Un déficit énergétique qui s’installe : Hydro-Québec devient importateur net malgré des profits en hausse

Il y a des chiffres qui frappent l’imaginaire et d’autres qui, une fois mis en contexte, racontent une tout autre histoire. Les résultats du troisième trimestre d’Hydro-Québec entrent précisément dans cette catégorie. On y voit d’abord une hausse importante des profits, un bénéfice net en progression et des revenus en expansion. Mais lorsque l’on examine ce qui explique réellement ces résultats, un constat s’impose : la société d’État est entrée dans une phase de déficit énergétique structurel, au point d’être devenue importatrice nette d’électricité.
Une situation inédite pour un producteur historiquement excédentaire, qui s’explique moins par une stratégie d’optimisation que par un recul de la marge de manœuvre énergétique du Québec.

Un basculement historique : Hydro-Québec importe plus d’électricité qu’elle n’en exporte

Comme le rapporte Hélène Baril dans La Presse, Hydro-Québec a confirmé être devenue « net importateur » d’électricité pour les neuf premiers mois de l’année 2025. En raison d’une faible hydraulicité pour une troisième année consécutive, les réserves d’eau ont reculé au point de limiter la capacité d’exportation. Le vice-président exécutif et chef des finances, Maxime Aucoin, a expliqué que la société d’État avait dû « s’ajuster » et réduire ses ventes externes.

Les données fournies à La Presse sont explicites : Hydro a importé 10 TWh d’électricité au prix moyen de 5 cents/kWh, contre 8 TWh exportés au prix moyen de 15 cents/kWh. Bien que les exportations nettes génèrent encore des gains comptables — environ 600 millions depuis le début de l’année, selon les précisions rapportées par Baril — le fait demeure : le Québec n’a plus la capacité d’exporter les volumes historiques qu’il envoyait autrefois vers les marchés voisins.

L’enjeu n’est donc pas la logique économique d’acheter moins cher pour vendre plus cher — une stratégie qui demeure rationnelle — mais plutôt le fait qu’Hydro-Québec ne peut plus exporter autant qu’elle le souhaite. Le modèle basé sur l’abondance structurelle se contracte dangereusement.

Des profits en hausse, mais gonflés par le froid, les hausses tarifaires et un gain comptable exceptionnel

La couverture générale pourrait laisser croire que la société d’État connaît un vent de prospérité. Selon les informations publiées par La Presse canadienne et diffusées par Radio-Canada, Hydro-Québec a enregistré un bénéfice net de 2,83 milliards pour les neuf premiers mois de 2025, une augmentation de 30 % par rapport à l’an passé. Cette croissance est liée, comme le souligne La Presse canadienne, à deux facteurs conjoncturels :

  • les températures hivernales plus froides qu’en 2024, qui ont créé une hausse de 8 % des ventes au Québec ;
  • les hausses tarifaires, qui augmentent mécaniquement les revenus.

À cela s’ajoute un élément crucial mis en lumière par Hélène Baril (La Presse) : un gain comptable de 256 millions résultant de la vente de la participation de 20 % dans Innergex. Sans ce gain exceptionnel, précise Baril, la rentabilité au troisième trimestre aurait diminué par rapport à l’an dernier.

Autrement dit, la hausse des profits ne découle ni d’une augmentation de la production ni d’un renforcement de la sécurité énergétique. Elle s’explique avant tout par des conditions météorologiques favorables aux ventes, par une pression accrue sur les factures des ménages en raison des hausses tarifaires, et par un ajustement comptable exceptionnel qui ne se reproduira pas.

Un déficit énergétique de plus en plus visible

Les difficultés d’Hydro-Québec ne tiennent pas à un incident ponctuel, mais à une tendance lourde. Comme le rapporte La Presse, la société d’État connaît sa troisième année de faible hydraulicité, ce qui force une gestion prudente des réservoirs. Ce contexte rend les importations non seulement opportunes, mais nécessaires.

Hydro assure pouvoir répondre à la demande québécoise, comme le souligne le communiqué relayé par La Presse canadienne, mais cette garantie repose désormais sur un équilibre fragile fait d’importations massives et de ventes externes réduites. Une telle situation laisse très peu de marge pour absorber une croissance industrielle soutenue, accompagner l’électrification croissante de l’économie ou faire face à une nouvelle année marquée par une hydraulicité défavorable.

Le Québec dispose encore d’une certaine capacité d’optimisation — importer à bas prix, exporter à prix élevé — mais cette stratégie n’est pleinement efficace que lorsqu’elle s’appuie sur des surplus réels, et non sur une production qui peine à suivre la demande interne.

Un modèle énergétique sous pression

Selon les données rapportées par La Presse, Hydro-Québec investit massivement — 5,5 milliards en neuf mois, avec une prévision de 8 milliards pour l’année — afin de maintenir le réseau et développer de nouvelles interconnexions. Mais la nature même de ces investissements indique un système sous tension. Ils visent moins à soutenir la croissance qu’à éviter une rupture.

Le modèle québécois reposait sur un principe simple : produire davantage que ce que nécessite la consommation interne et exporter le surplus pour créer de la richesse. Or ce modèle s’effrite. Le fait qu’Hydro devienne importatrice nette, même temporairement, révèle qu’elle n’a plus la capacité de répondre pleinement à la demande québécoise tout en maintenant son rôle d’exportateur stratégique et en conservant des réserves suffisantes pour traverser l’hiver en toute sécurité.

Un avertissement plus qu’une bonne nouvelle

Les profits d’Hydro-Québec feront les manchettes, mais les données pointent vers une autre conclusion : le Québec perd l’avantage structurel qui faisait de son réseau hydroélectrique l’un des plus stables et des plus compétitifs au monde.

Hydro peut encore importer à bas prix et exporter à prix plus élevé — mais elle ne peut plus le faire en position de force, faute de surplus suffisants. Cette réalité, discrète dans les communiqués, marque un tournant : celui d’un déficit énergétique qui n’est plus théorique, mais observable dans les chiffres eux-mêmes.

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