Avec ses propos marquant une volte-face sur l’affaire Epstein et ses attaques envers des représentants Républicains comme Thomas Massie et Marjorie Taylor-Greene, Donald Trump a déçu une partie de sa base militante depuis le début de son 2ème mandat. Les partisans de Trump ont eu tendance à l’idéaliser, à le percevoir comme un sauveur infaillible et pire, à imaginer qu’il partageait les priorités de leur camp de la droite nationaliste.
Au-delà de ses défauts de caractère et malgré ces déceptions, il faut considérer l’ampleur du bouleversement que Donald Trump représente sur la scène politique mondiale – en particulier pour les pays occidentaux. D’abord par sa volonté politique en matière d’immigration, qui a été son thème phare depuis son entrée dans l’arène politique
L’administration Trump a engagé ces derniers jours un tournant migratoire d’une ampleur inédite, à la suite d’une attaque survenue à Washington où deux militaires ont été visés par un ressortissant afghan récemment arrivé dans le pays. L’un des soldats est décédé, l’autre demeure dans un état critique. L’événement a servi de déclencheur à une série d’annonces très offensives du président.
Dans plusieurs discours et publications sur les réseaux sociaux, Donald Trump a annoncé vouloir interrompre l’immigration en provenance de 19 pays classés comme du « tiers monde » : Afghanistan, Birmanie (Myanmar), Tchad, République du Congo, Guinée équatoriale, Érythrée, Haïti, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Yémen, Burundi, Cuba, Laos, Sierra Leone, Togo, Turkménistan et Venezuela. Au lieu de s’attarder sur l’incohérence de cette liste (des pays comme la Syrie et le Mali, en proie à des conflits armés persistants, n’y figurent pas), il faut surtout considérer à quel point Trump vient de déplacer la fenêtre d’Overton avec une attaque frontale aux sensibilités du politiquement correct en légitimant un discours civilisationnel longtemps interdit.
Derrière ces initiatives, le discours de Trump adopte une lecture explicitement civilisationnelle de l’immigration. Il oppose une immigration européenne perçue comme compatible avec la « civilisation occidentale » à une immigration du « tiers monde » considérée comme menaçante pour la stabilité du pays. Cette approche, désormais assumée au sommet de l’État, indique une volonté de rupture radicale avec les politiques migratoires des administrations précédentes – et avec celles des autres pays occidentaux, à commencer par le Canada.
L’administration Trump évoque désormais une « migration inversée » qui inclurait des expulsions massives de ressortissants étrangers jugés indésirables. Le Department of Homeland Security (DHS) a publié un message sur X se contentant du mot “remigrate” — ce qui montre que ce terme, historiquement lié au national-populisme européen, entre désormais dans le vocabulaire officiel de l’administration. Trump lui-même aurait utilisé le mot “Remigration” dans un post sur sa plateforme Truth Social en juin 2025 : “America was invaded and occupied. I am reversing the invasion. It’s called Remigration”. Des médias rapportent qu’un projet de création d’un « Office of Remigration » au sein du département d’État a été envisagé — ce qui formaliserait le concept au coeur de l’administration.
Les médias mainstream vont tenter de maintenir le tabou en expliquant à l’auditoire décroissant qui lui reste encore fidèle que l’administration Trump embrasse un terme lié au nationalisme blanc. Wikipedia définit « remigration » comme un concept « lié à la théorie conspirationniste d’extrême droite du “grand remplacement”, qui est utilisé par le suprématisme blanc.
Parallèlement, une série de vidéos virales – dont l’une montrant un groupe criant « Mort à l’Amérique » dans le Michigan – a alimenté une inquiétude croissante dans l’électorat conservateur. Une autre, montrant le sénateur de l’État du Minnesota, Omar Fateh (premier musulman élu au sénat du Minnesota), agiter un drapeau somalien et s’exprimer en somali lors d’un rassemblement électoral a suscité des réactions négatives.
Dans cette même foulée, le président Trump a tenu des propos très critiques envers la communauté somalienne aux États-Unis, déclarant qu’il ne souhaitait pas accueillir de nouveaux immigrants Somaliens. Ses commentaires ont été tenus lors d’une réunion du cabinet, alors que l’administration préparait une opération d’Immigration and Customs Enforcement (ICE) visant des somaliens en situation irrégulière dans la région des Twin Cities, au Minnesota, qui abrite la plus grande communauté somalienne des États-Unis.
L’exemple du Minnesota démontre qu’une immigration extra-européenne massive entraîne le développement d’enclaves ethniques et communautaires, où les institutions locales (écoles, commerces, associations) subissent une influence communautariste. Ces regroupements produisent un poids électoral concentré qui donne lieu à des politiques clientélistes, ciblées en fonction de la composition ethnique ou religieuse. S’ensuivent des tensions entre ces enclaves et les autres résidents en matière d’emploi, de logement ou de services publics. Les États-Unis se sont peut-être construits par voie d’immigration (essentiellement européenne, faut-il noter), mais la façon débridée avec laquelle elle a été conduite ces dernières décennies n’aboutit plus au fameux « melting pot » américain.
Au terme de décennies d’accueil migratoire massif sans encadrement, l’immigration est devenue un enjeu existentiel pour la civilisation occidentale. Et ça se démontre : quand un territoire change de population, il change inévitablement de culture et d’identité (comme dans la région des Twin Cities). Ceux qui associent ce constat à de la xénophobie ou à de la haine seraient les premiers à en admettre la véracité s’il était question d’une société extra-occidentale.
Les États-Unis orientent les dynamiques du monde occidental. Ainsi, les mesures prises par Donald Trump en matière d’immigration — qu’il s’agisse des restrictions visant certains pays ou du durcissement général de la politique migratoire — dépassent largement le cadre américain. En prévenant le basculement des États-Unis dans un multiculturalisme post-national, Trump défend non seulement la stabilité culturelle des États-Unis, mais par extension, la continuité historique de l’Occident. Des frontières plus strictes, une sélection plus rigoureuse des immigrants et une lutte renforcée contre l’extrémisme profiteraient à tous les États occidentaux qui se trouvent confrontés à des défis similaires. Un effondrement identitaire des États-Unis entraînerait inévitablement une mise en péril de l’identité occidentale dans son ensemble.



