Un automne décisif pour la France de Macron et Bayrou

Le gouvernement Bayrou est au pouvoir depuis six mois en France. Mais, Ghislain Benhessa estime que ce dernier est en sursis et qu’il risque de ne pas survivre aux débats sur le budget de cet automne. Sans majorité, le premier ministre devra obtenir l’appui du bloc de gauche ou du Rassemblement national. Il aura fort à faire pour réussir. Les débats sur le budget seront centrés sur une possible hausse du fardeau fiscal des Français et sur une révision de la machine bureaucratique français. Entretien

Ghislain Benhessa est avocat de formation, essayiste et observateur de la scène politique française.

Simon Leduc : «Le gouvernement Bayrou est en sursis depuis six mois et demeure vulnérable. Est-ce qu’il va survivre aux débats houleux sur le budget qui auront lieu cet automne?

Ghislain Benhessa : «C’est un gouvernement qui est en sursis depuis le début. Le président Macron l’a nommé premier ministre afin de gagner du temps et d’éviter une motion de censure le plus longtemps possible. En France, à l’automne prochain, les débats politiques seront centrés sur la question budgétaire. Dernièrement, François Bayrou a relancé le chantier de la proportionnelle. Il veut mettre en place une loi, au printemps 2026, qui porterait sur l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel pour les élections législatives. Il veut faire cela pour satisfaire les velléités du Rassemblement national. C’est un des chevaux de bataille du RN depuis des années. Le bloc de gauche est aussi favorable à la mise en place d’une forme de proportionnelle. Dans ce dossier, le gouvernement tente d’obtenir l’approbation de la gauche et de la droite française.

Cependant, le gouvernement va proposer une hausse d’impôts afin d’obtenir des revenus supplémentaires. Ses intentions budgétaires sont déjà critiquées par les partis d’opposition. Ils sont sceptiques concernant l’équilibre budgétaire à venir.

D’autre part, François Bayrou a mis en place un conclave des retraites lorsqu’il est devenu premier ministre il y a six mois. Le gouvernement veut reprendre le contrôle des débats sur ce sujet délicat. Il faut se rappeler que le président Macron avait proposé une réforme des retraites controversée. Or, la société civile s’est fortement opposée à la politique du président. De grandes manifestations ont eu lieu dans tout le pays pour crier haut et fort que la réforme des retraites devrait être mise à la poubelle. Ce fut un échec retentissant pour le chef d’État français.

Le conclave des retraites est dans l’impasse car il n’y a pas de consensus de la société civile sur ce sujet. Cela n’a pas donné les résultats escomptés. Cela reste un problème pour le gouvernement Bayrou, car une éventuelle nouvelle proposition risque de déplaire un bloc de gauche ou au RN.

Alors, le gouvernement est dans une situation difficile. On se demande s’il va réussir à acheter des voix des progressistes et du RN par l’entremise de la proportionnelle afin de demeurer au pouvoir. Il tente d’éviter une motion de censure qui pourrait le faire renverser.

Il tente de gagner du temps depuis six mois et on se demande s’il va survivre à l’automne. Les débats seront très animés sur les questions budgétaires. Donc, ce gouvernement est vulnérable et pourrait tomber à tout moment.»

Il y a deux semaines, le front de gauche a présenté une motion de censure à l’Assemblée nationale contre le gouvernement Bayrou. Pourquoi n’a-t-elle pas été adoptée?

Ghislain Benhessa : «Le Parti socialiste et la France insoumise ont été déçus du travail du conclave des retraites. Ils dénoncent le fait que cet organisme ne s’est pas prononcé sur le maintien de l’âge d’admission à la retraite[1]. Le conclave n’a pas l’intention de défendre cette mesure. Donc, les débats sont bloqués sur cette épineuse question. En conséquence, la gauche a déposé une motion de censure parce qu’elle n’est pas satisfaite du travail du gouvernement concernant le régime de retraite. Le Rassemblement national a clairement exprimé son refus d’appuyer la mesure des progressistes. Le parti de droite identitaire veut attendre le dépôt du budget à l’automne avant de soutenir une éventuelle motion de censure.

L’ancien président François Hollande, maintenant député socialiste, a dit que la censure serait votée uniquement si le RN ne la votait pas. Donc, étant donné que les troupes de Marine Le Pen n’allaient pas l’appuyer, le bloc de gauche pouvait en présenter une en sachant fort bien qu’elle ne serait pas adoptée par une majorité d’élus du Parlement. C’était une façon pour la gauche de mettre de la pression sur le régime Bayrou sans avoir l’odieux de renverser ce dernier.»

Le gouvernement Bayrou va déposer un budget cet automne. À quoi doit-on s’attendre de cet exercice budgétaire?

Ghislain Benhessa : «Tout d’abord, dans le camp macronien, on parle de plus en plus d’une hausse d’impôts pour augmenter les revenus de l’État français. Le gouvernement semble penser qu’il y a un problème de recette et que la solution fiscale serait la plus appropriée pour régler le problème. Donc, il y a une frange importante du camp Macron qui envisage une hausse du fardeau fiscal des contribuables afin de permettre une nouvelle rentrée d’argent pour le gouvernement. Les macronistes en parlent doucement dans l’espace public afin de préparer les Français à cette éventualité.

D’autre part, une partie de la droite (les Républicains et le RN) réclame clairement une baisse drastique des finances publiques et une coupe dans les services de l’État.  Elle estime que le gouvernement doit faire le ménage dans ses finances avant d’imposer de nouvelles charges fiscales aux contribuables français. Ce point de vue est soutenu par une partie importante du Rassemblement national, des Républicains et de Reconquête (le parti de Zemmour). Il faut couper dans les dépenses étatiques pour assainir la lourdeur bureaucratique.  

 Il y a deux semaines, le premier ministre a dit qu’il faudrait faite une révision des services de l’État. Mais, il a une position modérée sur ce sujet pour ne pas déplaire à une partie de son électorat qui est au centre gauche. C’est un chantier de travail qu’une grande ampleur. Le gouvernement Bayrou est en sursis. Alors, il n’a pas vraiment le temps de s’attaquer au problème d’embonpoint de la structure bureaucratique française.

Une bonne partie des membres du gouvernement pense qu’une hausse d’impôts est plus envisageable qu’une coupure de dépenses. La position de faiblesse de ce dernier ne lui permet pas de s’attaquer à un problème d’une telle immensité.

Pour conclure, les débats sur le budget vont dominer l’automne politique français. Le gouvernement aura fort à faire pour adopter son exercice financier sans majorité à l’Assemblée nationale. Est-ce que ce dernier va survivre à ce combat politique. Seul le temps nous le dira.»


[1] Qui est de 64 ans pour les gens qui sont nés à partir du 1er janvier 1968 et de 62 à 64 ans pour ceux qui sont nés entre 1961 à 1967.

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