On ne sait jamais trop sur quel pied Donald Trump danse. Tantôt isolationniste, tantôt interventionniste, il souffle le chaud et le froid avec la régularité d’un orage d’été. L’homme qui a fragilisé l’OTAN en multipliant les déclarations explosives vient pourtant, ironie du sort, de prendre l’une de ses meilleures décisions en matière de politique étrangère : s’attaquer directement au pétrole russe.
Selon un article du Journal de Montréal publié le 23 octobre, Washington impose désormais de nouvelles sanctions contre les géants russes Lukoil et Rosneft. Les États-Unis menacent même de sanctionner toute entreprise étrangère qui continuerait d’acheter du brut à la Russie. Cette mesure vise à réduire les revenus pétroliers du Kremlin et, par ricochet, à freiner l’effort d’armement de Poutine.
C’est une politique de fermeté que plusieurs observateurs n’attendaient plus de la part de Trump. L’homme a souvent donné l’impression de sympathiser avec Moscou, ou du moins de minimiser les dérives autoritaires de son président. Mais ici, pour une fois, il agit de manière cohérente avec les intérêts occidentaux.
Certes, Trump n’en est pas à un paradoxe près. Il a ébranlé la confiance de ses alliés européens, mis en doute la raison d’être de l’OTAN et créé une confusion stratégique qui, à long terme, pourrait profiter à des régimes hostiles. Pourtant, dans ce dossier, il redonne un peu de mordant à l’Alliance en frappant là où ça fait mal : dans les poches de la Russie. Et c’est précisément là que se joue aujourd’hui la vraie guerre – pas dans les tranchées, mais dans les barils et les pipelines.
Cette décision américaine tombe à point nommé. L’Europe, fragilisée par deux hivers consécutifs de crise énergétique, cherche désespérément à réduire sa dépendance envers le pétrole et le gaz russes. L’arme économique est devenue l’un des rares leviers diplomatiques encore efficaces pour contraindre Moscou à négocier.
Mais cette stratégie ne peut réussir que si l’ensemble du monde occidental tire dans la même direction. Et c’est ici que le Canada entre en scène.
Notre pays dispose d’un atout colossal : ses ressources naturelles. Qu’il s’agisse du gaz naturel, du pétrole de l’Ouest ou de l’hydroélectricité québécoise, le Canada pourrait jouer un rôle clé dans la sécurité énergétique du monde libre. En soutenant les besoins de nos alliés, en Europe notamment, nous réduisons non seulement leur dépendance au Kremlin, mais nous renforçons notre propre influence géopolitique.
Cela suppose évidemment une vision politique claire. Or, jusqu’à présent, Ottawa a trop souvent hésité à traiter ses ressources comme un outil stratégique. Pendant que les États-Unis et la Norvège redessinent la carte énergétique mondiale, le Canada se perd dans la paperasse, les blocages interprovinciaux et les querelles partisanes. Le monde se déplace, mais nous, nous débattons encore pour savoir si un oléoduc est « vert » ou non.
Il serait temps d’assumer que l’exploitation responsable de nos ressources n’est pas un péché. C’est une nécessité historique. Une politique énergétique souveraine – axée sur la sécurité de nos partenaires et la défense des démocraties – serait non seulement payante, mais morale. Elle placerait le Canada, et le Québec s’il choisit d’y participer, parmi les acteurs capables d’influencer l’équilibre mondial.
Trump a souvent été imprévisible, parfois dangereux. Mais sur ce dossier, il prend une direction juste : réduire la capacité de nuisance du régime russe. À nous, Canadiens et Québécois, de faire notre part, non pas par suivisme, mais par lucidité.
L’histoire ne se répète jamais exactement, mais elle rime toujours. Ceux qui, comme Poutine, croient pouvoir financer la guerre en profitant de la faiblesse énergétique de l’Occident se trompent d’époque. Si l’Amérique se ressaisit, et si le Canada cesse de s’auto-saboter, alors la pression combinée du pétrole, du gaz et de la diplomatie pourrait, enfin, ramener la Russie à la table des négociations.
Encore faut-il que nos dirigeants cessent d’avoir peur de leurs propres ressources.



