À l’approche du 24e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, un sondage mené par Léger pour l’Association d’études canadiennes (AEC) met en lumière un constat troublant. Comme le rapporte Courtney Greenberg dans le National Post, un jeune Canadien sur cinq âgé de moins de 25 ans considère que le terrorisme peut, dans certaines circonstances, être justifié.
Jack Jedwab, président de l’AEC, explique à Greenberg que ces jeunes « croient probablement que les architectes des attentats terroristes sont eux-mêmes des victimes », ce qui les conduit à estimer que « la fin justifie les moyens » pour atteindre leurs objectifs, selon leur propre interprétation.
Cette perception survient dans un contexte où le Canada a été marqué par les répercussions de la guerre Israël-Hamas, déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023. Ce jour-là, le Hamas a tué 1 200 personnes en Israël et enlevé 250 otages, déclenchant une nouvelle phase de conflit au Moyen-Orient. Depuis, les manifestations anti-israéliennes se sont multipliées au Canada, et des campements pro-palestiniens ont vu le jour sur plusieurs campus universitaires. En 2024, Ottawa a inscrit Samidoun – un groupe basé en Colombie-Britannique et cofondé par Charlotte Kates – sur la liste des entités terroristes.
Selon Jedwab, ces événements ont renforcé chez une partie de la jeunesse canadienne la perception que certaines actions violentes peuvent être légitimées. Il souligne également une « baisse importante de la confiance envers Israël, surtout chez les jeunes Canadiens et Américains », et cite des sondages internationaux montrant une montée parallèle de la sympathie envers le Hamas. Au Royaume-Uni, une enquête récente de YouGov révélait qu’un jeune sur cinq estimait justifiée l’attaque du 7 octobre.
Malgré cette minorité bruyante, Greenberg insiste sur un autre chiffre du sondage : neuf Canadiens sur dix affirment que le terrorisme ne peut jamais être justifié. Par ailleurs, la majorité des répondants (68 %) souhaitent que le Canada coopère davantage avec les États-Unis pour prévenir les menaces, une volonté jugée « surprenante » par Jedwab au vu de l’état parfois tendu des relations bilatérales. Mais, précise-t-il, la crainte partagée d’une menace commune « l’emporte sur les divergences politiques ».
Le sondage, mené en ligne auprès de 1 627 Canadiens entre le 29 et le 31 août, révèle aussi que 46 % des citoyens estiment que la menace terroriste est en hausse au pays. Cette perception varie selon les régions : seuls 35 % des Québécois partagent ce sentiment, contre 53 % dans les provinces atlantiques et environ la moitié en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique.
Enfin, le rapport note que 84 % des Canadiens se disent familiers avec les événements du 11 septembre 2001. La connaissance de cette tragédie demeure cependant inégale selon les générations : 68 % des 18-24 ans déclarent en avoir une bonne connaissance, contre 91 % des 35-44 ans. Un jeune Canadien sur cinq de moins de 35 ans admet n’avoir qu’une connaissance limitée, voire inexistante, des attaques qui ont changé le cours du XXIe siècle.
En dressant ce portrait, Courtney Greenberg met en lumière une tension générationnelle : d’un côté, une jeunesse marquée par de nouveaux repères idéologiques et des conflits récents, de l’autre, une majorité de Canadiens qui reste fermement attachée au rejet de toute violence terroriste.



