Un doctorant iranien au Canada soupçonné d’aider le programme d’armement de Téhéran relance les inquiétudes

Selon une enquête de Stewart Bell, de Global News, les agences canadiennes de sécurité nationale estiment qu’un doctorant iranien inscrit à l’Université Carleton, à Ottawa, représente une menace pour la sécurité du Canada en raison de travaux de recherche qui pourraient contribuer au développement des programmes d’armement de la République islamique d’Iran.

Des documents confidentiels obtenus par Global News indiquent que Mohammadreza Pakatchian, un étudiant de 41 ans en génie aérospatial, est employé par une entreprise iranienne sanctionnée en raison de son implication présumée dans les programmes d’armes de destruction massive du régime iranien. Selon le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), les connaissances qu’il acquiert au Canada pourraient être transférées à son retour en Iran afin de renforcer les capacités militaires du régime.

Le SCRS affirme notamment que l’étudiant entretient des liens avec un universitaire iranien dont les recherches portent sur les missiles balistiques, les moteurs-fusées et d’autres technologies militaires. Il aurait également obtenu sa maîtrise dans une université iranienne connue pour ses travaux liés à l’enrichissement de l’uranium, aux systèmes de guidage de missiles et aux technologies nucléaires.

Les évaluations de sécurité citées par Global News sont sans équivoque. Selon l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), « les connaissances qu’il acquerra au cours de ses études pourraient être utilisées pour contribuer au développement des systèmes militaires et des armes de l’Iran ». Les autorités estiment qu’il existe un risque de « transfert intangible de technologies », c’est-à-dire le transfert de savoir-faire scientifique plutôt que de matériel physique.

Un retour annoncé chez un employeur sanctionné

Les documents judiciaires révèlent que M. Pakatchian travaille depuis 2009 pour MAPNA, une entreprise iranienne sanctionnée par le Canada en vertu de la Loi sur les mesures économiques spéciales. Selon l’ASFC, il y agit comme concepteur de compresseurs axiaux, une technologie pouvant servir aussi bien à des applications civiles que militaires, notamment dans les moteurs d’avion.

Dans une lettre adressée aux autorités canadiennes de l’immigration, le doctorant expliquait lui-même vouloir retourner dans son pays afin d’appliquer les connaissances acquises à Carleton pour améliorer son travail.

Selon le SCRS, son directeur de recherche choisi à l’Université Carleton mène lui-même des travaux touchant notamment les avions de combat et les drones, des domaines directement liés aux capacités militaires que l’Iran cherche à développer.

Malgré ces inquiétudes, l’Université Carleton lui avait offert une bourse de 8 000 dollars afin de compenser les frais de scolarité plus élevés imposés aux étudiants étrangers. L’établissement n’a pas répondu aux questions de Global News sur les vérifications effectuées avant son admission.

Le bureau du député libéral Yasir Naqvi est également intervenu auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada pour faire le suivi de son dossier d’immigration. Le député a toutefois indiqué que son personnel n’avait pas accès aux informations détenues par le SCRS ou l’ASFC.

Un enjeu qui dépasse un seul étudiant

Interrogé par Global News, le professeur Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université d’Ottawa, affirme qu’il est tout à fait plausible que certains scientifiques iraniens soient envoyés à l’étranger afin d’acquérir des compétences qui profiteront ensuite directement aux programmes militaires de Téhéran.

Le chercheur Matthew Levitt, du Washington Institute for Near East Policy, rappelle lui aussi que les autorités occidentales surveillent depuis longtemps les tentatives iraniennes d’obtenir, par l’intermédiaire d’étudiants ou de chercheurs, les connaissances et les composantes nécessaires au perfectionnement de leurs missiles et de leurs drones.

Le dossier survient alors que la guerre de 2026 entre Israël et l’Iran a démontré les progrès réalisés par Téhéran dans les domaines des missiles et des drones. Selon les experts cités par Global News, ces systèmes se sont révélés plus fiables et plus performants que lors des affrontements précédents.

Un précédent qui rappelle les failles canadiennes

Cette affaire ravive une question plus large : celle de l’utilisation des universités et des centres de recherche canadiens par des États étrangers afin d’acquérir des connaissances stratégiques.

Au cours des dernières années, plusieurs enquêtes ont déjà révélé des tentatives d’ingérence ou de transfert technologique impliquant la Chine. L’affaire la plus connue demeure celle du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, où deux scientifiques, Xiangguo Qiu et Keding Cheng, ont été congédiés après une enquête fédérale. Les documents rendus publics ont conclu qu’ils entretenaient des liens non déclarés avec des institutions chinoises, dont l’Armée populaire de libération, soulevant d’importantes préoccupations de sécurité nationale.

Ces épisodes illustrent les défis auxquels fait face le Canada : ses universités, ses laboratoires et ses centres de recherche figurent parmi les plus ouverts au monde, mais cette ouverture peut également être exploitée par des régimes autoritaires cherchant à accélérer le développement de technologies sensibles, qu’elles soient militaires, nucléaires ou à double usage.

Dans son rapport annuel de 2024, le SCRS indiquait d’ailleurs enquêter activement sur les tentatives d’acquisition de technologies canadiennes destinées à soutenir les programmes d’armement iraniens. Pour les services de renseignement, la menace ne réside pas uniquement dans l’exportation de matériel, mais aussi dans le transfert de connaissances scientifiques qui peuvent ensuite être mises au service des ambitions militaires de régimes hostiles.

L’étudiant iranien a contesté devant la Cour fédérale les délais entourant son dossier d’immigration et réclamait une indemnité de 10 000 $. Sa demande a toutefois été rejetée le 9 juin dernier.

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