Un milliard par an : le coût croissant des soins de santé pour les demandeurs d’asile au Canada

Alors que le Canada traverse une crise d’accès aux soins — six millions de citoyens sans médecin de famille et des délais d’attente prolongés — un nouveau rapport vient jeter une lumière crue sur une autre pression budgétaire : le coût des soins de santé accordés aux demandeurs d’asile. Selon une analyse récente, les contribuables canadiens consacreront cette année une somme record d’un milliard de dollars à la couverture médicale de personnes revendiquant le statut de réfugié.

Un programme qui franchit le cap du milliard

C’est ce que rapporte National Post, sous la plume de Tristin Hopper, dans un article publié le 17 février 2026. Celui-ci s’appuie sur une nouvelle analyse du Office of the Parliamentary Budget Officer (Bureau du directeur parlementaire du budget, ou DPB), qui prévoit que le Interim Federal Health Program (IFHP) atteindra pour la première fois le seuil du milliard de dollars en dépenses annuelles.

Il s’agit d’une augmentation spectaculaire : il y a à peine six ans, le programme coûtait 211 millions de dollars par an. L’analyse du DPB projette en outre que les coûts continueront de croître pour atteindre 1,5 milliard de dollars dès 2029. D’ici 2030, les Canadiens devraient avoir dépensé environ 6,2 milliards de dollars pour les soins de santé destinés aux réfugiés ou aux demandeurs d’asile.

Le rapport souligne que cette croissance est principalement attribuable à « l’augmentation du volume des demandes d’asile, ainsi qu’à la prolongation de la durée d’admissibilité causée par les délais de traitement ».

Une population en attente sans précédent

Selon les données les plus récentes de la Immigration and Refugee Board of Canada, 299 614 ressortissants étrangers se trouvent actuellement au Canada en attente d’une décision sur leur demande d’asile — un chiffre supérieur à la population totale de villes comme Saskatoon ou Windsor.

Ce total représente une hausse de plus de 1 800 % par rapport aux 16 058 personnes présentes au moment où les libéraux de Justin Trudeau ont pris le pouvoir en 2015.

Parmi ces demandeurs figurent des milliers de personnes ayant franchi illégalement la frontière après être entrées aux États-Unis avec un visa touristique, ainsi qu’un nombre croissant d’étrangers entrés au Canada avec un visa d’études, mais ayant revendiqué le statut de réfugié à l’expiration de celui-ci.

Des prestations plus larges que celles des Canadiens

Le IFHP offre une couverture qui dépasse souvent celle accessible au citoyen canadien moyen par l’entremise des régimes publics provinciaux. En plus des soins hospitaliers et chirurgicaux, le programme couvre les soins dentaires, les soins de la vue, les médicaments d’ordonnance et d’autres services non systématiquement inclus dans les régimes provinciaux.

Dans une déclaration conjointe citée par le National Post, les députés conservateurs Dan Mazier et Michelle Rempel Garner, ministres fantômes respectivement de la Santé et de l’Immigration, dénoncent le fait que des demandeurs d’asile déboutés continuent d’avoir accès au programme. Ils affirment que « les demandeurs d’asile déboutés reçoivent maintenant de meilleurs soins que de nombreux Canadiens qui ont cotisé au système toute leur vie ».

L’analyse précise en effet que l’IFHP demeure accessible même après le rejet initial d’une demande, et ce jusqu’à l’épuisement des recours, notamment l’évaluation des risques avant renvoi (Pre-Removal Risk Assessment).

Des délais qui prolongent l’admissibilité

Le délai actuel de traitement devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié atteint environ 24 mois. Cela signifie qu’un demandeur d’asile, même éventuellement jugé inadmissible, peut bénéficier pendant au moins deux ans de la couverture fédérale complète avant qu’une décision définitive ne soit rendue.

Ce facteur contribue directement à l’augmentation du nombre de bénéficiaires : en 2016, environ 130 000 personnes recevaient des prestations de l’IFHP. Aujourd’hui, selon le rapport du DPB, ce nombre a plus que quadruplé pour atteindre 611 000 bénéficiaires.

D’autres programmes fédéraux sous pression

Le IFHP n’est qu’un élément d’un ensemble plus vaste de dépenses liées aux demandeurs d’asile. L’article de Tristin Hopper mentionne également le Interim Housing Assistance Program, qui finance l’hébergement et parfois les repas des demandeurs.

En 2024, la députée conservatrice Lianne Rood a rendu publiques des données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada indiquant que certains demandeurs recevaient plus de 200 $ par jour en prestations d’hébergement et de repas — soit environ 84 $ par jour pour la nourriture et 140 $ pour l’hôtel.

Les estimations budgétaires principales de 2024-2025 indiquaient déjà plus d’un milliard de dollars en dépenses annuelles liées aux demandeurs d’asile, dont 584,3 millions spécifiquement alloués au IFHP. D’autres montants incluaient 400 millions pour le logement temporaire et 41 millions pour des prestations versées à des ressortissants gazaouis réinstallés.

Réformes annoncées par le gouvernement Carney

Face à la croissance rapide des coûts, le gouvernement dirigé par Mark Carney a récemment annoncé des réformes du IFHP visant à en limiter l’ampleur. À compter du 1er mai, les demandeurs devront désormais payer 4 $ par ordonnance, alors qu’auparavant aucun montant n’était exigé. Pour les produits ou services complémentaires — comme le counseling ou les soins dentaires — ils devront assumer 30 % des frais.

Toutefois, même après ces ajustements, la couverture demeure, selon les critiques, plus généreuse que celle accessible à de nombreux Canadiens.

Une question budgétaire et politique majeure

L’analyse du DPB, relayée par le National Post, met en évidence une tension croissante entre obligations humanitaires, capacité administrative et contraintes budgétaires. Le volume record de demandes d’asile, conjugué à des délais de traitement prolongés, entraîne une expansion mécanique des coûts.

Au-delà des chiffres, le débat s’inscrit dans un contexte politique plus large : celui d’un système d’immigration sous pression, d’un accès aux soins déjà fragile pour la population canadienne et d’un gouvernement sommé de concilier impératifs humanitaires et viabilité financière.

Avec des dépenses appelées à atteindre 1,5 milliard de dollars d’ici quelques années, la question du financement des soins de santé pour les demandeurs d’asile s’impose désormais comme un enjeu budgétaire central dans le débat national.

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