Encore une fois, Pierre Karl Péladeau y est allé d’un nouveau réquisitoire pour sauver la télévision privée : Radio-Canada reçoit des subventions en plus d’avoir droit aux revenus publicitaires, tandis que les chaînes privées comme TVA sont contraintes de fonctionner presque uniquement avec la publicité — un marché qui s’est tourné vers Internet parce que plus ciblé, plus précis et moins cher. Faut-il sauver le bateau ou le laisser couler?
Pour beaucoup de jeunes — milléniaux, Z et alpha — quand remonte la dernière fois où ils ont regardé la télévision traditionnelle? Et parlons ici non pas d’une écoute passive avec leurs parents ou grands-parents, mais d’un choix délibéré, préféré à YouTube, Netflix ou TikTok.
Il n’y aura pas beaucoup de mains levées. La télé québécoise est très en retard dans sa compréhension des aspirations des jeunes… mais aussi des moins jeunes. Elle s’adresse essentiellement à un profil type : la femme retraitée de plus de 65 ans, peu à l’aise avec les écrans et encore moins avec le streaming.
Pour le reste de la population, chacun a trouvé son compte ailleurs. Il n’y a pas que Netflix et Disney qui captent du « temps de cerveau disponible » : les applications comme TikTok, mais aussi les jeux vidéo, ont complètement transformé la manière dont nous nous divertissons. Le temps du « zapping » faute de choix est mort et enterré.
Ce que PKP ne veut pas admettre, c’est que ce ne sont pas seulement les goûts ou les plateformes qui ont changé, mais aussi la confiance d’une partie de la population envers les médias traditionnels. Bien sûr, inutile de s’éterniser sur la pandémie, mais Québecor a-t-il fait son introspection sur le traitement de l’actualité durant ces années? Quand un pourcentage non négligeable de la population a été traité de « touristatas », de « covidiots », et lorsque certains animateurs se sont moqués des non-vaccinés comme s’ils méritaient de mourir sans soins à l’urgence.
De plus, la couverture sensationnaliste de TVA ne date pas d’hier : des reportages circulent depuis trente ans sur les réseaux sociaux, autant de preuves de priorités complètement décalées par rapport aux besoins réels de la population.
Il serait trop long d’en faire une liste exhaustive, mais disons que, dans l’esprit du Québécois habitué aux réseaux sociaux, TVA est synonyme de télévision-poubelle. D’où le jeu de mots entre TVA Nouvelles et « Poubelles ». PKP doit commencer par reconnaître les torts de la chaîne, de ses chroniqueurs, animateurs et journalistes. Et surtout offrir aux jeunes ce qu’ils veulent vraiment. Ne pas hésiter à oser. Faire quelque chose de radical. Le monde a changé. TVA doit être de son temps. Sinon, la chaîne mourra comme MusiquePlus n’a pas survécu à l’arrivée de YouTube.



