Trump veut rouvrir la légendaire prison d’Alcatraz : une idée symbolique ou irréalisable ?

D’après un article de Bernd Debusmann Jr publié sur la BBC le 17 juillet 2025

Le président Donald Trump a relancé une idée aussi spectaculaire que controversée : rouvrir Alcatraz, l’île-prison mythique de la baie de San Francisco, pour y incarcérer les criminels les plus dangereux des États-Unis. Cette annonce, relayée par Bernd Debusmann Jr dans un article publié par la BBC, suscite autant de fascination que de scepticisme.

Selon le journaliste, des membres de l’administration Trump, dont la procureure générale Pam Bondi et le secrétaire à l’Intérieur Doug Bergum, ont récemment visité les lieux. Cette inspection survient quelques mois après que Donald Trump a déclaré sur Truth Social vouloir faire d’Alcatraz un symbole de la « loi et l’ordre » à restaurer aux États-Unis.

Un lieu chargé d’histoire

Comme le rappelle Bernd Debusmann Jr, Alcatraz est située à 2 km au large de San Francisco. D’abord fort militaire, l’île fut transformée en prison fédérale en 1934. Elle a accueilli certains des criminels les plus célèbres de l’histoire américaine, comme Al Capone ou George « Machine Gun » Kelly. Elle a également inspiré des films cultes comme Escape from Alcatraz avec Clint Eastwood ou The Rock avec Sean Connery.

Fermée en 1963 pour des raisons budgétaires – elle coûtait près de trois fois plus cher à opérer que les autres prisons fédérales – Alcatraz est aujourd’hui un site touristique géré par le National Park Service, attirant plus de 1,4 million de visiteurs par an.

Un projet déjà évoqué… et rejeté

Donald Trump n’est pas le premier à imaginer une réouverture de l’île-prison. En 1981, l’administration Reagan avait brièvement envisagé d’y installer jusqu’à 20 000 réfugiés cubains du « Mariel Boatlift », mais l’idée avait été abandonnée à cause de la valeur patrimoniale du site et de l’état des installations.

Trump, quant à lui, voit dans Alcatraz un symbole fort. « Cela représente quelque chose de très fort, très puissant », a-t-il affirmé. Il a néanmoins reconnu que le site est actuellement « une masse rouillée et pourrissante ».

Son « tsar des frontières », Tom Homan, a soutenu cette vision en évoquant une possible affectation du site à la détention de « menaces significatives pour la sécurité publique et nationale ».

Une idée peu réaliste, selon les experts

Mais l’avis des spécialistes est sans appel. Hugh Hurwitz, ancien directeur par intérim du Bureau des prisons fédérales (BOP), confie à la BBC avoir d’abord cru à une plaisanterie. « Ce n’est pas réaliste. Il faudrait tout démolir et recommencer. » Il évoque des cellules délabrées, l’absence totale de sécurité moderne (caméras, clôtures), et des infrastructures obsolètes.

Jolene Babyak, auteure et historienne ayant vécu sur l’île dans sa jeunesse, abonde : « À l’époque, les eaux usées étaient déversées directement dans la baie. Aujourd’hui, il faudrait tout évacuer par bateau. C’est impensable. »

Même constat chez John Martini, ancien garde-parc et historien de la prison : « C’est une coquille vide. Même le béton est fissuré. Il n’y a ni électricité, ni chauffage, ni plomberie. C’est une ruine. » Il estime que les coûts d’exploitation, autrefois déjà astronomiques, pourraient aujourd’hui atteindre plus de 500 $ par détenu et par jour – alors qu’Alcatraz n’a jamais pu loger plus de 340 prisonniers à la fois.

Un symbole politique plus qu’un projet viable

Au-delà des considérations techniques, ce projet s’inscrit dans la stratégie électorale et rhétorique de Donald Trump, désireux de projeter une image d’autorité et de fermeté. L’idée de rouvrir Alcatraz, même irréalisable, résonne avec un électorat soucieux de sécurité et sensible aux symboles forts.

Bernd Debusmann Jr souligne qu’il ne s’agit peut-être que d’« un nouveau chapitre dans l’étrange histoire d’Alcatraz » – un lieu où se croisent mythe, mémoire carcérale et ambitions politiques.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine