteurs de bracelets électroniques) qui sont responsables de nombreux incidents, comme l’agression contre Edward Coristine. Face à cette criminalité et aux campements de sans-abris envahis par des consommateurs de fentanyl ou de crystal meth qui prolifèrent sur le territoire, la réponse des autorités locales est restée nettement insuffisante. Ces campements compteraient au-delà de 5100 personnes en 2025.
Les opposants de Trump sont prompts à suggérer qu’il n’a pas de légitimité juridique et qu’il se comporte comme un dictateur. Son intervention à Washington D.C. repose pourtant sur des bases légales solides. La Constitution des États-Unis (Article I, Section 8, Clause 17) confère au Congrès le pouvoir législatif exclusif sur le District de Columbia, un district fédéral non étatique. Dans ce cadre, le Home Rule Act de 1973 accorde une autonomie limitée à la municipalité, permettant aux résidents d’élire un maire et un conseil municipal, tout en maintenant la supervision et le contrôle législatif du Congrès sur les décisions locales. Plus spécifiquement, la section 740 du Home Rule Act permet au président de fédéraliser le MPDC en cas d’urgence de sécurité publique, pour une période initiale de 30 jours, à laquelle le Congrès peut approuver une prolongation. L’Insurrection Act de 1807 renforce également cette prérogative en cas de troubles graves. C’est en invoquant ces dispositions que Trump a déployé la Garde nationale et pris le contrôle du MPDC, comme il l’avait similairement fait à Los Angeles plus tôt en 2025 lors des manifestations contre ICE (United States Immigration and Customs Enforcement).
Ainsi, son action est constitutionnelle et légale. Trump a d’ailleurs insisté sur le caractère temporaire de l’intervention, soulignant qu’il s’agit d’une réponse à l’incapacité des autorités locales à assurer la sécurité publique.
Cette intervention fédérale à Washington D.C. peut être perçue comme un avertissement aux grandes villes démocrates laxistes face à la criminalité et à l’itinérance, comme Chicago, San Francisco ou Los Angeles, qui sont qualifiées de « villes sanctuaires ». Ce terme, sans définition légale stricte, désigne des juridictions qui limitent leur coopération avec ICE, par exemple via des politiques de « ne pas demander, ne pas dire » sur le statut migratoire, pour que les migrants en situation d’irrégularité puissent vivre sans crainte de déportation. En limitant la coopération avec les autorités fédérales et en protégeant les individus en situation irrégulière, une ville sanctuaire est susceptible de créer un environnement où la criminalité se développe plus facilement.
Montréal avait été proclamée « ville sanctuaire » en 2017, par un vote unanime du conseil municipal. Le maire Denis Coderre avait d’ailleurs envoyé un message à Donald Trump sur Twitter pour lui signifier que les nouveaux arrivants et les réfugiés étaient bienvenus à Montréal. Cependant, cette désignation n’a pas été accompagnée de mesures législatives concrètes. L’administration de Valérie Plante s’est ensuite distancée du terme « ville sanctuaire », mais a mis sur place des politiques favorisant l’accès aux services pour les personnes en situation irrégulière. Par exemple, le plan triennal « Montréal inclusive », qui comprend des mesures explicites pour garantir l’accès aux services municipaux sans exiger de preuve d’adresse ou de statut migratoire – y compris des directives pour le SPVM afin de limiter les interactions avec l’Agence des services frontaliers du Canada.
Comme Washington D.C., Montréal fait face à une augmentation de l’itinérance, de la criminalité liée aux drogues dures et des campements de sans-abris, dont beaucoup ont des problèmes de consommation. En 2023, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait enregistré plus de 112 600 crimes, marquant une augmentation de 11,5 % par rapport à 2022, avec une hausse notable de 13% des crimes contre la personne. En 2024, la criminalité a continué d’augmenter à Montréal, atteignant près de 115 800 crimes.
La réalité du terrain, marquée par la violence et les comportements à risque suscite une inquiétude croissante. Comme quoi, les postures vertueuses des administrations progressistes, comme celle de Plante, ne répondent pas aux préoccupations des citoyens confrontés à la criminalité et au désordre.



