Le 18 juillet 2025, Tulsi Gabbard, désormais directrice du renseignement national (DNI) sous l’administration Trump, a déclassifié plus de 100 pages de documents qu’elle présente comme des preuves d’une « conspiration traîtresse » orchestrée par l’administration Obama dans le but de fabriquer un récit d’ingérence russe pour discréditer Donald Trump après son élection en 2016. Selon elle, ces archives révèlent que la manigance implique Barack Obama lui-même, ainsi que James Clapper (ex-directeur du renseignement national), John Brennan (ex-directeur de la CIA), John Kerry (ex-secrétaire d’État), Susan Rice (ex-conseillère à la sécurité nationale), James Comey (ex-directeur du FBI) et Andrew McCabe (ex-directeur adjoint du FBI).
« Leur abus de pouvoir flagrant et leur rejet manifeste de notre Constitution menacent les fondements mêmes et l’intégrité de notre république démocratique. Peu importe leur pouvoir, chaque personne impliquée dans ce complot doit faire l’objet d’une enquête et être poursuivie dans toute la rigueur de la loi, afin de garantir qu’un tel événement ne puisse jamais se reproduire », a déclaré Gabbard.
Rappelons que Tulsi Gabbard est une ancienne élue démocrate ayant représenté le 2ᵉ district d’Hawaï à la Chambre des représentants de 2013 à 2021. Candidate à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, elle s’est positionnée comme une figure « anti-establishment », marquant les esprits par ses attaques contre Kamala Harris lors d’un débat télévisé en juillet 2019 — des attaques qui ont largement contribué à l’effondrement de la campagne de cette dernière. En octobre 2022, Gabbard a officiellement quitté le Parti démocrate avant de rejoindre le Parti Républicain et de se rallier à la campagne de Donald Trump en août 2024.
Selon Gabbard, le narratif d’ingérence russe a été volontairement monté de toutes pièces pour discréditer Donald Trump et justifier une surveillance politique inédite contre sa campagne. Elle accuse ces responsables d’avoir manipulé les évaluations de la communauté du renseignement pour renforcer une illusion d’influence russe, malgré des analyses internes qui avaient conclu à l’impossibilité technique de pirater les systèmes électoraux. Les documents déclassifiés comprennent des mémos internes et des courriels, ainsi qu’une évaluation expurgée sur les cybermenaces. Tous ces éléments ont été transmis au Département de la Justice (DOJ) pour examen et poursuites judiciaires potentielles.
Le narratif en question s’appuyait sur le dossier Steele, le fameux rapport de 35 pages controversé et largement discrédité, compilé par Christopher Steele, un ancien officier du renseignement britannique (MI6), entre juin et décembre 2016. Commandité initialement par des opposants républicains à Trump, puis financé par le Comité national démocrate (DNC) et la campagne d’Hillary Clinton via le cabinet Perkins Coie et la firme Fusion GPS, le dossier Steele visait à recueillir des informations sur les liens potentiels entre Donald Trump et la Russie. Le contenu du dossier Steele a d’abord fuité en janvier 2017 via le site BuzzFeed News, qui a publié l’intégralité du document sans pouvoir en vérifier les allégations. CNN a ensuite relayé l’information, amplifiant sa portée et son impact public. Les médias de l’establishment s’en sont emparés pour alimenter une chasse aux sorcières de plusieurs années contre le président Trump.
Le dossier Steele contient des allégations non vérifiées sur des liens entre Donald Trump, ses proches, et le gouvernement russe. Le dossier allègue que la Russie cherchait à influencer l’élection de 2016 en faveur de Trump, notamment via des cyber-attaques et des campagnes de désinformation. Il inclut des détails sensationnels, comme des allégations de comportements compromettants de Trump impliquant des prostituées en Russie, ainsi que des liens présumés entre des associés de Trump et des officiels russes. Ces informations reposent largement sur des sources anonymes et des contacts de Steele en Russie, sans preuves directes pour la plupart des affirmations. D’ailleurs, aucune de ces allégations n’a été prouvée à ce jour. Pourtant, le dossier s’est retrouvé au cœur de l’opération Crossfire Hurricane, lancée par le FBI. En outre, le FBI n’a pas divulgué à la cour FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act) que le dossier Steele avait été financé par des rivaux politiques de Donald Trump. Pire, certains agents du FBI savaient qu’il était non vérifié, mais l’ont tout de même utilisé.
Suite aux déclarations de Tulsi Gabbard, Donald Trump a partagé sur son compte Truth Social une vidéo générée par l’intelligence artificielle qui montre Obama se faire saisir et menotter par trois agents portant des vestes du FBI. Avec cette irrévérence assumée, Trump réaffirme qu’en plus d’être le président, il est également le troll en chef.
Certains partisans MAGA se réjouissent en imaginant déjà Obama et ses acolytes derrière les barreaux. Les éléments de preuve déclassifiés par Tulsi Gabbard sont-ils suffisants pour justifier des inculpations contre Obama ou d’autres individus de son administration? Le contenu précis des documents reste flou dans les sources publiques, car ils sont partiellement expurgés et n’ont pas été intégralement publiés. Aux États-Unis, une inculpation pour conspiration nécessite des preuves d’un accord entre plusieurs parties pour commettre un acte illégal, comme la fabrication intentionnelle de faux renseignements. La trahison (telle que définie par l’article III, section 3 de la Constitution) requerrait quant à elle des preuves claires d’actes visant à « faire la guerre contre les États-Unis » ou à « aider leurs ennemis ».
Il faut noter que les médias mainstream ont peu couvert la nouvelle. La BBC a attendu plusieurs jours pour l’évoquer, mais seulement dans un article centré sur Obama qui fustige les affirmations de Trump à son endroit. D’autres observateurs, dont le magazine Politico, notent que ces documents déclassifiés pourraient servir à détourner l’attention des scandales liés à Jeffrey Epstein.
Depuis plusieurs semaines, une large partie de la base MAGA exprime une colère mêlée de profonde déception face au revirement de figures-clés de l’administration Trump concernant l’affaire Epstein. Des personnalités naguère déterminées à tout exposer, comme Kash Patel et Dan Bongino, concluent désormais qu’il n’existe ni liste de clients, ni preuves du meurtre d’Epstein ou de chantage, contredisant ce qu’ils ont affirmé pendant des années. Même Donald Trump qui se montrait jadis ouvert à « tout révéler » évite désormais le sujet à tout prix, allant jusqu’à s’attaquer à ses propres partisans qui exigent des réponses.
Ses opposant avancent que Trump agit ainsi parce qu’il figure probablement parmi les clients. Suspicions exacerbées suite à la publication par le Wall Street Journal d’une carte d’anniversaire salace que Trump aurait supposément envoyé à Epstein en 2003. Trump a aussitôt déposé une poursuite en diffamation contre le WSJ, Rupert Murdoch et les journalistes concernés, niant formellement l’authenticité de cette carte.
Si Trump était compromis dans l’affaire Epstein, ses adversaires s’en seraient servis contre lui — pourquoi ne pas avoir sorti cette carte en pleine campagne? Le volte face de l’administration Trump s’explique certainement autrement. Qu’il s’agisse de services secrets domestiques et étrangers (CIA, MI6, Mossad) ou d’un quelconque réseau d’individus extrêmement riches et puissants (milliardaires, vedettes, politiciens nationaux et internationaux de toutes allégeances politiques), ceux qui ont déployé autant d’efforts pour étouffer l’affaire Epstein depuis le début ne s’arrêteront vraisemblablement à rien pour étouffer les révélations. Dans leurs interventions, Patel et Bongino donnaient carrément l’impression d’être contraints, comme dans une vidéo d’otages.
Le traitement de l’affaire Epstein par l’administration Trump déçoit la base MAGA à deux égards : par l’opération de camouflage elle-même, et par la façon maladroite dont elle a été menée. Le tout alimente un sentiment de trahison chez nombre de partisans, convaincus qu’un compromis a été fait en coulisse au détriment de la vérité. Ceci dit, ça ne redore pas le blason des Démocrates, qui ont tout fait pour étouffer la vérité en balayant ce dossier sous le tapis depuis le début. L’affaire continue d’être riche en rebondissements : l’administration Trump dit maintenant vouloir entendre Ghislaine Maxwell, l’ex-compagne et collaboratrice d’Epstein. Quoiqu’il en soit, il vaudrait mieux ne pas entretenir trop d’attentes.
Peu importe la désillusion suscitée par cette affaire, Russiagate constitue un autre dossier, distinct et dissociable. Toute tentative pour en exposer la fumisterie mérite d’être saluée — et c’est précisément ce que fait Tulsi Gabbard en déclassifiant ces documents. Elle met en lumière non seulement l’ampleur des manipulations orchestrées au plus haut niveau de l’État, mais aussi le mépris flagrant des élites du renseignement pour la volonté populaire exprimée en 2016.
Ce que Tulsi Gabbard dévoile, c’est que Russiagate n’a jamais été qu’un miroir déformant, destiné à masquer la victoire d’un outsider contre le système. Et si cette fumisterie finit par être pleinement exposée, ce ne sera pas seulement une réhabilitation pour Donald Trump, mais un précédent important dans l’histoire politique américaine. C’est toute la narration construite autour de la prétendue « collusion russe » qui risque de s’effondrer comme un château de cartes — révélant non pas un complot russe, mais une machination américaine, menée par ceux qui se drapaient de vertu en prétendant défendre la démocratie.



